LES ENTRETIENS DES FREELANCES - 3
Présentation
des participants
Les sociétés
de portage
Les agences commerciales
L'ingénierie de projet
Cette table ronde va porter sur trois sujets, que lon va aborder en
référence à la vie quotidienne : après laspect légal, le travail concret.
Un, les sociétés de portage, comment ça se passe
avec une société de portage, comment se déroulent les discussions,
comment se déroulent les interventions ?
Deuxième type de structure : les structures dintermédiation commerciale,
cest à dire celles qui napportent pas de service administratif mais
un service de recherche de clientèle, préoccupation n° 1 du freelance.
Il est bien évident quentre ces deux structures, la société de portage
dun côté et lagence commerciale de lautre, il ne peut y avoir de fusion
sous peine dempiéter sur les prérogatives des agences de travail temporaire.
Le troisième service évoqué, la troisième structure dintermédiation,
ce sont les structures dingénierie pour la réalisation dun projet,
structures très intéressantes parce quelles situent bien les enjeux financiers
du travail indépendant.
Avant de commercer le débat proprement dit, laissons chacune des
personnes se présenter.
Xavier Thévenot, Société Contact Partenaire Client-CPC. CPC a pour objectif de contribuer au développement du métier du conseil en facilitant la création et la reprise dentreprise. Jai développé en 1996 le concept du « SALARIAT LIBERAL® » afin dorienter nos services vers des personnes voulant développer leurs activités dans un esprit libéral dans le respect dune charte de déontologie et déthique professionnelle. Nous « fédérons » des professionnels du métier du conseil et intervenons comme « facilitateur » de leur développement afin de pérenniser leurs activités.
Nous sommes une plate forme logistique administrative et sociale au service de nos Adhérents. Si nous avons un tronc commun qui est la transformation des honoraires en salaires, notre méthodologie repose sur le fait que nous soyons une société de services offrant de nombreuses prestations communes ou personnalisées à nos adhérents. Développant les activités en Réseau, nous sommes implantés dans de nombreuses régions de France afin de mettre en place des synergies, des complémentarités et des Partenariats.
Jean-Pierre Lilly, président dIntervenance S.A également Président dUPSON. En ce qui concerne notre activité, je lappelais « salariat partenariat », maintenant ISALARIAT. Je dirais que notre spécificité, cest que nous gérons cette activité dintermédiation dune manière originale puisque, ayant fait une partie de ma carrière dans la banque, je la gère de manière bancaire. Notre originalité, cest non seulement dêtre un employeur extrêmement vigilant vis-à-vis de la législation française, mais aussi de gérer les consultants de manière individualisée. Gérant des comptes de manière bancaire, nous avons aussi une particularité, cest de mettre à leur disposition des produits qui renforcent lintérêt de la formule, cest à dire des produits dassurances, autres bien entendu que laccès à lassurance-chômage par lintermédiaire du contrat de travail. Nous avons donc enrichi, si je puis dire, cette formule dans ce métier, lui ai donné à la fois une connotation bancaire, une connotation assurance et une connotation employeur. Je pense que cest une activité qui a certainement sa place dans la problématique actuelle des développements économiques en France, et jai été très content dentendre Me Barthélemy faire référence à lintérim, parce que je pense que cette formule a sa place dans le développement de la France.
Eric Copie, directeur Associé de Links Conseil. Nous sommes une société quon peut appeler aussi de portage même si on peut employer divers mots pour qualifier cette profession. Notre métier est de procurer un statut professionnel à des gens qui veulent travailler comme des indépendants, de les salarier, et ensuite, comme le disait monsieur Lilly, daméliorer leur chiffre daffaire et de faire en sorte quils en tirent la meilleure rémunération. Cest le cur du métier, et à côté de ça, on met en place différents services qui peuvent être des services dassurances, de locations de salle, de matériel de bureau, etc. Doffrir une véritable entreprise, respectant lautonomie de chacun, où chacun viendra y prendre ce quil veut.
Eric Cabos, directeur de Freelance.com en France. Freelance.com est une société commerciale dont la mission est didentifier des clients qui ont besoin de ressources compétentes dans 3 métiers différents, linformatique, la communication et le consulting, afin, après avoir identifié leurs besoins, de les proposer à une communauté de freelances dans les 12 pays que nous couvrons. Pour ces 60 000 enregistrés chez nous, 16 000 en France, sur leur initiative, nous sommes une société de prestations de services qui identifie pour eux des missions en prenant la responsabilité de la signature du contrat de prestations de service avec le client. En outre, peut-être 2 chiffres : ce matin, 280 indépendants en France sont en mission grâce à Freelance.com, et sur la totalité de lannée dernière, on a signé environ 1 100 missions grâce à réseau de 45 managers commerciaux qui représentent Freelance.com sur le terrain et qui sont, évidemment, des freelances liés par contrat avec nous et avec lesquels nous partageons la marge commerciale générée par ces opérations.
Christian Costaz, directeur général de Computer People France. Computer People est un groupe européen qui a fait trois milliards de chiffre daffaire lannée dernière, représenté dans une dizaine de pays et qui a missionné environ 5 000 freelances en informatique lannée dernière. En France, nous existons depuis 3 ans, nous étions un peu plus connu sous le nom dA2i que Computer People a racheté il y a 4 ans maintenant. Notre métier, cest dabord de faire du commerce, de répondre aux besoins de nos clients, et de trouver des ressources pour satisfaire ces besoins. Nous sommes spécialisés dans linformatique. Nous ne travaillons quavec des indépendants, ce qui veut dire quen 2001, cette année, jaurai à peu près au minimum 450 indépendants à trouver pour répondre aux besoins de mes clients.
Philippe Leman, société Axessio. Chez Axessio, lidée de base est de créer une société qui permette à des consultants de réaliser des missions dentreprise en tirant toute la force de synergie du travail déquipe. Par rapport à ce qui a été dit, le terme indépendant est un terme qui me gêne un peu, je préfère lautonomie, et notre point fort, cest la synergie qui peut se constituer entre des consultants travaillant ensemble, réfléchissant ensemble à une offre de service pertinente à apporter à un client, et promouvant collectivement cette offre auprès de leur client. Tout leffort que fait Axessio, et toute sa démarche, permet justement à ces consultants de travailler avec une certaine autonomie, tout en les fédérant pour répondre de façon professionnelle au marché du conseil en France.
Daniel Carré, président
dun club qui sappelle Agro Consultants regroupant parmi les ingénieurs
diplômés des grandes écoles de la filière
publique dingénieurs agronomes, ceux qui sont indépendants.
Cest un club, cest à dire un regroupement qui
permet le compagnonnage et la promotion au travers essentiellement
aujourdhui dun site Internet. Mon expérience
professionnelle est un peu derrière moi puisque je suis
presque déjà presquun arrière-grand-père,
mais jai eu loccasion de participer, de conduire et
de gérer des projets en tant que responsable de société
de conseil, et cest de cette expérience-là
dont je vous parlerai.
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Abordons les deux premiers thèmes séparément : comment travailler avec une société de portage dabord, et ensuite, comment travailler avec des structures commerciales, parce que les modalités sont pas les mêmes. On va commencer par les sociétés de portage.
Si on comprend bien lavantage dune société de portage pour des indépendants qui débutent dans leur métier, puisquils ont quitté souvent un statut et une expérience de salarié dans une entreprise, quils hésitent à se lancer et que la société de portage est un accueil naturel pour se dire : « je vais me lancer avec un filet de sécurité sachant que, si ça marche pas, je vais récupérer mes droits aux Assedic et retrouver un travail salarié ». Mais pour un indépendant qui a déjà quelques années derrière lui, qui a sa clientèle, quel est lintérêt de sinscrire comme salarié dans le cadre dun contrat de travail avec une société de portage ? et deuxièmement, concrètement, comment ça se passe ? Je vais demander à Philippe Leman de répondre à ces questions.
Philippe Leman : Lidée justement, cest de permettre à cette personne de rester en équipe au sein dune entreprise. Je pense que ce que redoute la plupart des indépendants, cest la solitude, le fait de ne pas pouvoir confronter lexpérience, davoir des difficultés à mettre en place, par exemple, des formations en commun intéressant un groupe de consultants. Cest ce quapporte justement une société comme Axessio, de pouvoir travailler de façon collective, en équipe, et de mettre en place une dynamique de progression, dévolution afin de pérenniser une situation sur plusieurs années, et de ne pas vivre seulement de lexpérience qui a été acquise avant de démarrer cette activité indépendante.
MP : Je comprends bien le terme de « rompre lisolement » parce quon rentre dans un cadre formel, il y a des bureaux, des services, on a loccasion de rencontrer dautres indépendants, mais je ne comprends pas bien quand tu dis « pérenniser une activité » ?
Philippe Leman : On a un métier qui marche très fort chez Axessio, cest tout ce que lon appelle la CRM, la gestion de la relation gestion client, cest un métier qui a tendance à démarrer, qui nexistait pas il y 3-4 ans. Il y a des nouveaux métiers comme ça qui apparaissent et je pense quil est intéressant pour des consultants en activité dêtre dans une équipe, dans un noyaux de consultants travaillant dans ces domaines là, pour confronter lexpérience entre collègues, pouvoir sépauler, pouvoir éventuellement même travailler en commun, sur plusieurs affaires, ou chez un client qui a projet qui dépasse simplement la capacité dune personne.
MP : Eric Copie, as-tu chez toi, des indépendants qui ont « de la bouteille », si jose mexprimer ainsi ?
Eric Copie : Oui, absolument, cest un peu ce que je voulais dire. Plutôt que de parler de portage, je voudrais quon parle de partage. Je pense quaujourdhui être consultant indépendant, cest 3 métiers à la fois : il faut être commercial, donc il y a des entreprises qui font du commerce pour placer des compétences ; il faut être technicien, cela veut dire savoir faire la mission quon vous a confiée et, accessoirement, entretenir cette technicité ; et puis enfin, troisième casquette, cest être gestionnaire de son activité, ça veut dire toute la paperasserie, lUrssaf, etc..
Une entreprise de portage va prendre
en charge la partie administrative. Cela veut dire : moi,
mon métier cest dêtre par exemple, graphiste,
ce nest pas de tenir une comptabilité, de savoir
répondre à tout ce que demande ladministration
française. Aujourdhui, dans Links Conseil, on y trouve
bien entendu des débutants qui sessayent dans les
nouveaux métiers et parfois une nouvelle forme dexercice
de ce métier, mais de plus en plus, on constate quil
y a des indépendants qui nous rejoignent, pour dire « ce
nest pas mon métier à moi de prendre en charge
toute la partie administrative parce que je me suis trompé,
parce que jai pas le temps, pour x raisons »,
parce que cest pas le cur du métier, forcément,
dun indépendant de tout faire.
MP : Pour aller dans le concret et le quotidien,
quel est lintérêt financier, quel est le coût
de lopération lorsquon se fait « porter »
si on est indépendant avec de la bouteille et de la clientèle,
quest-ce
que ça coûte daller se salarier dans une société
de portage ? Monsieur
Lilly ?
Jean-Pierre Lilly : sur le plan purement financier, cest assez difficile de répondre à la question, puisqueffectivement, dans le cas du salariat, il y a une protection sociale qui est décidée par lEtat, en particulier les cotisations de retraite par répartition, de prévoyance, alors quun travailleur indépendant peut organiser sa protection sociale et en particulier, les montants quil veut verser pour sa retraite, de manière beaucoup plus individualisée. Faut-il privilégier le court terme, le long terme ? Ce que je voudrais dire, par rapport à la proposition présentée par le portage salarial, cest le fait que les attentes des indépendants sont relativement hétérogènes. Effectivement, jentends des indépendants qui ne veulent pas soccuper de leurs propres affaires, et qui font donc appel à une société dont cest le métier de le faire, cest normal. Jentends parler aussi de sentiments dappartenance, et cest vrai aussi, il y a une attente au niveau de lappartenance.
Mais il y a aussi le cas des clients importants ou des grandes entreprises, où le fait de présenter une offre par lintermédiaire dune société connue peut également avoir de linfluence. Les grands donneurs dordre sont sécurisés par le fait de sadresser à une société organisée. Nos structures présentent un avantage, surtout dans le cas des collectivités locales, car il est souvent difficile pour un indépendant de travailler avec des mairies ou des conseils généraux, qui sont des organismes très pointilleux, exigeant des Kbis, demandant beaucoup dinformations sur la société avec laquelle ils vont signer un contrat. Le point que je voudrais souligner, même si les demandes sont hétérogènes, cest que la majorité des... je les appelle des « isalariés » maintenant, viennent du monde du salariat. Sans nier quil y a une frange de personnes qui se convertissent à ce mode de fonctionnement, pour ce quil en est de mon expérience, cest principalement pour rester dans la protection sociale du salariat que les personnes rejoignent nos structures.
MP : Merci, je crois que cest effectivement une vraie motivation. Concrètement, maintenant, comment ça se passe quand un indépendant vient vous voir pour devenir salarié dans votre entreprise ? Xavier Thévenot, quelles sont les premières démarches ? est-ce que vous signez un contrat de travail immédiatement avant quun contrat soit signé avec le client ? quand signez-vous le contrat de travail et quand vont être payés les premiers salaires ?
Xavier Thévenot : Dans le respect de règles administratives sociales et fiscales qui doivent être communes à tous, chaque société a ses spécificités en fonction de ses objectifs. Comme je lai indiqué, notre volonté est de contribuer au développement du métier du conseil en offrant une forme particulière de statut juridique.
Il est normal quayant élaboré notre méthodologie en 1996 avec son application début 1997, nous regroupions un peu ce qui vient dêtre dit par mes confrères. Nous « fédérons » des personnes qui exercent une activité de conseil dans un esprit libéral et nous intervenons comme « facilitateur » de leur développement.
Quand une personne vient nous voir, nous analysons ensemble sa démarche professionnelle, son expertise et son objectif : intervenir ponctuellement pour répondre à une opportunité ou travailler à long terme dans le métier du Conseil. A partir du moment où nous savons que cette personne veut gérer ses activités en « libéral » sur du moyen ou du long terme, notre rôle étant en France de développer le métier de conseil, nous allons commencer à laccompagner avant même quelle ait traité un contrat avec SON premier Client.
Afin de formaliser cet accord mutuel, nous proposons de signer une convention dadhésion. Il y a plusieurs niveaux dadhésion en ce qui concerne notre entreprise. A partir du moment cet accord est signé, le nouvel adhérent va pouvoir bénéficier à travers nous dun début de formation au métier de conseil, comprenant le démarrage des démarches commerciales, la façon de travailler avec un client, etc. Nous réalisons ces interventions gratuitement, lindépendant adhérent nest pas encore salarié.
A partir du moment où un contrat tripartite a été signé par, SON Client lIntervenant puis Contact Partenaire Client qui en devient le support, CPC émet la DUE, obligatoire avant le démarrage du premier jour de la prestation et un contrat de travail.
Paiement du consultant ou transformation des ses honoraires en salaires ?
Chaque société de portage a ses spécificités. Chez CPC, compte tenu que nous développons le métier du conseil et la création dentreprise, nous avons convenu avec lIntervenant quil a la volonté de travailler comme sil est immatriculé. Il est bien évident que nous souhaitons les accompagner vers une immatriculation comme indépendant et le Client appartient au Consultant qui utilise nos services. Cest pourquoi, nétant pas une entreprise de travail temporaire ni prétendant y être assimilé, nous ne voulons pas payer un salaire avant encaissement.
Nous transformons donc les honoraires en salaire à partir de lencaissement effectif. Cependant, à la demande particulière de certains adhérents, nous mettons en place des accompagnements financiers spécifiques, voire des avances exceptionnelles. Notre rôle est aussi daider et dassister nos adhérents dans leur gestion financière.
Le contrat que vous signez est-il un contrat CDD ou CDI ?
Tout dépend des objectifs des adhérents qui nous font confiance. Lorsque certains démarrent leur activité, le CDD sera mieux adapté à la durée de la prestation. Nous proposerons louverture dun CDI à ceux qui veulent utiliser nos services sur du moyen ou long terme.
MP : Monsieur Lilly, avez-vous des différences par rapport à ce mode de fonctionnement ?
Jean-Pierre Lilly : Oui, la différence essentielle, mais ensuite chacun se détermine librement, cest quen référence à mon passé bancaire, nous dissocions totalement le contrat de travail et lencaissement de la prestation. Cest la décision de lentreprise, jai donc mis en place un système « bancaire » dans le sens où chaque consultant dispose dun compte sur nos livres exactement comme chacun dispose dun compte à la BNP, à la Générale où à toute autre banque. Nous prenons, totalement, absolument, le risque commercial et le risque salarial pour la totalité de la prestation.
Sans faire de polémique, il est intéressant pour les freelances de savoir quil y a des modalités pratiques et concrètes qui varient chez les uns ou les autres, qui peuvent se négocier. Est-ce que vous avancez cet argent, est-ce que vous demandez de participer à cette avance, par une caution ?
Jean-Pierre Lilly : Non, pas du tout. Je gère le risque clients, cest ma responsabilité, la responsabilité de lentreprise de gérer le risque client. Ensuite, nous adaptons le salaire que nous leur versons dès le départ, nous ladaptons au montant des ressources cest une technique bien connue dans la banque, on lappelle de ladossement, cest à dire que nous avons en prévision un certain montant de prestations à facturer que nous gérons au mieux. Nous optimisons le contrat de travail en fonction des ressources sur lesquelles nous pouvons compter, bien entendu à partir du moment où le contrat de prestations de service est signé.
Alors, ce ne sont que des CDI ?
Non, mais je reconnais que nous allons probablement, même certainement, développer la formule CDI pour des tas de raisons, et pour permettre à nos consultants davoir accès à des prestations de plus en plus évoluées, de plus en plus perfectionnées.
Philippe Leman : chez Axessio, notre idée, cest aussi de se dire quon a des consultants spécialisés dans leur domaine dactivité, on ne leur demande pas non plus dêtre spécialistes de lensemble des compétences de gestion dentreprise. Tout ce qui est recouvrement de factures, cest Axessio qui sen charge et le consultant est payé en fin de mois pour la mission réalisée pendant ce mois, comme un salarié classique. Je pense que cest un avantage par rapport au statut dindépendant mais il faut aller jusquau bout, cest vrai que ces structures ont un coût et il faut regarder le temps libéré par le consultant. Cest un service complet que nous offrons au consultant.
MP : Comment payez-vous les consultants, chez Links Conseil, à lémission de la facture ou à son encaissement ?
Eric Copie : on fait les deux, cest le consultant qui choisit comment il veut être payé.
Vous prenez un risque, vous faites une avance financière ?
Eric Copie : on prend un risque supplémentaire, mais une entreprise fonctionne forcément avec des risques, on ne peut pas tous les annuler et lentreprise doit être suffisamment solide pour supporter ce genre de choses.
Philippe Leman : Je pense aussi que la notion de
risque est importante. Cest à la fois lentreprise
qui le prend, et le consultant. Nous devons dire au consultant :
« Cette société est solide, il ny
a pas de problème, on peut te payer en fin de mois, on
a pas tellement dinquiétude. » A linverse,
lorsque des consultants veulent travailler pour des start-ups,
je pense que cest aussi notre rôle de modérer
ces ardeurs, de lui dire : « Attention, cest
une société peu fiable, soit on négocie des
paiements stricts et éventuellement des paiements davances,
soit, non, cette société-là, on ne prend
pas le risque financier.
MP : A ce stade du débat, y-a-til
des questions ?
Jean de Sevin : Tant quon est sur les risques, jaimerai préciser pour lauditoire que contrairement à ce que lon entend, la société de portage ne fait pas quétablir un bulletin de paie et redistribuer des honoraires en salaires. Elle endosse aussi trois risques principaux, le premier étant le risque de prendre en charge la responsabilité civile et professionnelle de la mission, le deuxième dêtre confrontée à un risque dimpayé, le client ne payant pas alors que nous avons réglé les salaires, et le troisième étant le risque du CDD : si, pour une raison quelconque, la mission sarrête en cours de route, on ne peut pas, nous, rompre le CDD. Ce sont les trois grands risques que la société de portage doit gérer de la manière la plus professionnelle possible.
Patricia : je serai curieuse de savoir si on peut travailler en CDI avec une société de portage ?
Eric Copie : Oui, mais un CDI qui a quelques particularités. Vu quen France, la réglementation sur les contrats à durée déterminée est relativement contraignante, et je pense quelle ira en saccroissant, on peut effectivement signer un CDI plutôt quune multitude de CDD. Mais ce sera dans la plupart des cas des CDI à temps partiel, cest à dire que nous serons votre employeur lorsque vous serez en mission. Le reste du temps, vous serez en inter-mission, donc non salarié par lentreprise, en contrat de travail potentiel, si lon peut dire, mais non rémunéré pour un travail non effectué. Cest en fait une succession de temps travaillé pour lequel nous allons vous verser le salaire correspondant.
MP : Une dernière question, qui sadresse aux sociétés de portage sans être polémique, pourquoi certaines se baptisent-elles « de salariat libéral » ou « de salariat indépendant » au lieu de portage ?
Xavier Thévenot : cela remonte à de quelques
années. Jai déposé ce nom il y a à
peu près 6 ans maintenant, parce que cétait
notre volonté de créer une activité pour
faire travailler des libéraux, et nous voulions mettre
dans lappellation de notre structure à la fois le
terme libéral et le terme salarial puisque le libéral
va utiliser le principe du contrat de travail, donc de la protection
sociale du salarié.
Jean-Pierre Lilly : je vous réponds, car là
aussi, je suis obligé de faire référence
à la banque. Le mot portage, pour quelquun qui travail
dans la banque, cest un mot très précis puisquon
fait du portage dactions, du portage de valeurs mobilières,
etc. Jai estimé quil nétait pas
adapté au métier que je voulais développer.
Par ailleurs, il est vrai aussi que, sur le mode de fonctionnement
et sur la prise de risque, jai voulu différencier
le mode de fonctionnement que nous proposions. Cest une
question, je dirais de « marque ». Vous
savez quau départ, la société qui a
lancé les réfrigérateurs sappelait
Frigidaire, et quelle a donné son nom à lensemble
de réfrigérateurs, quon appelle maintenant
frigidaires. Il y a la marque salarié libéral, la
marque dIsalariat, la marque portage salarial... Cela ne
me dérange pas davoir différentes marques,
mais, si le mode de fonctionnement est légèrement
différent, lesprit reste le même.
Philippe Leman : en fait, cest du marketing,
il sagit dun marché qui débute par
rapport au marché global du conseil en France qui fait
100 milliards de francs. Le portage nen représente
aujourdhui quune minuscule partie, il y a de la place
pour tout le monde, pour des formules différentes en fonction
des différents individus, de leur passé, de leur
expérience. Cest comme dans la restauration, il y
a tous les modes dexercice possibles, cest pareil
dans le conseil.
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MP : Eric Cabos, tu avais une remarque à faire sur le sujet et je crois quil serait intéressant que tu nous donnes une idée de la différence entre vos activités et celles des entreprises de portage.
Eric Cabos : Oui, préalablement et pour rentrer très concrètement dans le sujet, je voudrais reprendre deux thèmes évoqués ici : on parle des indépendants confirmés et des indépendants plus jeunes... dans le métier. Nous avons fait lanalyse des 12 000 personnes en France référencés dans les fichiers de Freelance.com dans le secteur informatique. On constate quenviron 72 % de ceux-ci sont compris dans la tranche dâge de 32 à 50 ans, cest-à-dire dans la tranche dâge actif du modèle salarial. Ceci indique que ce nest pas un épiphénomène, que cest une partie, un sous-ensemble de la force vive du pays qui choisit de travailler en indépendant, et non un groupement de gens bizarres, particuliers, différents des autres. Cest simplement un choix de vie professionnelle, une façon de gérer sa carrière en association avec sa vie personnelle, et une réalité concrète sur le marché du travail.
Ma deuxième remarque porte sur le risque, la gestion du risque. Je voudrais quon évite la langue de bois, et quon ne confonde pas deux notions : le risque dune part, et qui porte la responsabilité de gérer le risque et de faire en sorte que laccident ne se réalise pas, dautre part. Celui dentre nous, ici, qui na pas cette responsabilité vis-à-vis des indépendants ne sert pas à grand chose. Par ailleurs, et on le cache toujours un peu, la gestion du risque a toujours un coût. Vous qui êtes, étiez un banquier, vous savez que le risque a toujours un coût pour quelquun dans la chaîne. La seule vraie différence entre les gens avec qui les indépendants travaillent, cest entre ceux qui vous montrent ce coût et qui vous montrent comment il est géré, et ceux qui ne vous le montrent pas, parce quil est dans la marge de lentreprise ou quil vient dégrader cette marge. Je crois que la vraie différence, cest : « Je sais comment est géré le risque, ce quil coûte et qui le supporte ».
Maintenant, pour vous dire un peu comment Freelance.com fait son métier, la façon dont on approche le business, il y a un principe très simple. On pense quil y a deux grands mouvements qui se dessinent et font bouger le paysage : dune part, une aspiration des salariés ou des ex-salariés à plus dautonomie, plus dindépendance, plus de capacité de choix, de profil de carrière, dacquisition de compétences, de localisation du site de travail. Une aspiration très forte des professionnels à choisir seuls un certain nombre déléments de leur vie professionnelle. Dautre part, et en même temps, un bel avenir devant nous, avec un marché qui, dans beaucoup des domaines dactivités, manque de talents. Nous opèrons sur trois marchés, linformatique, la communication et le consulting, et ce que je viens de dire est vrai pour ces trois-là.
Il faut cependant regarder les choses comme elles sont. Quand on parle des grandes entreprises, tout en haut de lentreprise, lorsquon demande : « utilisez-vous des freelances ? », la réponse est non, et le patron est sûr de lui. Tout en bas, la réponse est oui, mais on sait pas combien. Et au milieu, à la DRH, à la direction des achats, on met un voile pudique sur le mot. Pourquoi ? parce que les processus des grandes entreprises ne sont pas adaptés pour interfacer correctement les micro-entreprises, cest-à-dire les entrepreneurs, les indépendants, les entreprises toutes petites. Les grandes entreprises françaises nont pas encore appris à travailler avec celles-ci. Elles essaient de calquer leur modèle de fonctionnement sur une réalité du marché qui est en train de changer, elles le voient changer, mais ne savent pas comment suivre.
Or un freelance est un indépendant ou une très petite entreprise. Il couvre forcément un petit segment du besoin du client. Par définition, cest un spécialiste de quelque chose et ce quelque chose, cest un petit sous-ensemble du problème que se pose le client. Dans un projet informatique, il y a plusieurs profils dont on a besoin, et le problème du grand client, cest de parler au moins de gens possible pour traiter lensemble de son besoin. Il aime avoir quelquun à qui il raconte son problème et qui lui ramène ensuite lensemble des réponses. Cest une des utilités importantes dune force commerciale comme celle de Freelance.com. Elle a le rôle de comprendre le besoin du client et daller identifier pour lui les talents qui vont le satisfaire.
Comment ça se passe chez Freelance.com ? Les indépendants, en se connectant sur notre site Internet, puisque Internet est chez nous un outil de production depuis le début, peuvent faire quoi ? Ils peuvent regarder, visiter, jeter un coup dil sur les missions offertes en ce moment, etc. Ils peuvent surtout faire deux choses, ils peuvent déposer leur CV, et ce faisant, nous donner lautorisation de savoir qui ils sont, de les connaître, et puis le moment venu de les contacter. Ils peuvent aussi faire une deuxième chose qui est plus importante : sinscrire sur ce que lon appelle une mailing list, cest une demande quils nous font de leur envoyer un mail tous les matin où ils pourront lire les missions correspondant à leur profil de compétences. Tous les matins, jécris de la sorte à 8 000 personnes en France, pour leur dire : « Bonjour, ce matin, il ny a pas de mission qui corresponde à votre profil », ou alors : « Nous avons cinq missions pouvant correspondre à votre profil ».
Le commercial, vous avez compris son rôle, va faire une recherche pro-active dans notre base, mais puisque cest une relation entre entrepreneurs, il faut que lautre soit daccord. La façon la plus simple pour quil soit daccord, cest quil reçoive la proposition de la mission, et quil prenne linitiative vis-à-vis du commercial en lui disant : « Je suis intéressé ». Tout ça est gratuit puisque les questions dargent ne se posent que lorsquon a une mission à exécuter. Ensuite, le commercial accompagne le prestataire chez le client pour le présenter et obtenir lacceptation du client. En final, je signe un contrat avec le client et je signe un contrat avec le prestataire, il est mon sous-traitant. Il a beau être seul, être une micro-entreprise, cest une chaîne contractuelle qui relève de la sous-traitance au sens juridique du terme.
Financièrement, lobjectif de Freelance.com est de faire des questions dargent un sujet transparent pour tous les acteurs. Nous ne croyons pas que, sans parler dargent de façon transparente, on puisse convaincre le marché que le freelancing est un vrai canal, complémentaire ou alternatif de lappel aux SSII classiques. Notre objectif, en tant quentreprise, est de générer une marge, sur chaque opération, de 20 %. Parfois on arrive à faire mieux, parfois on fait moins bien. Le principe est que, quand un prestataire veut 100 F, le client accepte de payer 123 F, ça doit faire 20 % de marge.
Suivant la nature de la mission, certaines peuvent durer une semaine avec un profil excessivement pointu, ou dautres dans le déploiement dun projet, où lon cherche une équipe qui va travailler longtemps, léconomie globale est différente, chacun accepte ou pas de dégrader sa marge. A la fin, ça se résume toujours à ça, la marge est lintérêt de chacun. Nous avons aussi passé un accord avec une compagnie qui sappelle Brainbench, compagnie de certification en ligne dun certain nombre de compétences technologiques, très connue aux Etats-Unis. 4 000 personnes par semaine se font certifier. Nous avons affaire à un phénomène de masse, dont le marché na pas encore compris la puissance, et tout ce que nous essayons de mettre en place, ce sont des mécanismes qui pemettent au marché de le comprendre. Cest un véritable retournement du modèle économique et du marché du travail.
Dans votre modèle, qui soccupe, pour le freelance, de la partie administrative ?
Quelle partie administrative ? Tout ce qui concerne la relation commerciale avec le client, cest nous. Le recouvrement, la facturation, la gestion des litiges, les dossiers juridiques, cest aussi nous. Tout ce qui concerne votre comptabilité, votre déclaration dimpôt, cest vous.
MP : Laissons la parole à Christian Costaz pour quil expose sa façon de travailler, et réponde à une autre question : quand lindépendant est-il payé ?
Christian Costaz : Notre rôle initial est effectivement de chercher les besoins de nos clients, et surtout de les satisfaire. Pour les tarifs, nous avons défini un coefficient dexpertise, selon que nous avons affaire à des débutants ou des experts. Concrètement, quand on a un besoin, ou bien nous avons déjà la ressource dans notre fichier, ou bien ce nest pas le cas, et nous publions des annonces. Il est clair que si lindépendant est déjà identifié, sil fait partie du réseau personnel de lun de nos consultants internes, ça va beaucoup plus vite. On est dans un métier de lurgence, il faut répondre pratiquement dans les 48 heures, et, si on a déjà le contact avec lindépendant, la conclusion de laffaire est meilleure. Nous allons ensuite signer un contrat avec le client, et un deuxième avec le prestataire, indépendant qui a sa propre entreprise ou salarié dune société de portage. Dans tous les cas de figures, jai besoin de recevoir une facture de ce prestataire en fin de mois, qui va mindiquer le temps passé avec un rapport dactivité avant moi-même de pouvoir facturer mon client. La marge visée est aussi de 20 %, en toute transparence. On a choisi de payer tout de suite, à réception de facture, le prestataire qui intervient pour nous en sous-traitance, nous prenons à nos risques et à nos frais les litiges qui seraient liés au règlement de la facture par le client.
MP : Chez Freelance.com, quand lindépendant est-il payé ?
Eric Cabos : Comme chez Links, il est payé quand nous recouvrons la dette. Ou alors, il choisit une option quon appelle laffacturage lui permettant dêtre payé immédiatement, mais elle a un coût, un taux comme dans nimporte quel organisme offrant une facilité de caisse de cette nature. Il y a toujours un coût, je ne sais pas si cest le meilleur, mais en tout cas il est connu.
Juste une précision sur les 20 % de marge. Chez Freelance.com, puisque nos commerciaux sont des indépendants, quand on a 100 F de marge on coupe en deux morceaux égaux, le commercial part avec 50 F Freelance.com garde 50 F.
Cest ce qui nous amène à annoncer le taux daffacturage parce quun taux daffacturage entre 2.5 et 4.5 % sur 10 % de marge brute, cest important. Quand on travaille pour des grands comptes, sur des grands projets, on est plus généralement payé entre 60 et 120 jours quà réception de facture. Donc, 4 mois à 4 points quand on part dune marge brute de 10 et quand on doit supporter sa propre structure, ça nexiste pas. On fait faillite. Jinsiste sur ce point, largent vaut ce quil vaut, le marché du travail est ce quil est, les conditions de paiements de nos clients sont ce quelles sont. Tout ceci se négocie, mais dans une frange seulement, et à la fin, on tombe sur la couche dure, quon doit gérer financièrement tous ensembles.
Question dans la salle : vous avez donnez des chiffres tout à lheure, jaurais voulu savoir si vous aviez éventuellement une idée de pourcentage dinformaticiens indépendants par rapport au informaticiens salariés en France ?
Eric Cabos : non, mais je vais en avoir bientôt
parce que jai commandé une étude à
lIpsos, sur le freelancing, sur les motivations des freelances,
comment on commence, comment on se finance quand on commence.
Pourquoi ? parce que chaque fois quon parle du freelancing
dans les études ministérielles, dans les organismes
de sondages, cest un sous-ensemble dautre chose, et
à la fin, on a un puzzle impossible à reconstruire.
En revanche, jai un sentiment. Je pense que si on définit,
si on étend le mot freelance à la très petite
entreprise au sens de lInsee, cest-à-dire de
0 à 10 salariés mais en sarrêtant
plutôt à 5 , je pense que la force vive informatique
en France est de lordre de 150 000 à 200 000 personnes.
Si on va jusquà 10, cest de lordre de
200 000 à 250 000 personnes... Cest énorme,
considérable.
Question dans la salle : puisquon est entre confrère, je voulais savoir si, en terme dévolution par rapport à vos clients finals, vous avez senti une évolution des mentalités, si maintenant des sociétés comme Freelance.com ont la possibilité de placer les gens en direct dans les grands comptes, et non pas à travers un empilage de structures intermédiaires, des SSII par exemple ?
Eric Cabos : cest le premier chiffre que jai demandé quand je suis arrivé le 1er juillet, pour savoir si on avait une vraie capacité, un vrai potentiel à faire croître nos activités dans les grands comptes.
Je vais vous dire 2 choses sur ce sujet : 1/ aujourdhui, le chiffre daffaire de Freelance.com comprend 65 à 67 % de facturation du client final. 2/ il faut quon se mettre bien daccord sur la définition de ce quest le client. Je vais vous donner la nôtre. Nous travaillons tous dans le cadre de projets, il y a dabord une stratégie dentreprise, après il y a un certain nombre de projets, et dans ces projets il y a les talents dont on a besoin pour les exécuter. Parmi ces talents, il y a ceux que lentreprise va décider de garder à lintérieur parce que ce sont des compétences critiques. Ensuite, il y a ceux quelle va chercher à lextérieur, à des organismes comme Freelance.com quand elle reste maître doeuvre de son projet. Mais elle peut parfois confier la responsabilité du projet dans son ensemble à un intégrateur, et dans ce cas, le freelance travaille pour lintégrateur mandaté par le client final. Donc, il y a parfois empilage, mais lempilage est sain, de mon point de vue, quand il est décidé par le client..
Henri Vennin, président de lAssociation des Consultants Pétroliers. Nous sommes tous des consultants individuels, et dans notre profession lassociation est capable de juger ce que font les gens, cest à dire quelle est leur qualification, leurs compétences, nous navons pas besoin de passer par des sociétés qui font du commerce et qui sont pas du métier. Nous pensons donc quune association peut servir de base de données pour présenter des experts dune façon qui nest pas partisane. Il y a ce genre dintermédiaire qui existe et qui est nécessaire, mais les associations ont aussi un rôle dintermédiaires pour rechercher des qualifications.
MP : Merci, Henri, cest une bonne occasion pour
passer la parole à Daniel Carré, président
de lassociation Agro Consultants, qui va parler du type
de structures intermédiaires, celles qui intègrent
des compétences pour un projet déterminé.
Daniel Carré : je vais effectivement essayer dapporter ma contribution au débat, en prenant le problème sous un angle qui nest pas du tout un angle juridique, mais un angle déconomiste dun projet. Jai eu loccasion de participer à des projets, soit comme co-maître douvrage, soit comme co-maître duvre, soit comme participant. Jai fait également, dans ma vie de consultant, des analyses dans le domaine de lingéniérie de projets. Dans le domaine du service, il existe six postes quil faut prendre en compte.
Il y a dabord tout ce qui a un coût direct de production, cest à dire tout ce qui, pour un problème de consulting, va comprendre le temps effectif passé chez le client, le temps passé à la préparation, à la rédaction de rapports. Ce coût direct de production couvre, en interne, le salaire, les charges, les congés payés, le temps où les gens qui sont salariés en interne ne facturent pas, et ça couvre également les coûts directs tels que taxe professionnelle, sur les salaires, etc.
Il y a un deuxième poste de coût extrêmement important qui est la supervision, le management du contrat, le contrôle de qualité, ce quon pourrait appeler le coût de maîtrise duvre. Dans un projet aujourdhui, celui qui le contracte ne contracte pas des heures de main-duvre, mais il contracte pour avoir un résultat et le contrat est effectivement prévu en terme de résultat et non pas en terme de moyens. Il faut donc des gens qui supervisent le travail.
Troisièmement, quand on rémunère quelque chose, on rémunère des gens dans un projet mais on rémunère également des savoir-faire, tout ce qui est accumulé en matière de formation, de méthodologie, tout ce qui constitue linvestissement des gens qui font le projet, et une réputation.
Quatrième poste, celui des coûts commerciaux et davant-vente.
Le cinquième poste a trait à la gestion de la structure : frais financiers, logistique.
Et puis le sixième poste, quil ne faut pas oublier, cest le profit. Parce que si lon veut quune entreprise vive, il faut quelle accumule du capital de façon à ce quelle travaille, non pour rembourser la banque comme le faisait Gérard Bourgoin, mais en assumant sa pleine indépendance et lautofinancement de ses investissements.
Le résultat, cest que les coûts directs de production ne peuvent pas dépasser 50 % du budget global. Cest-à-dire que si vous êtes sous-traitant dans un projet, votre production ne représente pas plus de la moitié du budget. Si on laisse 10 % au profit brut, puisque les impôts nen laissent que 5 %, ce qui nest pas colossal, il reste à partager 40 % entre les frais de supervision, la rémunération du savoir-faire cest-à-dire tout linvestissement méthodologique de lentreprise , les coûts commerciaux et les frais de gestion de la structure. Ce qui est probablement le plus important, sont les frais commerciaux. En gros, dans une structure de consulting, on admet quils sont compris entre 15 et 20 %. Cela peut paraître une somme importante, mais je crois que, dans la pratique, cest un ratio qui peut sappliquer aussi à un indépendant, qui passe largement 15 à 20 % de son temps à chercher des contrats.
Ce sont ces 2 chiffres clés que je voulais vous livrer. Ils signifient que la rétrocession, si on est freelance en sous-traitance, porte sur 50 % du budget. De plus en plus de projets se montent aujourdhui, non pas avec des structures monolithiques de salariés, mais avec un chef de file qui a la capacité commerciale et la confiance du donneur dordre je parle de projets qui sont de 10, 20, 30 MF. Il faut quune entreprise qui met quelques dizaines de millions sur la table ait en face delle quelquun de solide. Pour réaliser ces projets, on voit de plus en plus de cas, où effectivement, une partie importante de la production a été faite par des indépendants. Mais il est bien évident quentre la rémunération de lindépendant et la rémunération de la société chef de file, cest cette règle des 50 % qui va jouer.
Maintenant que vous connaissez les structures du prix de revient, vous pouvez mieux comprendre les différences inéluctables entre un taux de facturation et un montant de rétrocession.
Merci pour cette précision,
Daniel, parce que nous sommes au coeur du sujet. A partir du moment
où on connaît les coûts, on peut les appliquer
aux services qui sont proposés, bien sûr avec un
coût, bien sûr avec une commission. Mais si on retrouve
les mêmes coûts dans un projet quand on le mène
soi-même, on peut faire le choix. Cette présentation
est une bonne introduction, en plus, au débat quon
va avoir en début daprès midi : « Comment
des indépendants peuvent-ils se regrouper ? ».
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Les Entretiens du Freelance
19 janvier 2001
Copyright Freelance en Europe 2001