LES ENTRETIENS DES FREELANCES - 2
Le contrat de
travail
Le point de vue des sociétés
de portage
La subordination, le droit d'auteur,
les conventions collectives
Dialogue avec la salle
Avant de poser un certain nombre de questions, présentons le débat et
lenvironnement de ce débat. Dabord, que sont les « sociétés de portage »,
et je prends ce terme-là mais il y en a dautres, société de «salariat libéral» ou
société «dindépendance salariée». Les applications sont sans doute
différentes mais les principes de bases identiques : la société de portage
apporte un service consistant à salarier la personne indépendante
qui pour nous reste un freelance. Dans notre acception, le terme freelance
caractérise en effet un professionnel qui prospecte sa clientèle, négocie
la mission et les termes du contrat, et réalise lui-même le travail. Certains
freelances préfèrent commencer leur carrière à labri dune société de
portage.
Pour quelles raisons ? principalement pour minimiser le risque de
démarrage, et souvent pour être débarrassé de la lourdeur de la paperasserie
administrative. Que fait la société de portage ? elle propose un contrat de travail
au freelance, émet le contrat vis-à-vis du client, et rémunère le freelance avec
un bulletin de paye.
Mais un certain nombre de personnes, aux Assedics, au Ministère du
Travail et ailleurs, estiment que ces structures sont illégales. Bruno Denkiewicz
est avocat au Cabinet Jacques Barthélémy, et spécialiste du droit du travail.
Me Denkiewicz, quen pensez-vous ?
Bruno Denkiewicz : Le portage salarial est de création relativement récente, un peu plus de 5 ans. Le Code du Travail au fur et à mesure quil sest constitué, navait sûrement pas loptique de traiter du portage salarial. Dans le cas du portage salarial, on a une relation contractuelle entre un employeur et un employé, entre un porteur et un porté, qui cest vrai peut donner limpression danticiper sur lévolution du contrat de travail. Ce qui est sûr, cest que la définition classique du contrat de travail, cest à dire lexercice dune activité sous la subordination dune autre personne moyennant une rémunération, continue dexister et de sappliquer aux entreprises en général, et donc au portage. Mais Jacques Barthélemy la rappelé quand il a parlé des médecins et des avocats, la notion de lien de subordination peut prendre des formes tout à fait particulières.
Dans le Cabinet Barthélémy, nous pratiquons le salariat et cela ne nous empêche pas dexercer les uns comme les autres une profession libérale. Simplement il faut faire la différence entre, disons, lexercice dune subordination en terme dexercice du pouvoir disciplinaire et en terme notamment de droit et de rupture du contrat de travail, et puis lexercice de ce lien de subordination qui va se matérialiser par de simples conditions matérielles dexécution du travail. Il y a aussi indépendance dans lexercice de lart chez les médecins, chez les avocats, chez les experts comptables, et pourquoi pas chez des profession non réglementées. A partir du moment où il y a une telle évolution de la relation de travail, le contrat de travail pur et dur a dû connaître quelques assouplissements, et il est certain que dans le cas du portage salarial, on a une autre illustration de ces assouplissements.
Il y a donc, vous lavez dit tout à lheure, un contrat de travail entre le porteur et le porté. Entre lentreprise de portage et le client il y a une convention de prestations de service, et donc, au total, une relation triangulaire. Ce quon est en train dévoquer en ce début dannée 2001, cest peut être le débat qui a existé il y a plus de 40 ans à propos du travail intérimaire. Quand le travail intérimaire nétait pas réglementé, ceux qui sintéressaient à la question à lépoque se rappellent quil était qualifié de travail scélérat, illégal, et autres noms malsonnants. Pour le portage salarial, il est vrai quil y a eu quelques articles virulents, cest plus facile de dire que cest illicite que dessayer den défendre la pratique.
Le Syndicat des Entreprises de Portage Salarial existe, il est représenté par plusieurs personnes et jai vu dans la salle son vice-président, M. de Sevin, qui pourra intervenir. Les entreprises qui fonctionnent en portage salarial payent des cotisations, emploient des salariés, elles le font en relation avec les Urssaf, avec les caisses de retraites complémentaires, avec lUnedic. Il est vrai que quelques organismes sociaux sinterrogent sur le portage salarial. Vous avez cité le cas de lUnedic : celle-ci est amenée à indemniser des personnes qui sont à la recherche dun emploi, et/ou des personnes qui sont toujours demandeurs demplois tout en étant par ailleurs salariées dans une société de portage salariale, parce que le cumul entre une prestation Assedic et un revenu est légal, dans certaines limites.
MP : puisquon parle de lUnedic, le scandale soulevé est différent. Une personne salariée dans une société de portage, lorsquun client paie une somme de 100, va toucher comme salaire net à peu près 50 parce quil y a 10 % de frais revenant à la société de portage et 40 % de cotisations sociales, patronales et salariales. Salaire brut : environ 70. Cette personne, ayant terminé la mission chez son client, va bénéficier des allocations chômage. Elle va donc toucher 57 % de son salaire précédent, cest-à-dire environ 40, presquautant que lorsquelle était dans la société de portage. Il y aurait des gens qui se font embaucher dans une société de portage pendant 3 ou 6 mois, qui touchent un salaire, puis se mettent au chômage pendant 6 mois, et recommencent ensuite. Cest là le « vrai scandale » dénoncé. Quen pensez-vous ?
BD : je crois que vis-à-vis de lUnedic, cela été dit tout à lheure par Jacques Barthélemy, il y a effectivement refus dassurer le cumul dune activité non salariée avec des prestations chômage. Si un non salarié pouvait faire examiner son cas par la commission paritaire de lUnedic, les choses se présenteraient différemment. Le système dindemnisation de lUnedic nest pas forcément très incitatif à la reprise à lactivité, a fortiori dune activité non salariée. Deuxièmement, je crois que lUnedic réagit par rapport à des cas qui ont pu être portés à sa connaissance où il ny a pas eu forcément déclaration de la reprise dune activité par le salarié. Par contre, les entreprises de portage salarial font régulièrement la déclaration de lactivité de salarié porté. Ce que dit lUnedic, cest que, sils étaient non salariés, les freelances en inter-contrat ne toucheraient pas dindemnités de chômage, et ma réponse cest que cest là que réside le scandale, cest que, en tant que non salarié, ils ne touchent pas de chômage.
Il est vrai que quand vous considérez quelquun qui prétend cotiser aux Assedic, à qui il a été écrit très clairement : « Il est bien évident quentre nous il ny a aucune relation de subordination », cela ne peut que faire sursauter les Assedic. Il est évident que, dans ce cas, le consultant a été exclu du régime chômage.
Par ailleurs, il y a le problème de prêt de main duvre et de marchandage, qui ferait tomber le portage salarial sous le coup de larticle L.125-1 du Code du Travail et L.125-3 en ce qui concerne le délit de marchandage. Dans cette optique, il serait considéré que lentreprise de portage salarial met à la disposition dentreprises utilisatrices des salariés sans passer par la réglementation du travail temporaire. Je dirais quil y a des différences, à savoir que, dans le cas de lentreprise de travail temporaire, cest celle-ci qui trouve le client et qui met à sa disposition des salariés. Alors quavec le portage salarial, on est dans un contexte différent et avec une démarche différente.
Ensuite, il ne faut pas oublier ce qui fait la licéité dune convention de mise à disposition, qui est la pratique de lentreprise de portage salarial : elle met à la disposition dun client une personne qui est son salarié. Pour être licite, cette convention doit ne pas se résumer à fournir des heures de travail, elle doit concerner une prestation, un savoir-faire, je dirais une expertise, et la rémunération doit être forfaitaire.
Troisièmement, pour être
vraiment une convention mise à disposition, il ne faut pas que le porté
soit sous lautorité du client, et Jacques Barthélemy en a fait la distinction
dans son propos. Le porté, qui a négocié
et conclu le contrat avec le client, à parité
parce quil a lexpertise et que le client ne la
pas ne peut être sous lautorité du client.
Voilà, par rapport au prêt de main duvre,
les éléments de réponses, sachant que cest
une accusation qui est souvent porté contre le portage
salarial. Il ny a pas eu jusquà maintenant
de condamnation prononcée sur cette question. Par rapport
au délit de marchandage, délit consistant à
éluder lapplication de dispositions conventionnelles
applicables dans lentreprise utilisatrice si le porté
avait été recruté par elle, on saperçoit
quen pratique il ny a pas forcément préjudice
pour celui qui va exercer la mission. Enfin, comme cest
lui-même qui a négocié les modalités
de la mission, on peut penser quil la fait en connaissance
de cause, et on peut même dire quil est mieux placé
que nimporte quel salarié pour discuter le tarif
de sa prestation.
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Le point du vue des sociétés de portage
M. de Sevin (vice-président du Syndicat des Entreprises de Portage Salarial) : je voudrais apporter quelques précisions sur ce point de vue. La première, je pense quil serait sage quau lieu de passer son temps à se demander si le portage salarial est légal ou illégal, licite ou illicite, on sasseye autour dune table, et quon commence à analyser les fondements de lensemble de ce concept et de son fonctionnement. Il est très clair quil y a une motivation permanente du législateur des pays développés qui subsiste à la base dun de ce concept, et qui est parfaitement respecté. Il sagit du respect mutuel des intérêts des parties en présence, cest à dire que chaque partie retrouve son compte lorsque les services dune société de portage sont utilisés par le consultant. Venir sonner à notre porte en disant : « Voilà, je veux vous confier la facturation des prestations que je veux réaliser pour telles ou telles entreprises qui sont mes clients » est une manifestation très nette de la volonté du consultant.
A partir de ce moment là, nous allons signer avec lui une convention dadhésion par laquelle nous allons accepter le fait quil nous confie où quil souhaite nous confier la facturation de ses prestations. Généralement, ces conventions dadhésions nont aucune exclusivité, cest à dire quaujourdhui, le consultant peut passer par une société de portage, demain par une autre, après demain, il peut très bien signer un CDI en direct chez son client, etc. Il ny a aucune exclusivité, cela naltère donc en rien sa liberté de comportement. A partir du moment où le consultant a prospecté lui-même, tout seul, lensemble de ses clients potentiels, à partir du moment où il a trouvé une opportunité et négocié les conditions du déroulement de la mission, il va nous dire : « Jai une opportunité pour réaliser une mission. Mon premier objectif, cest de rester sous le statut salarié, jai capitalisé sous tous les régimes par répartition, jai capitalisé sous le régime Assedic, etc. Je veux garder laccès à ces avantages, donc je vous demande de prendre en charge la facturation de mes prestations. » Nous navons pas été concernés par la prospection, nous navons pas démarché dentreprises, ni négocié les conditions, puisque cest lui qui va nous les faire connaître. Jusquà ce moment là, je vous rappelle quil est notre client, cest à dire que nous sommes son prestataire de service.
Ce nest quà partir du moment où nous allons rédiger le contrat de prestation de service en fonction de ses informations que nous prenons la responsabilité civile et professionnelle de cette mission, et cest uniquement pour cette mission quon peut salarier ce consultant. A partir du moment où le contrat de prestations de service nous revient signé, nous le signerons nous même et nous allons signer un contrat de travail avec le consultant, qui lautorisera à réaliser cette mission comme salarié de notre société et en tant quintervenant extérieur chez son client. Ce qui veut dire que la société qui va lui donner sa mission, qui aurait peut-être dû être autrefois son employeur, devient son client. Je pense quon peut dire et raconter ce quon veut, essayer de voir sil y a conformité ou non conformité, on ne peut pas aller à lencontre dune évolution des conditions de travail, commandées par les marchés économiques, par les aspects sociaux et par lévolution sociologique, également, car il y a recherche dautonomie dans lorganisation de son activité et refus du lien de subordination hiérarchique.
Je crois quil est important
de comprendre que nous ne cherchons pas à faire du légal
ou de lillégal, ce qui est important cest que
nous soyons dans le cadre de la réglementation, peut être
en frontière mais à lintérieur, et
quil convient, comme le disait Me Bruno Dienkiewicz, tout
à lheure, de commencer à pouvoir dégager
une réglementation qui va détailler nos modes de
fonctionnement. Je vous remercie.
MP : Merci beaucoup, Monsieur de Sevin,
pour ces précisions, je crois quon était en
train dévoquer avec Me Dienkiewcz quelque chose
qui va tout à fait dans votre sens, à savoir que
le fonctionnement des sociétés de portage se situe,
vous lavez dit vous-même, dans une frange de droit
pas très bien définie parce que le droit na
pas encore évolué par rapport aux besoins de la
société professionnelle.
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La subordination, le droit dauteur, les conventions collectives
BD : Je crois que sur le sujet de la subordination,
Jacques Barthélémy a très bien fait la distinction
entre le subordonné au sens originel du terme, et le développement
de lactivité professionnelle qui a fait, avec le
temps, évoluer le salariat. Dans létat actuel
du droit positif, on ne peut pas affirmer quil ny
aura pas lien de subordination entre le porté et le porteur,
puisque très concrètement il y a un contrat conclu
entre ces deux personnes, un contrat de travail. Certes, on peut
dire que la notion de contrat de travail est une notion dordre
public quon ne choisit pas on est salarié
au sens du contrat de travail où on ne lest pas ,
mais en loccurrence, à partir du moment il y a exercice
dun lien de subordination, qui au besoin va se limiter au
traitement des conditions matérielles et administratives,
le simple fait que vous ayiez évoqué quun
porté puisse être licencié par sa société
de portage montre bien aussi, quil y a une relation de travail
donnant lieu à indemnisation par rapport à la situation.
On ne peut pas sérieusement contester lexistence
du contrat de travail.
La notion dindépendance où de subordination
cest la même chose puisque cest lopposé
nest pas universelle. Ce qui est caractéristique
de lindépendance dans lexercice dune
profession libérale, cest lindépendance dans lexercice
de lart. Ce qui est
caractéristique dun contrat de travail, cest
la subordination
au niveau des conditions de travail.
Si on voulait considérer que la notion dindépendance
est universelle, il ny aurait pas de médecins salariés
dans les cliniques, il ny aurait pas davocats salariés,
il ny aurait pas dexperts--comptables salariés
parce quils exercent leur art dans lindépendance
totale. Cest dans les conditions de travail que se matérialise
la subordination juridique, cest-à-dire là
où sexécute la relation. En revanche, il est
vrai que chaque fois quil y a indépendance technique,
cela a des effets sur la responsabilité. Un expert-comptable
salarié, contrairement a quelquun qui a le même
niveau que lui dans une entreprise, engage sa responsabilité
civile professionnelle. Dans cette perspective, il faut distinguer
la responsabilité de lemployeur dans lentreprise
de portage, sagissant des conditions de travail, et la responsabilité
personnelle du professionnel dans lexercice de son art,
qui doit être assurée par le professionnel au nom
de son indépendance technique. Dans notre profession, lavocat
salarié est couvert par la responsabilité civile
du cabinet demployeur, cest une obligation légale,
mais quen est-il dans dautres professions ?
MP : je note que le contrat de travail signé entre le porteur et le porté est un contrat qui établit un lien de subordination aux conditions de travail et respecte une indépendance technique dans lexercice de la profession. Parmi les autres questions, en voici une : est-ce quune société de portage qui se permettrait de démarcher la clientèle resterait dans le cadre de la légalité ?
BD : Je crois queffectivement, M. de Sevin la dit, le concept de portage implique que le client soit le client du porté, et non le client de lentreprise. Il en a aussi lexclusivité, cest à dire quil le garde quand il quitte la société de portage. Il garde le client comme tout prestataire, cest à dire que très concrètement, il a une relation avec une entreprise, il la conserve ou non. De même, très concrètement, un salarié porté peut très bien être salarié de plusieurs entreprises de portage parce quil nest pas attaché exclusivement à lune dentre elles, et peut très bien apporter des missions à plusieurs entreprises de portage en même temps ou successivement.
MP : le droit dauteur, il garde ses droits dauteur sur toutes les uvres bien quétant salarié ?
BD : il faut distinguer, dans le cas du droit dauteur et dans le cadre du salariat, ce qui concerne lexercice de la mission et ce qui peut être fait en dehors de la mission. Ce qui est fait dans le cadre de la mission appartient à lentreprise qui a facturé le client, mais luvre produite était-elle lobjet même de la mission rémunérée par le client à lentreprise de portage ? Lobjet de la mission appartient à qui ?
Un traducteur littéraire a des droits dauteur sur luvre quil a traduite, il ne peut pas être salarié dune société de portage. Cest vrai pour les intermittents du spectacle, cest vrai pour tous les artistes, cest vrai pour les interprètes.
MP : dernière question, y a-t-il une convention collective des sociétés de portage ?
BD : je pense que sur le terrain conventionnel,
certaines entreprises de portage font application de la convention
collective des bureaux détudes du Syntec. Dautres
sociétés de portage ne font pas dapplication
de la convention collective des bureaux détudes parce
que leur activité de portage nentre pas dans le champ
de lapplication de cette convention. Cest donc une
option que prennent ou ne prennent pas certaines entreprises de
portage, mais cest leur responsabilité demployeur,
et le syndicat des entreprises de portage salarial est en discussion
avec différentes fédérations syndicales pour
concevoir les modalités de laccompagnement de la
relation contractuelle qui existe actuellement.
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Philippe Grelard (société Intervenance) : nous ne faisons pas partie du syndicat des entreprises de portage salarial, mais allons quand même dans le même sens. Je suis daccord avec Monsieur de Sevin, il faut arrêter de se poser la question si cest légal ou illégal, il faut avancer. Il y a deux syndicats professionnels, le Syntec et la Chambre Syndicale des Conseils de France, qui ont travaillé et fait évoluer, il y a deux ans, le contrat de chantier du BTP, qui est un CDI se terminant de fait à la fin du chantier. Ceci a évolué grâce à des ingénieurs, estimant quune mission dingénieur technique est un chantier intellectuel. Ce contrat de chantier, qui existe dans le droit du travail, a été appliqué dans une autre profession, pour pouvoir permettre de faire des chantiers intellectuels et terminer le contrat à la fin du chantier. Terminés les licenciement, terminés les CDD. Est-ce que ça ne peut pas sappliquer dans dautres métiers ?
XXX : je me présente, je fais partie de la Chambre Syndicale des Formateurs Consultants, administrateur de la région Rhône Alpes. Jaimerais rebondir à propos des sociétés de portage. Dabord, jaimerais rappeler quil pourrait être intéressant délargir le débat et de considérer que les sociétés de portage sont des intermédiaires offrant un statut de salarié à un travailleur indépendant. Il ny a pas que le portage salarial, dautres intermédiaires offrent aussi des statuts de salarié. Il y a dautres expériences, il y a des sociétés de portage qui ont un statut dassociation, par exemple des regroupements de consultants ou de travailleurs indépendants qui sorganisent pour acquérir un statut salarié, etc.
Jean Paul Eybert, Syntec Informatique, syndicat informatique de la fédération Syntec. Comme cela a été dit, effectivement, ce qui rassemble Syntec Informatique, Syntec Conseil, Syntec Ingénierie et la C.I.C.F. cest la convention collective, et je voulais apporter une précision concernant le contrat de chantier. Ce contrat de chantier est spécifique aux sociétés adhérentes de la branche Syntec-Ingénierie. On avait souhaité, dans notre branche informatique, une adaptation, une extension de cette notion de contrat de chantier, mais à ma connaissance, elle na pas été acceptée à ce jour.
Le deuxième point qui métonne un peu concerne le fait que les sociétés de portage naient pas dactivité commerciale, je veux dire de recherche de clientèle vis-à-vis par exemple des sociétés de services. Je suis étonné car je suis personnellement approché par des sociétés de portage qui souhaitent avoir accès à notre base de données, de façon à prospecter en direct nos sociétés de services ou nos éditeurs de logiciels.
BD : je ne suis pas sûr dêtre le mieux placé pour répondre à cette question de pratique parce que vous faites référence à des faits. Autant le portage salarial est ici défendu dans son fondement, autant on peut introduire des distinctions par rapport à des modes dactivité qui causent difficulté par ailleurs. Quil y ait telle ou telle entreprise qui puisse avoir une pratique non conforme à la déontologie du portage salarial tel quélaborée par le syndicat des entreprises du portage salarial, cest autre chose mais peut être que le SEPS peut en parler mieux que moi.
Jean de Sevin : oui, là-dessus, je crois quil faut être très clair et je vais vous donner le résultat de lenquête commanditée par Martine Aubry il y a 18 mois, et confiée à la Direction Générale de lEnseignement et de la Formation Professionnel du Ministère du Travail, qui elle-même la confiée au Grep, un Groupement denquêtes sur les procédures pédagogiques fonctionnant au niveau européen. Le président du SEPS a rencontré le président du Grep, qui a constaté quil y avait 80 entités en France pratiquant aujourdhui du portage. Sur ces 80 entités, 18 le pratiquent exclusivement, ce qui veut dire que les autres le pratiquent simultanément à dautres activités, ce qui nest pas conforme à ce que nous souhaitons. Sur ces 18, il y en a 12 qui pratiquent en sociétés commerciales, les 6 autres étant des associations.
Leurs conclusions sont plus quenthousiastes, constatant que cest un moyen qui permet de soutenir très nettement le retour à lemploi, le retour dans lentreprise, qui favorise la création dentreprises. En effet, la société de portage héberge des personnes venant en quelque sorte faire leur premier pas comme créateurs dentreprise, et permet également à certains consultants de pouvoir se livrer à lexercice de quelques compétences, ce quils ne peuvent pas forcément faire dans leur activité principale, à temps partiel ou temps plein. Combien dentre nous, un jour où un autre, ont-ils eu loccasion de pouvoir intervenir à droite ou à gauche, en dehors de notre profession directe, mais à ce moment là, comment fait-on pour facturer ?
Je nai pas toutes les conclusions en tête, mais je peux vous citer les deux recommandations principales que le Grep soumet au gouvernement. La première, cest de se prononcer définitivement sur le portage salarial ou de donner un avis officiel. La deuxième consiste à mettre en uvre la réglementation de cette nouvelle forme demploi, et de prévoir un système de garanties que pourrait accorder la société de portage à ses consultants lorsquils sont en mission, garantie bien évidemment financière, dans le style du système qui existe dans le travail temporaire. Je crois quil est important de comprendre que lon est véritablement au départ dune révolution en terme de forme demploi. Toute la législation, Jacques Barthélemy le rappelait tout à lheure, a toujours été conçue en France de lentreprise vers le salarié. Pour la première fois, on est dans un cas où lon demande dexercer une profession qui va nécessiter une réglementation du salarié vers lentreprise.
M. Paysant, voilà ce que
je souhaitais vous dire en terme davancée de la réglementation.
Je pense quil faut arrêter de dire que le portage
est illégal. Dans la médecine, dans la pharmacie,
dans nimporte quel corps de métier, vous avez des
escrocs, ce nest pas une raison pour dire que la pharmacie
ou la médecine est illégale. Dans le portage, il
y a des choses très bien qui se font, il y a des choses
peut être moins bien, à chacun dêtre
vigilant pour confier ses intérêts à des gens
sérieux. Merci.
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Les Entretiens du Freelance
19 janvier 2001
Copyright Freelance en Europe 2001