La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 103, 11 décembre 2000

En fin de ce numéro, la suite de notre enquête exclusive : l'allumage d'autobus.

1/ Arrondi
Un lecteur nous fait remarquer que, dans les préliminaires méthodologiques de l'enquête, publiés la semaine dernière, nous annonçions : « Arrondi au-delà de 5 ». « C'est une erreur, » dit-il, « l'arrondi se fait, soit à partir de 5, soit au-delà de 4. »

Il est temps de rétablir la vérité au sujet de l'arrondi, la méthode utilisée par convention étant scientifiquement erronée. Que dit-elle en effet : « Jusqu'à 0,4 – prenons cet exemple – l'arrondi donne 0 ; à partir de 0,5 l'arrondi donne 1. La distance entre 0 et 1 est ainsi partagée également entre cinq valeurs d'un côté et cinq de l'autre (comptez sur vos doigts, les enfants). »

Or ce sont les intervalles qu'il faut compter : quatre intervalles entre 0,0 et 0,4, cinq entre 0,5 et 1,0. Que se passe-t-il entre 0,4 et 0,5 ? Les phénomènes naturels étant rarement discrets et plus généralement continus, la nature ne s'arrête pas subitement entre ces deux valeurs qui ne sont que des mesures de la réalité. Descendons par exemple d'une unité en-dessous : si la valeur réelle atteignait 0,44, l'arrondi, par effet successif, donnerait 0,4 puis 0 ; à 0,45, elle donnerait 0,5 puis 1. L'intervalle entre 0 et 1 n'est donc pas exactement partagé en deux parties égales : 44 centièmes d'un côté, 55 de l'autre ! Et ainsi de suite pour le centième non partagé : 444 et 555 millièmes, 4444 et 5555 dix-millièmes, etc.

Il faut se résoudre à l'évidence : notre système d'arrondi est imparfait. La justesse et, osons le dire, la justice n'y trouvent pas leur compte. Pire, comme le remarquait le célèbre économiste John Maynard Keynes dans son ouvrage La théorie générale de l'emploi sans intérêt, il est inflationniste, et oblige les gouvernements à embaucher sans cesse de nouveaux fonctionnaires pour combattre cette plaie économique. L'exemple du passage à l'euro est significatif : à cause de ce mauvais mode de calcul de l'arrondi (cinq décimales, annoncent les textes officiels*), de combien de nouveaux fonctionnaires le ministère des Finances devra-t-il se munir ?

La solution scientifique à cette grossière injustesse consisterait à calculer l'arrondi de 5 selon la méthode dite de « l'arrondi flottant » : une fois vers le chiffre inférieur, une fois vers le chiffre supérieur, en vérifiant toutes les mille manipulations que la parité a bien été respectée. Les boulangers et les calculatrices pourraient s'adapter à cette méthode, et Microsoft éditer une version « flottante » d'Excel, exempte de bugs si possible.

En tout état de cause, notre « erreur » n'était qu'une demie-erreur.

* Décret no 98-1152 du 16 décembre 1998. Article 1 : A compter du 1er janvier 1999, la parité du franc CFP (XPF) exprimée en millier d'unités sera fixée par rapport l'euro selon la méthode suivante : 1 000 XPF = 55/x arrondi à la deuxième décimale (au cent d'euro) supérieure ou inférieure la plus proche. Si l'application du taux de conversion donne un résultat qui se situe exactement au milieu, la somme est arrondie au chiffre supérieur, x représente la parité irrévocable de l'euro en franc exprimée avec 5 décimales (six chiffres significatifs) qui sera fixée le 31 décembre 1998. http://www.finances.gouv.fr/euro/documentation/

2/ Brèves
• 15 décembre
. N'oubliez pas de payer vos taxes professionnelles, taxes d'habitation, etc.

• Au pas de course, cette semaine. Lancement le 2 décembre de la célébration du centenaire de la loi du 1er juillet 1901 sur la liberté d'association. Le Parlement a voté l'autorisation du travail des femmes la nuit. Thomson-CSF devient Thales (sans accent). Eazywap devient Antepo. Le gouvernement a publié un arrêté portant agrément du nouveau régime d'indemnisation du chômage (pour les salariés). Le 6 décembre, Wanadoo a racheté Freeserve, le FAI n°1 en Grande-Bretagne ; tout le monde se demande comment Wanadoo va rendre payant l'accès gratuit... Giat Industries, l'entreprise nationalisée de défense (le char Leclerc), prévoit des pertes approchant 1 milliard F cette année ; l'état devra sans doute recapitaliser l'entreprise à hauteur de 2 milliards l'an prochain.

Ils écrivent à la CyberGazette
• 98 jours.
« Formateur indépendant, j'ai réalisé une formation pour la Boutique de Gestion de Paris. Cet organisme, qui a pour but d'aider les créateurs d'entreprise, est censé connaître les problèmes de trésorerie des petites structures tels les délais de règlement et leur incidence. A croire que non, puisqu'il m'a réglé mes honoraires au bout de 98 jours, après relances de ma part. C'est regrettable. Bonne journée à tous. » Claude Pistre

Juridique-social-fiscal
• Sécurité Sociale - Santé
. La loi de financement de SS 2001 a été adoptée par l'Assemblée Nationale en troisième lecture mardi dernier (5/12/2000). La protection santé des non salariés sera donc alignée sur celle des salariés (article 28) dès parution du décret d'application.
• Franchise en base de TVA (micro-entreprise). Les seuils, actuellement de 175 000 F (activités libérales ou de service) et de 500 000 F (activités commerciales) sont adaptés à, respectivement, 27 000 et 76 300 euros. Ordonnance du 22/9/2000

• Téléphones portables. Le Conseil de la concurrence a annoncé, le 8 novembre dernier, l'ouverture d'une instruction relative à d'éventuelles pratiques anti-concurrentielles de France Télécom Mobiles (FTM) et de SFR (Cegetel, Groupe Vivendi) liées au verrouillage de certains de leurs téléphones mobiles Wap. Juriline, 6/12/2000

Business-économie-Internet-divers
• Start-ups
. Cent PME se sont créées en France sur les trois dernières années dans le secteur des biotechnologies. Le Monde, 06/12/2000

• Téléphones portables. Au 30 juin 2000, on comptait en France 24,3 millions d'utilisateurs de téléphone mobile (40 % de la population), soit une croissance nette de 18 %, contre 27 % au 1er semestre 1999.

• Téléphone longue distance. ATT, dont le cours de l'action dégringole comme la pluie en décembre, prévoit de se couper en quatre sociétés. Son principal problème réside dans la diminution rapide du prix des communications longues distance : de 100 $ la minute en 1915, puis 10 $ la minute en 1945, il a atteint moins de 10 cents la minute (70 centimes, heureux américains) ces dernières années. Trois facteurs se conjuguent pour expliquer cette chute : le progrès de la technologie du téléphone – son remplacement par d'autres moyens, l'email en particulier – son intégration dans d'autres technologies, comme la messagerie instantanée. Le téléphone portable va lui aussi suivre cette pente, ce qui est une des raisons poussant les opérateurs à accélérer l'installation des communications Wap : la transmission de la voix n'est plus qu'un des services rendus par le téléphone, parmi d'autres. Nostalgie. Financial Times, 10/12/2000

• La vie en pleinchamp.com. On dit que le Crédit Agricole va ouvrir vers le 20 janvier prochain une vaste plate-forme (portail, communauté, place de marché, etc...) pour les agriculteurs français « avec tout dedans » : météo, achats de semence ou de pneus pour tracteurs, vétérinaire, contenus divers, et naturellement les services financiers du Crédit Agricole. Cela s'appelera « pleinchamp.com ». Le Crédit Agricole devrait aussi fournir de l'accès Internet avec un « autre mastodonte ». Les rumeurs de Jean-Michel Billaut, 6/12/2000

• FAI. D'après un sondage réalisé par le Journal du Net auprès de 8 263 lecteurs entre le 25 octobre et le 12 novembre derniers, les fournisseurs d'accès Internet (FAI) préférés sont, dans l'ordre : Free, Freesbee, Wanadoo, Club-Internet, Libertysurf. AOL a dégringolé de la première à la huitième place, à la suite de quelques ratés de son forfait illimité à 99 F. Le Journal du Net, 24/11/2000

• Encore AOL. Un abonné au forfait illimité d'AOL a réussi à faire condamner le FAI pour non-respect de ses obligations contractuelles. Si le fournisseur ne met pas fin aux déconnexions intempestives dans un délai d'un mois, il devra payer des dommages et intérêts au plaignant, un étudiant en droit breton qui a visiblement mis à profit ses cours de droit des contrats. Internet Actu, 7/12/2000

• Internet au berceau. Une étude menée en Grande-Bretagne auprès de 250 adolescents montre qu'un tiers des 7-14 ans aident leurs parents à naviguer sur un ordinateur. Freelance Informer, 8/12/2000

3/ Salons, manifestations
- 2-11 décembre : Salon Nautique, Porte de Versailles, Paris http://www.salonnautiqueparis.com
- 11-15 décembre : ELEC, Electricité, automatisme, éclairage, génie climatique, Paris-Nord Villepinte, http://www.elec.fr/
- 12-13 décembre : Profession, Webmestre, CNIT, Paris La Défense http://www.birp.com/pw

4/ Le paradoxe de l'allumage d'autobus
L'attente aléatoire d'un autobus est un problème quotidien auquel sont confrontés tous les freelances ne disposant pas d'une BMW. La CyberGazette, ne reculant devant aucun effort pour améliorer le bien-être de ses lecteurs, a enquêté sur une solution subodorée par son rédacteur en chef. Après les préliminaires méthodologiques exposés la semaine dernière, les résultats.

Résultats de l'enquête
Il apparaît tout d'abord que le temps moyen d'attente d'un autobus est très précisément de 8 mn 24 s. Ce temps moyen a été pondéré en fonction de la fréquence des saisons, jours de la semaine, heures du jour et hygrométrie ambiante. Certaines dates, donnant des résultats aberrants, ont été éliminées, comme le 14 juillet, le 15 août ou le 25 décembre, ce qui n'étonnera personne, mais aussi le 1er avril et le 15 novembre. Après analyse, il s'avère que, lors de la première de ces deux dates, les conducteurs augmentent volontairement le délai de passage de leur véhicule en application d'un curieux sens de la plaisanterie, et, lors de la deuxième, involontairement à la suite de l'ingurgitation excessive de Beaujolais nouveau. L'emplacement de l'arrêt, selon qu'il se situe avant ou après un feu et selon la couleur de celui-ci, a aussi une certaine influence.

Ces précautions énoncées, il faut compléter l'étude par la prise en compte des écarts, qui s'étalent entre -8 mn 38 s, lorsque le bus vient d'être loupé de 14 s, et + 29 mn 57 s en hiver, le samedi soir par temps de pluie, dans une ruelle obscure et sinistre. L'écart-type ksi2, suivant la nomenclature de Bernouilli, se stabilise après quelques ondulations à une valeur médiane de 5 mn 47 s.

Ces résultats préliminaires, quoiqu'apportant des éléments chiffrés inédits à ce jour – en fait, tenus soigneusement cachés par la direction de la RATP –, ne surprendront pas les initiés. Le problème des transport routiers dans une ville aussi engorgée par le trafic automobile que Paris n'est pas une découverte majeure, bien qu'elle fasse l'objet de multiples promesses de réglement lors des campagnes électorales. La multiplication de ces campagnes est la solution prônée par les élus qui l'ont déjà mise en oeuvre en raccourcissant le mandat présidentiel, mais elle ne diminue qu'oralement la longueur du délai. 8 mn 24 s, avec un écart-type de 5 mn 47 s, sont des données factuelles irréfutables.

Une fumeuse surprise
En revanche, la découverte des enquêteurs, qui va être révélée dans les lignes qui suivent, apporte une véritable solution à cette plaie endémique. En plagiant la version street-wise de La Brabançonne, nous pourrions clamer : « Pour soulager l'humanité souffran-ante, Voilà comment accélérer les bus ».

L'intuition du rédacteur en chef de la CyberGazette, à l'origine de l'enquête, portait en effet sur la constation ordinaire que, chaque fois qu'il allume une cigarette en attendant ces véhicules, il n'a que rarement l'occasion de la fumer dans son intégralité. La durée de pouffage de cette tige (marque Panter Lights, made in Holland, nuit gravement à la santé) atteignant en moyenne 4 mn 17 s, il existe une incohérence entre les deux mesures : si on attend en moyenne 8 mn 24 s chaque autobus, comment se fait-il qu'on ait pas le temps de terminer la clope ?

L'analyse statistique par sondage était donc indispensable. Elle révèle effectivement que, chaque fois qu'une cigarette est allumée à un arrêt, l'autobus est aperçu au bout de 2 mn 31 s. Le temps de son arrivée jusqu'à l'arrêt dépend d'éléments variés (feu rouge, voiture garée en double file, agent de la circulation ralentissant le trafic, heure de l'apéritif accélérant le trafic, etc.), ce qui explique que la dite cigarette puisse être parfois consommée jusqu'à l'extrémité la plus chaude. Les écarts autour de la moyenne varient ici entre -2 mn 31 s (la cigarette est allumée à l'instant exact où l'autobus est aperçu, damned!) et +6 mn 02 s (l'enquêteur commence à préparer une deuxième cigarette), et aboutit à un écart-type ksi2 de 3 mn 28 s.

On aboutit donc au résultat suivant : « l'allumage d'une cigarette provoque l'arrivée de l'autobus ». Quand, comment, où, qui suis-je, pourquoi ?

La fin de notre enquête au prochain numéro.

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La CyberGazette est éditée électroniquement toutes les semaines par Freelance en Europe, association loi de 1901 déclarée à la Préfecture de Paris le 20 février 1998 (http://www.freelance-europe.com). Directeur de publication : Claude Chérel. Directeur de rédaction : Michel Paysant. Maquettage : Fizz. Abonnement annuel (40 numéros) : 260 F en France (40 E dans les autres pays européens) / 195 F (30 E) pour les adhérents de Freelance en Europe. Archives et bulletin d'abonnement sur le site http://www.cybergazette.presse.fr). ISSN 1292-8534.
Prochaine parution : 18 décembre 2000

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