La CyberGazette,
le journal
des Freelances
n° 107, 22 janvier 2001
1/ «
Excellent sujet, très bonnes réponses »
C'est vous qui le dites : ce commentaire est extrait d'une feuille
d'évaluation des Entretiens du Freelance qui se sont déroulés
vendredi dernier. Toutes les appréciations des participants
ne sont pas aussi dithyrambiques, mais l'ensemble manifeste toutefois
une « très bonne » appréciation globale.
Récit de la journée.
Les intermédiaires, comment travailler ensemble ?
C'était le thème du jour, et la matinée fut
consacrée à une analyse de leurs prestations et
des conditions de partenariat réciproque.
La légalité de la situation des sociétés
de portage était le premier sujet, et Me Denkiewicz a démontré
très clairement que c'était un vrai-faux sujet,
lié à une seule question : « Est-il possible
d'envisager un salariat sans subordination ? » La loi admet
que les avocats salariés, les médecins salariés,
les experts salariés, les professeurs salariés bénéficient
d'une « indépendance technique » dans l'exercice
de leur art, mais elle impose encore la notion de « subordination
juridique » pour les conditions matérielles de fonctionnement.
En attendant qu'elle évolue, il faut donc éviter
de préciser la non subordination dans les contrats de travail.
M. de Sevin, président du syndicat des entreprises de portage
salarial (SEPS), a déclaré qu'il est en contact
avec les autorités pour une l égalisation de ces
entreprises : « Il y a 44 sociétés de portage
en France, 10 000 professionnels 'portés', on ne peut pas
continuer à parler d'illégalité. »
Me Barthélémy, dans son introduction, avait noté une évolution symétrique des pratiques de l'exercice d'une profession libérale : « Les agents généraux d'assurance, liés par un contrat d'exclusivité à leurs compagnies, ne sont pas subordonnés juridiquement à celles-ci », remarque-t-il, « mais leur situation s'en rapproche, à tel point qu'une convention, dont les termes ressemblent bigrement à ceux d'une convention collective, les lient dorénavant à leurs clients. Où est la frontière du salariat ? »
Une Table Ronde avec plusieurs sociétés de portage et quelques agences de prospection commerciale permit de rentrer dans la pratique concrète de ces structures, d'en distinguer les éléments communs et les particularités. Un débat concret et de bonne tenue avec les acteurs majeurs.
Daniel Carré, président d'Agro
Consultants, précisa, en quelques chiffres, la ventilation
financière d'un projet technique. Citons l'essentiel :
« Si les finances d'un projet sont ramenées à
100, son support administratif est de 10, la rémunération
de l'apporteur d'affaires de 20, les frais divers de 10 et la
marge de 10. » Cette synthèse situe le montant des
commissions qu'il paraît raisonnable de négocier
avec un intermédiaire.
Comment créer entre freelances une structure intermédiaire
?
Le regroupement de freelances est un autre moyen de résoudre certains problèmes : rompre l'isolement, accéder à certains grands donneurs d'ordre, se protéger d'une vulnérabilité face à quelques institutions considérant encore les freelances comme de faux indépendants, transmettre un patrimoine. Trois exemples introduisirent le débat : un GIE, une société (Sarl ou SA), une Scop. Me du Manoir de Juaye en fit une synthèse suivant deux coordonnées : la séparation des responsabilités et la création d'un patrimoine (cf. http://www.france-lex.com/default.php3). De nombreuses questions de la salle portèrent sur la société civile de moyen, les sociétés en commandite, l'association. Un tour complet et bien documenté.
Internet
Il est difficile d'échapper à ce thème dans
un débat professionnel. Les structures intermédiaires
existent aussi sur Internet, à la disposition des freelances.
Quelques exemples en précisèrent les offres : iSalariat,
un portail des offres de portage, eQuesto, une offre de
prestations d'expertise, Marketo.com, un service de sélection
de fournisseurs (les freelances peuvent y être à
la fois clients et fournisseurs). Denis Etighoffer, observateur
attentif des pratiques qui se développent, décrivit
quelques modèles récurrents, mais en insistant sur
le fait que tout était possible et qu'il y a bien d'autres
modèles à inventer. L'imagination est au pouvoir,
et ce n'est pas le temps de s'endormir !
Les introductions
Nous avons gardé pour la bonne bouche les deux introduction
qui ont brillamment lancé les deux parties de la journée.
Me Barthélémy, le matin, a situé l'évolution
juridique en cours depuis l'apparition des freelances. En citant
en particulier un arrêt de la cour de cassation de novembre
2000 créant, de facto, le « fonds libéral
» basé sur le savoir-faire et l'expérience
des praticiens, début de reconnaissance d'un patrimoine
professionnel. Et l'harmonisation des protections sociales qui
permettra, à terme, de naviguer professionnellement entre
les différents statuts que les professionnels sont amenés,
de plus en plus, à excercer au cours leur carrière.
Il revint enfin à François Hurel,
délégué général de l'APCE (agence
pour la création d'entreprise), d'entamer l'après-midi.
Les chiffres qu'il a cité, issus d'une enquête auprès
de 10 000 freelances, donnent une idée précise de
leur origine et de leur situation. Citons-en deux : « 96
% ne regrettent pas leur choix 65 % n'envisagent pas de
retrouver une situation de salarié traditionnel ».
La place manque pour décrire le déroulement complet
de la journée. Mais une retranscription des échanges
est en cours, et vous pourrez prochainement (quelques semaines
quand même) en compulser l'intégralité. Reproduisons
malgré tout une remarque portée sur une feuille
d'évaluation : « Les pause étaient trop courtes,
il y avait tant de choses à échanger ! ».
La conclusion
Elle revint à Claude Chérel, président de
Freelance en Europe : « Nous venons de vivre une journée
riche, merci à tous les intervenants et à tous les
participants. Rendez-vous l'année prochaine pour la deuxième
session des Entretiens du Freelance. »
PS : les participants qui n'ont pas rempli la feuille d'évaluation peuvent nous la renvoyer dans la semaine. Vos commentaires nous intéressent beaucoup.
2/ Brèves
Option pour le paiement de la TVA. Si votre chiffre d'affaires prévisionnel ne
dépasse pas 175 000 F (BNC ou BIC services) ou 500 000
F (BIC achat-revente), vous pouvez bénéficier du
statut de micro-entreprise et de la franchise en base de TVA.
Si vous faites bien vos calculs, il se peut que cette franchise
en base TVA ne vous intéresse pas et que vous préfériez
jouir d'un régime fiscal réel (simplifié
ou normal). Vous avez jusqu'au 1er février pour exercer
cette option. N'oubliez pas dans ce cas de vous inscrire à
une Association Agréée ou un centre de Gestion Agréé
(depuis peu, le fisc admet que les BIC peuvent aussi bénéficier
de cette option). Non seulement vous pourrez abattre vos revenus
imposables de 20 %, mais vous pourrez aussi déduire jusqu'à
6 000 F de « frais de comptabilité » (sur justificatifs).
Au pas de course, cette semaine. Fusion de Schneider Electric et de Legrand, les deux fleurons du matériel électrique français. Malgré la taxation des CD, CD-Rom et DVD, Catherine Tasca (« Mme Taxa ») a dû remettre dans sa poche la taxation des ordinateurs. Jusqu'à la prochaine tentative. Bien que les accords de départ en pré-retraite se multiplient (le dernier vient d'être signé dans les banques AFB), le Medef veut toujours la peau des retraites à 60 ans. La commission européenne va interdire la côte de boeuf. Xerox dément un futur dépôt de bilan. Bull va licencier 10 % de ses effectifs d'ici juin 2002. Le Père Noël (.fr) a engrangé 20 MF de commandes entre novembre et décembre. L'Euro2000 a fait 18 millions d'euros (118 MF) de bénéfices. Le procès de Roland Dumas débute ce lundi, cependant qu'Alfred Sirven est toujours en cavale.
Juridique-social-fiscal
Prime pour l'emploi. Le projet de prime pour l'emploi (ne pas prononcer
« impôt négatif ») a été
présenté par le gouvernement le 16 janvier. Comme
elle concerne aussi les revenus non salariés, nous en précisons
brièvement les caractéristiques. Pour plus d'information,
consulter un expert-comptable.
Tout d'abord, cette prime est liée
au revenu imposable (toutes origines confondues) de l'ensemble
du foyer fiscal. Il ne doit pas dépasser certaines limites
dépendant du nombre de parts : 1,5 Smic par part, plus
30 000 F par demi-part. Ensuite, l'un des membres du foyer fiscal
au moins doit exercer une activité professionnelle, salariée
ou non salariée, à temps plein ou à temps
partiel. Enfin, ce revenu professionnel doit être, pour
chaque actif, compris entre 0,3 Smic (20 575 F) et 1,4 Smic (96
016 F). Les revenus provenant d'un temps partiel sont convertis
en équivalent temps plein.
La prime est accordée à
chaque membre du foyer fiscal exerçant une activité
professionnelle. Elle se monte en 2001 à 2,2 % du revenu
professionnel déclaré (maximum 1 500 F pour un revenu
égal à 1 SMIC) lorsqu'il est inférieur à
1 Smic. Elle est décroissante ensuite, suivant la formule
: (96 016 - revenu d'activité) x 5,5 %. Par exemple, pour
1 Smic (et des poussières) : (90 616 - 68 583) x 5,5 %
= 1 211,71 F. (On perd 300 F en sautant le Smic...). Ces % seront
portés respectivement à 4,4 % et 11 % en 2002, puis
6,6 % et 16,5 % en 2003.
Quelques majorations sont appliquées
lorsque les deux conjoints exercent une activité professionnelle
(500 F), ont des charge de famille (200 F par personne à
charge), etc.
La prime sera calculée par
le fisc au vu de la déclaration de revenus et versée
au plus tard le 15 septembre, sous forme de chèque du Trésor
Public (et non d'une réduction d'impôt, symbole d'un
impôt négatif).
Rappel : le Smic évoqué
provient de la valeur moyenne du Smic, soit 68 583 F pour 2000.
Revenus 2000. Les freelances assujettis à la déclaration de revenus personnels non liés à un bénéfice commercial ou non commercial (BIC ou BNC) ont jusqu'au 29 mars à minuit pour déposer leur déclaration. Ministre de l'Economie et des Finances, 16/1/2001
Frais de voiture et de moto. L'administration fiscale a publié les barèmes
de frais kilométriques (cf. http://www.gie-sml.fr/forfait2000.htm).
Peuvent les utiliser les salariés, les gérants majoritaires
de Sarl et les professionnels BNC. Rappelons qu'outre les frais
kilométriques, vous pouvez aussi déduire : les frais
de garages (stationnement, parking) ; les intérêts
des emprunts contractés par la société pour
acheter le véhicule (s'il est inscrit au registre des immobilisations,
pour les BNC) ; les dépenses de réparation consécutives
à un accident (même remarque pour les BNC). Attention
pour les salariés et les gérants, salariés
ou non, le fisc considère que la voiture appartient à
la société (et applique conséquemment la
taxe sur les véhicules des sociétés) si le
kilométrage professionnel atteint ou dépasse 85
% du total du kilométrage total parcouru, même si
vous êtes propriétaire du véhicule.
Au lieu d'utiliser le barême,
vous pouvez déduire les frais réels (sur justificatifs).
Formateurs occasionnels. L'assiette forfaitaire de calcul des cotisations sociales des formateurs occasionnels vient d'être modifiée pour la période du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2001. Lettre-circulaire ACOSS, n°2001-006 du 10 janvier 2001. http://www.apce.com/A_CREER/formatoc.html
Contrat de qualification. L'aide forfaitaire d'un montant de 7 000 ou 5 000 F (selon la durée du contrat de travail, plus ou moins 18 mois) perçue par les employeurs embauchant des jeunes de faible niveau sous contrat de qualification est désormais supprimée pour les contrats conclus à compter du 1er janvier 2001. A noter : cette suppression ne remet pas en cause l'exonération de charges patronales et le remboursement des heures de formation auxquels ouvre toujours droit le contrat de qualification. Décret n°2000-1323 du 26/12/2000, Journal Officiel du 30/12/2000
Société européenne. Ne fantasmez pas sur la création d'une SE : son capital sera de 120 000 euros (787 148 F) et elle ne verra le jour que courant 2004. Pas vraiment un business de freelances...
Business-économie-Internet-divers
Banques.
L'annonce en septembre 2000 que les banques étaient déjà
prêtes à passer aux chèques payants (en contrepartie
du versement d'intérêts sur les comptes courants)
a eu un effet désastreux sur leur image : « Nous
avons fait une étude peu de temps après [cette annonce],
les banques se situaient entre la maladie de la vache folle et
Pinochet », confie en privé un banquier. Le Monde,
20/1/2001 Le retard pris par cette opération inévitable
implique qu'elle se produira en même temps que l'introduction
de l'euro l'année prochaine. Le mélange n'arrangera
pas l'image de l'euro.
Banques. Le code la consommation sera bientôt appliqué aux banques : pas de ventes « liées », tarif transparent, pénalités réduites en cas de chèques sans provisions, etc. Les Echos, 19/1/2001
Pratique
Grèves.
Les journaux parlent des grèves dans les transports (Rouen,
Grenoble), au Cial, aux Caisses d'Epargne, chez Pizza Hut ou chez
Danone. Mais pas un mot sur les grèves, tournantes semble-t-il,
à La Poste. Or, ces temps-ci, le courrier met parfois beaucoup
de temps à circuler.
3/ Salons,
manifestations
- 25-27 janvier : SIMD, la semaine de la relation client,
CNIT, Paris La Défense http://www.semaine-client.com
- 25-28 janvier : Salon international de la BD d'Angoulême.
Thèmes retenus pour cette 28e édition : le Japon
et les mangas, les auteurs suisses de la nouvelle génération,
l'Afrique (exposition des oeuvres d'une vingtaine de dessinateurs
sur le thème de l'éducation et de la santé).
Salon signalé par le site http://www.marmousse.net,
le site de la littérature-jeunesse
- 26-29 janvier : Eclat de mode / BIJORHCA, Porte de Versailles,
Paris http://www.bijorhca.com
- 31 janvier-1er février : BI Europe 2001, Business
Intelligence for the Enterprise, CNIT Paris La Défense
http://www.gartner.com
- 31 janvier-2 février : Linux Expo/Linux World,
Cnit, Paris La Défense http://www.linux-expo.com
- 31 janvier au 2 février : Salon des Entrepreneurs,
Palais des Congrès, Paris http://www.salondesentrepreneurs.com
- 31 janvier-4 février : Expolangues 2001, Grande
halle de la Villette, Paris http://expolangues.reed-oip.fr
4/ Réunions
Jeudi 25 janvier. La première réunion du
« Comité de prospective », né
de la fusion de Freelance en Europe et du Centre d'Etudes des
Paradoxes du Travail, est reportée au 28 février,
la journée du 25 janvier étant déconseillée
par les augures.
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