La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 140, 5 novembre 2001

1/ Demain est déjà là
Parmi les gourous de l'organisation des entreprises, Peter Ferdinand Drucker est certainement le plus crédible. A l'inverse d'un tonitruant Tom Peters qui passe son temps à se tromper et à prédire de nouvelles révolutions qu'il dément ensuite, le professeur – à la retraite aujourd'hui – Peter Drucker a toujours développé de brillantes idées qui ont induit de fructueuses applications. Il fait partie des experts qui, « lorsqu'il cause, on se tait et on l'écoute », comme disait un de nos amis. Il vient de publier, à la demande du magazine The Economist, ses réflexions sur « la prochaine société » (The next society, a survey of the near future), 18 pages denses qui méritent un instant de silence. Résumé – très condensé – de la pensée du maître.

Deux facteurs, d'après Peter Drucker, vont profondément modifier nos sociétés au cours du XXIe siècle : la croissance rapide de la population âgée et la diminution tout aussi rapide de la population jeune ; le développement de la société de la connaissance.

Dans toutes les sociétés développées, mais aussi au Brésil et en Chine, la courbe démographique s'inverse. Conjointement avec leur besoin de compléter une retraite de plus en plus aléatoire, les « vieux » vont devenir une ressource précieuse pour les entreprises qui ne trouveront plus sur le marché les jeunes débutants financièrement avantageux. Les « cheveux blancs » occuperont alors des postes qui ne seront plus fixes et à plein temps comme leurs cadets, mais à temps partiels, en vacataires ou en freelances.

Parallèlement, le développement du travail intellectuel favorise cette évolution. De même que le travail agricole n'occupe plus guère que 2 à 3 % de la population active, le travail purement manuel va diminuer jusqu'à n'atteindre que 10 à 12 % de la force de travail. D'après l'auteur, le travail intellectuel représentera bientôt jusqu'à 40 % de l'activité professionnelle, le reste étant dévolu aux activités de service traditionnelles, commerce ou administration.

Ces « travailleurs de la connaissance » – knowledge workers, terme que l'on doit à Peter Drucker – ne se comportent plus comme les salariés d'autrefois. Quel que soit leur statut, ils se considèrent plus comme des partenaires de leur employeur que comme des subordonnés : des « professionnels » plus que des « employés ». Ils sont attachés à leur métier plus qu'à leur entreprise, à leur compétence plus qu'à leur position hiérarchique.

Pour les entreprises, le défi réside dans la gestion de cette population. Qu'ils soient salariés ou intervenants extérieurs, ces professionnels doivent, sinon être « managés », du moins rendus productifs. « Il faut les traiter comme des volontaires », avertit Peter Drucker, « ils savent qu'ils peuvent quitter l'entreprise à leur gré, ils disposent à la fois de la mobilité et de la confiance en eux. » Il faudra leur accorder ce qu'ils recherchent : un salaire correct, une formation continue et la capacité de prendre leurs propres décisions. Il faudra parfois les convertir en « semi-internes » (inside outsiders), pour bénéficier de leur savoir-faire tout en respectant leur liberté. On retrouve ici le concept de « para-subordination » développé par Me Barthélémy.

D'autres défis attendent les entreprises, dans leur organisation interne comme dans leurs relations avec la clientèle. La dissémination et la circulation rapide de l'information impose un mode de fonctionnement bien différent de l'époque où les producteurs bénéficiaient du monopole de celle-ci. Mais Peter Drucker ne regarde la révolution télématique que comme une troisième révolution industrielle, après celles de la machine à vapeur et du télégraphe-téléphone. Celles-ci n'ont déclenché que longtemps après l'apparition des usines, des banques, des universités, des syndicats, du marxisme et de la Sécurité Sociale. Il a déjà fallu attendre 40 années après l'invention de l'ordinateur pour qu'Internet apporte un réel bouleversement économique et social. « L'élément central de la prochaine société », conclut-il, « sera plus l'avénement de nouvelles institutions, de nouvelles théories, idéologies et problèmes, que de la seule technologie de l'information. » Cet avenir-là est encore inconnu.

Le dossier complet (en v.o.) est disponible dans le site Web du magazine : http://www.economist.com/surveys/, catégorie : 'Business', titre : 'The near future'.
Peter Drucker a créé sa propre université en Californie, ouverte aux professionnels pour une formation continue, The Peter F. Drucker Graduate School of Management : http://www.drucker.cgu.edu et une fondation : The Peter Drucker Foundation for Non-Profit Management : http://www.pfdf.org/

2/ Brèves
• 15 novembre
. Paiement des cotisations d'Allocations Familiales.

• Au pas de course cette semaine. Liffe, le marché des produits dérivés londonien, a choisi de sa marier avec Euronext, la Bourse commune de Paris, Bruxelles et Amsterdam, plutôt qu'avec celle de Londres ou de Francfort. Coca-Cola n'aura pas Orangina, c'est le groupe britannique Cadbury Schweppes qui emporte la petite bouteille qu'on secoue. Un colonel de l'armée suisse a révélé que le tunnel du Saint-Gothard, dans lequel vient de se produire un grave accident, est miné ; « Pas de danger », dit-il, « le bouton est dans de bonnes mains » ; parions que les autres tunnels (Fréjus, Mont-Blanc, Eurotunnel, entre autres) le sont aussi... Le Monde cesse la parution du supplément Le Monde Interactif. Microsoft trouve un scandaleux compromis avec le gouvernement US, qui a d'autres terroristes à chasser. Sauveurs : les Emirats Arabes Unis passent une commande complémentaire de 15 Airbus A380 et signe une lettre d'intention pour 25 Boeing B777.

Ils écrivent à la CyberGazette
• Téléphones portables
. Le code IMEI (International Mobile Equipment Identity) identifie votre portable dans un « registre d'identification du matériel (EIR) », information utile s'il est volé : il peut alors être mis hors service par votre opérateur. Pour le connaître, vous pouvez, soit taper *#06# (étoile-dièse-0-6-dièse) sur votre portable, soit regarder sur la plaque à côté des piles. Notez-le soigneusement, il peut servir. Merci à Sylviane Faust et à Michel Simkine de nous avoir transmis ces informations.
     Il ne faut pas confondre ce code avec le code SIM ou le code PIN. Le code de la puce SIM (Subscriber Indentity Module) identifie votre abonnement à un opérateur. Il peut être bloqué (« Sim-lockage ») si vous avez acheté votre appareil dans un coffret appareil-abonnement, afin de vous empêcher de changer d'opérateur. Il est paraît-il illégal de le débloquer soi-même, mais c'est faisable, vous aurez alors besoin de ce fameux code IMEI et du code de votre opérateur (7e et 8e numéro du code IMEI)...
     Le code PIN (Personal Indentification Number) est un code à quatre chiffres que vous avez entré vous-même, et que vous devez retaper à chaque mise en route de l'appareil. Au bout de trois erreurs de frappe, la carte SIM se bloque. Il ne vous reste plus qu'à appeler le service client de votre opérateur.
     Pour plus de renseignements sur tous les codes cachés dans votre portable, vous pouvez consulter : http://www.ringrex.net/indexx.htm ou http://mistergsm.free.fr/

• Conseil. Le Syntec Conseil en Management organise « la Conférence du conseil » le jeudi 15 novembre à l'Opéra Bastille, Paris. Thèmes abordés : Culture d'entreprise et gestion de projet, L'individu et l'entreprise. Tarif : 600 euros pour les membres de Syntec conseil, 700 euros pour les autres. http://www.syntec-management.com/

Juridique-social-fiscal
• Dirigeants de SAS
. Les dirigeants de cette nouvelle forme de société, la société par actions simplifiées, sont actuellement rangés d'office par l'administration dans la catégorie des salariés, assimilant les SAS aux SA. Le projet de loi pour le financement 2002 de la SS (PLFSS) prévoit, lui, d'alignenr leur situation sociale sur celle des dirigeants de SARL : TNS s'ils possèdent plus de la moitié du capital, assimilés salariés dans le cas inverse. Les dirigeants d'association dont l'activité serait considérée comme professionnelle seraient eux aussi assimilés salariés pour bénéficier d'une couverture sociale. PLFSS, article 3-1.

• Euro(s). Le conseil national de la consommation confirme que le mot euro prend un 's' au pluriel – alors que, sur les futurs billets, il n'en comporte pas. De même, on devra dire « centimes » pour les subdivisions, et non « cents » comme il était précédemment convenu. La Tribune, 29/10/2001

Business-économie-Internet-divers
• Arts graphiques
. Le groupe EPI propose Graphisearch.com, un annuaire recensant plus de 45 000 entreprises des arts graphiques, de la communication, du multimédia et de l'emballage : http://www.graphisearch.com. Il a déjà à son actif Graphiline.com, l'actualité des arts graphiques, Graphigroups.com, le forum des ..., Graphi-job, le site de l'emploi des ..., Graphiline Régie, la régie publicitaire des ..., Imprimerie-online.com, une place de marché de tous les travaux liés à l'impression, Communication-online.com, une place de marché de la communication, sans compter GraphiLine.tv, la première WebTélévision des arts graphiques. Il semble être en concurrence directe avec Graphiland.com, « le site francophone de la création graphique et multimédia », et les magasins Graphigro et leur site Graphigro.com.

• Portage. Jacques Vau, le dirigeant-fondateur d'ITG, a été nommé Président du SEPS, le syndicat des entreprises de portage salarial ®. La Tribune, 15/10/2001 En revanche, le nouveau site du SEPS n'en souffle mot. http://www.portagesalarial.org/

• Noms de domaine .biz. NeuLevel, l'organisme chargé officiellement par l'ICANN de gérer ce nouveau nom de domaine international (TLD) et de sélectionner les candidats, était accusé par deux plaignants américains de « loterie illégale » parce que l'attribution doit avoir lieu par tirage au sort (si plusieurs candidats aspirent au même nom). Le juge du tribunal de Los Angeles a demandé aux accusateurs de verser une caution de 1,6 millions $. A la suite de leur désistement, la procédure d'attribution débutera le 7 novembre. 01net.net, 26/10/2001

• La guerre entre Microsoft et SAP ? SAP, partenaire de longue date de Microsoft, semble dorénavant considérer ce dernier comme un concurrent, à la suite du rachat par Ms de Great Plains, un vendeur de logiciels ERP. Obligé de choisir ses futurs développements entre la plateforme .NET de Ms et Java, soutenu par IBM, Sun et d'autres, SAP hésite, mais annonce un partenariat avec IBM dans le domaine technologique. IBM semble d'ailleurs, par son support affirmé des logiciels libres, devenir un ennemi farouche de Microsoft. The Economist, 20/10/2001

• Comment les Américains voient les Français. Dans la série des « jokes » qui égaient la pub de Free4all.com, nous avons reçu la suivante samedi dernier :
« Les livres les plus minces du monde :
     - La différence entre la réalité et Dilbert
     - Les avancées des droits de l'homme en Chine
     - Tout ce que les hommes savent des femmes
     - Tout ce que les femmes savent des hommes
Et ainsi de suite, ha!- ha! Mais aussi :
     - L'hospitalité française »
... no comments!

Pratique
• Bulletins de paye. Ceux d'entre vous qui, un jour, emploient un salarié, fut-ce une femme de ménage (déclarée), connaissent les affres de l'édition du bulletin de paye. C'est maintenant possible sur Internet. Défis signale quatre sites offrant ce service en ligne :
     http://www.ciel.com 15 euros HT le bulletin, 60 euros de frais de dossier
     http://www.salaire.net 3 euros par bulletin
     http://www.ruedelapaye.com prix non communiqué
     http://www.europe.adp.com ouverture fin janvier 2002, partenariat entre ADP-GSI et la Revue Fiduciaire.
A noter aussi, un dossier sur les « 35 heures dans les TPE de moins de 20 salariés ». Défis, novembre 2001

3/ Salons, manifestations
- 3-8 novembre : Equip'Hotel, Paris-Nord Villepinte http://www.equiphotel.tm.fr/
- 5-10 novembre : Batimat, Porte de Versailles, Paris http://www.batimat.com
- 7-8 novembre : Progilog, salon informatique du Supply Chain, CNIT, Paris La Défense http://www.groupemm.com/progilog/

4/ Freelance en Europe
• Réunion publique de Freelance en Europe
Ile-de-France, le jeudi 22 novembre, à l'hôtel La Perle, 14 rue des Canettes, Paris 6 : « La loi de Finances 2002, et la comptablité de trésorerie (recettes/dépenses) comparée à la comptabilité d'engagement (créances/dettes) », par Me Thibault du Manoir de Juaye

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Prochaine parution : 12 novembre 2001