La CyberGazette,
le journal
des Freelances
n° 126, 18 juin 2001
1/ Cotisation
ou impôt ?
« Même si juridiquement
les cotisations sociales ne sont pas un impôt, elles constituent
un prélévement obligatoire auquel les citoyens ne
peuvent se soustraire », énonce Raymond Forni, actuel
président de l'Assemblée Nationale et député
socialiste. Et il rajoute : « Dans notre démocratie,
seul le Parlement a pour mission de 'constater la nécessité
de la contribution publique' ». Le débat n'est pas
qu'affaire de vocabulaire : c'est une bagatelle de 13 milliards
F qui sont en jeu cette année. Vous avez dit combien ?
13 milliards F. C'est le manque de recettes 2001 de la Sécurité Sociale dues aux allégements de charge offerts aux entreprises en contrepartie de la réduction du temps de travail. Le gouvernement comptait rembourser cette dette par une "écotaxe" payée par les "pollueurs", las! le Conseil constitutionnel l'a annulée. Lionel Jospin a donc annoncé que le gouvernement ne rembourserait qu'une partie des 13 milliards, au raisonnement que « les créations d'emploi dues aux 35 heures compensaient largement les allègements de charge ». Argument spécieux au vu de l'embellie économique dont aucun gouvernement, de droite ni de gauche, ne peut se prévaloir...
Petit détour : les excédents
de la Sécu
Alors qu'on avait pris l'habitude de parler du « trou de
la Sécu », le régime général
est devenu excédentaire depuis 1999 (700 MF), retournement
historique ! La branche vieillesse verse ses excédents
(1 milliard F en 2000) au fond de réserve des retraites,
les Allocations familiales ont obtenu un solde positif de 8 milliards
et les accidents du travail de 2,4 milliards.
Ces excédents compensent le déficit de l'assurance maladie : - 6,1 milliards en 2000. Les recettes croissantes sont tenues en échec par les dépenses de médicaments (+ 11 % en 2000) que personne ne sait comment contenir. Les médecins, gérés de plus en plus comme des salariés de la CNAM, refusent d'alléger les soins délivrés aux patients, les laboratoires pharmaceutiques fabriquant les 835 médicaments au service jugé « insuffisant » par l'Afssaps (association française de sécurité sanitaire des produits de santé) menacent de licencier leur personnel si leurs produits sont exclus de remboursement, les maires refusent de fermer les hôpitaux de proximité... Quelques économies sont cependant en oeuvre, par le « réaménagement » du remboursement des médicaments, la promotion des génériques et d'autres mesures « à petit pas ».
Mais c'est l'Etat qui devrait
tenir ses promesses,
car c'est lui qui, par les allégements de charge offerts
pour le passge aux 35 heures, déséquilibre la balance.
Or ces allégements sont au seul bénéfice
des entreprises, et non des cotisants qui continuent, eux, à
payer les mêmes cotisations. Alors que les excédents
de la Sécurité Sociale auraient pu servir, soit
à baisser le montant de toutes les cotisations, soit à
améliorer les services, une partie de cet argent va rester
dans les caisses de l'Etat, au grand dam des syndicats, du Medef,
des associations familiales, des dirigeants des caisses... et
des « assujettis ».
C'était cette confusion que les fondateurs de la Sécurité Sociale voulaient par-dessus tout éviter en dissociant les cotisations sociales des impôts : les unes sont directement dévolues aux organismes sociaux gérés paritairement (y compris la Canam des indépendants), les autres sont rassemblés dans le budget de l'Etat qui interdit toute affectation directe des recettes.
Cotisations ou impôts, les mots ont un sens, et « piquer dans la caisse » aussi.
Le Monde, Les Echos, La Tribune, Libération de ces derniers jours ; Raymond Forni, article dans
Le Monde du 16/6/2001
Liste du « service médical rendu » par les
médicaments : http://agmed.sante.gouv.fr/htm/5/smr/csmr.htm
2/ Brèves
Au pas de course cette semaine. Arrêt de toutes les compétitions cyclistes
en Italie, à la suite d'une enquête policière
déclenchée lors du Tour d'Italie ; 86 coureurs et
officiels sont « en interrogatoire ». Le 21 juin,
Itinéris (et les autres marques de France Télécom
Mobiles) deviennent Orange, à l'aide d'une campagne de
presse d'environ un milliards F. Le 21 juin débute la semaine
anniversaire de la loi du 1er juillet 1901 ; le 1er juillet, les
associations pourraient être autorisées à
rémunérer leurs dirigents. AOM-Air Liberté
dépose son bilan. Le projet de loi de modernisation sociale
a été adopté en deuxième lecture par
l'Assemblée nationale ; plus les licenciements seront difficiles,
plus les entreprises feront appel aux freelances. Les grands crus
primeurs de Bordeaux « subissent » (pas pour tout
le monde) une hausse de 50 à 70 %. Fête de la musique
le 21 juin, Matignon ouvre ses jardins au public. Ouverture du
chantier de refondation sociale sur l'assurance maladie le 19
juin.
Taupe. Jean Ferreux, trésorier de Freelance en Europe, dément formellement tout passé trotskiste : « Je ne suis pas une taupe de l'OCI », a-t-il déclaré à l'AFP qui l'interrogeait sur son passé, « je n'ai pas l'intention de transformer l'association en relais anti-stalinien. » Dont acte, pour l'instant.
Ils écrivent à la CyberGazette
Euro.
« Vous avez cité la semaine dernière une réponse
ministérielle précisant qu'à partir du 1er
janvier 2002, les commerçants devraient rendre la monnaie
en euros, même si le paiement était fait en Francs.
Aucun texte ne justifie cette réponse. Sur le site du Ministère
de l'Economie, il est dit que les commerçants seront invités
à rendre ' dans la mesure du possible ' la monnaie en euros
afin de ne pas remettre de francs en circulation... » J.J.
Lévy, consultant euros. Il rajoute que, de peur de manquer
de monnaie (la Banque de France a cessé de fabriquer des
pièces en francs ou centimes), les commerçants thésaurisent
actuellement ceux-ci, alors que les particuliers ont remis dans
le circuit environ 30 milliards F en billets. Faudra-t-il rendre
la monnaie en billets ?
Juridique-social-fiscal
Absence de délai. Une société a été condamnée
récemment a payer une commission à un intermédiaire
cinq ans après la signature du contrat, aucune condition
de délai n'y étant stipulée. L'article 1176
du Code civil précise que l'obligation perdure «
jusqu'à ce que la condition se réalise ou qu'il
devienne certain qu'elle ne pourra pas s'accomplir ». La
Cour de cassation interprète en effet strictement cet article
et condamne la notion de « terme implicite ». Cour
d'Appel de Versailles, 23/2/2001
Droit de propriété de l'image. Une photographie d'une île bretonne avait été utilisée, malgré l'opposition du propriétéaire de cette île. Dans un premier jugement, la cour d'appel avait donné droit à la demande du propriétaire d'interdire cette publication, la jurisprudence posant pour principe qu'un propriétaire a seul le droit d'exploiter son bien « sous quelque forme que ce soit ». La Cour de cassation vient d'en limiter la portée, en cassant la décision de la Cour d'appel, au motif qu'il n'avait pas été prouvé que l'exploitation de la photo causait un « trouble certain au droit d'usage ou de jouissance » du propriétaire. Cour de cassation, 2/5/2001
Publicité trompeuse. Un cas particulier vient de permettre à la justice de rappeler sa jurisprudence à ce sujet. En résumé, une publicité est trompeuse si, s'adressant à des consommateurs, elle est susceptible d'induire en erreur « les qualités de discernement et d'esprit critique du consommateur moyen ». En revanche, lorsqu'elle s'adresse à des professionnels, la cour estime qu'il s'agit d'un public averti. Cour d'appel Versailles, 29/3/2001
Surbooking. Le refus d'un embarquement pour cause de surréservation peut donner lieu à un dédommagement à hauteur du préjudice subi, indépendamment du plafond fixé par les réglements européens du 4 février 1991 pour les vols réguliers. Ainsi, une voyageuse a obtenu 2 000 F de dommages-intérêts et 5 000 F au titre des frais de procédures, en sus d'un billet gratuit et du remboursement de ses frais d'hôtel offerts par Air France. Cour d'appel de Douai, 7 mai 2001
Business-économie-Internet-divers
Téléphone. Le National Utility Service (NUS) vient de publier
une étude sur l'évolution des coûts téléphoniques
2000-2001 dans 14 pays, basée sur les factures payées
par des milliers de clients. En France, les appels nationaux (-18,2
%) et internationaux (-7,7 %) ont baissé, mais les appels
locaux ont augmenté de 40,5 %. Ce sont les récentes
« baisses » de tarif de France Télécom,
qui a encore le monopole des accès locaux, qui ont entraîné
cette hausse scandaleuse : le coût de la communication baisse,
mais le minimum de facturation est passé à 3 minutes
et l'abonnement a augmenté. Le journal du téléphone,
juin 2001
Pub. Le coût de la publicité sur Internet continue de baisser. Selon Jupiter MMXI, le CPM (coût pour mille) sur Internet a chuté de 30 % au cours des douze derniers mois. Les annonceurs dépensent désormais 20 euros pour 1 000 PAP (pages avec publicité) sur Internet, contre 30 euros il y a un an. Cette baisse s'explique principalement par le surplus d'offre par rapport à la demande d'espaces publicitaire sur Internet.
Cadres. Un sondage CSA réalisé à l'occasion du Congrès des cadres CGT a révélé que 90 % des cadres souhaiteraient pouvoir refuser des missions pour des raisons « éthiques ou déontologiques ». Selon le secrétaire général de la CGT, Bernard Thibault, venu assister aux débats, « le lien de subordination dans l'entreprise ne doit pas s'exercer dans n'importe quelles conditions. Tout comme il peut exercer un droit de retrait en matière de santé (selon l'article L.231-8 du Code du travail un salarié peut refuser une mission s'il estime qu'elle est dangereuse pour sa vie ou sa santé, ndlr), il faut que le cadre puisse exercer un droit de retrait éthique. » AFP, 13/6/2001
Assurance vie.
L'enquête sur le fonctionnement de PanEuroLife, une société
d'assurance luxembourgeoise (cf. la CyberGazette de la semaine
dernière) fait des vagues. Comme nous l'annoncions la semaine
dernière, Jean Peyrelevade, actuel PDG du Crédit
Lyonnais, mais ancien président de l'UAP, est entendu,
mais comme « témoin » seulement. En revanche,
Claude Bébéar, président du conseil de surveillance
d'AXA, Marc Vuillermet, ancien directeur général
de la banque Worms, et d'autres fretins pas si menus sont mis
en examen, poursuivis pour « blanchiment de capitaux aggravé
».
Comment cela fonctionnait-il ? C'est tout
simple : des agents de PanEuroLife proposaient à des personnes
en recherche de placements efficaces de souscrire des contrats
d'assurance vie au Luxembourg : pas de taxes sur les primes, pas
de taxes sur les rachats avant échéance, pas de
taxe à l'échéance ! Mais il ne faut pas que
le fisc français soit au courant : vous payez les primes
à la banque Worms, qui transfère (via son CCP, erreur
funeste) les sommes au Luxembourg. A l 'échéance,
ou n'importe quand, vous allez chercher l'argent liquide sur place,
personne ne vous en veut de le rapatrier en France. Un milliard
F auraient ainsi transité au nez et à la barbe du
fisc français, donc à notre détriment, nous
autres contribuables 'solidaires'.
Plusieurs centaines de commerçants,
chefs d'entreprise ou simples particuliers sont eux aussi concernés
par l'enquête, accusés directement par les dirigeants
de PanEuroLife : « c'est à la personne qui fait des
placements de respecter ses obligations fiscales, pas aux compagnies
d'assurance », se défendent les gredins. Le Monde,
15/6/2001
Interim. En avril, l'emploi temporaire a décru de 3,1 % par rapport à mars, qui l'avait déjà vu décroître de 4,4 % par rapport à février. La Tribune, 8/6/2001
Netscape-Explorer. Rupture des négociations en cours entre AOL et Microsoft pour l'inclusion d'un accès Internet à AOL dans le prochain Windows XP. Microsoft souhaitait qu'AOL utilise ses logiciels d'accès instantané et de transmission audio et vidéo, et AOL que Microsoft intégre l'accès à Internet automatiquement via AOL. Personne n'évoque le navigateur utilisé, Internet Explorer ou Netscape ? Financial Times, 17/6/2001
Opérateurs télécom. Nortel annonce des pertes de 19,4 milliards $ pour le 2ème trimestre 2001, pour un chiffre d'affaires de 4,5 milliards $. 10 000 licenciements supplémentaires s'ajouteraient aux 10 000 déjà annoncés en début d'année.
Pratique
Le souk des ordinateurs. Ouverture le 1er juin du site http://www.surcouf.com
(la barbe, ils exigent des cookies). 18 000 produits en ligne,
livraison à domicile en 24 ou 48 h (4 h sur Paris en service
express).
3/ Salons,
manifestations
- 19-21 juin : P:W Profession:Webmestre, les rencontres
professionnelles des webmestres, CNIT Paris La Défense
http://www.birp.com/pw
- 27-28 juin : HR'2001 et Compétences'2001, salon
des Ressources Humaines, Palais des Congrès, Paris, http://www.adhes.com/competences
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