La CyberGazette,
le journal
des Freelances
n° 157bis, 1er avril 2002
Prochaine CyberGazette le 8 avril.
1/ Pour un
statut du salarié : le professionnel hypersubordonné
Tous les salariés ne sont
pas des chefs d'entreprise dont la motivation doit être
entretenue par des stocks-options appauvrissant les actionnaires.
Les autres doivent quand même comprendre qui est le patron,
aussi les nouvelles organisations d'entrepreneurs proposent-elles
la définition d'un nouveau statut du salarié : l'hypersubordination.
Détail du pourquoi et du comment.
Le respect du salarié, une obligation à inscrire
dans la loi
C'est en effet respecter le salarié que d'exiger de lui
une performance supérieure et permanente. Le manque d'exigence
éthique de certains chefs d'entreprise laxistes laisse
trop de latitude aux employés et ouvriers pour passer du
bon temps sur les lieux de travail. La caractéristique
première du statut de ceux-ci doit être affirmée
: le travail ne doit fournir aucun plaisir, c'est la sueur de
leur front qui est la contrepartie de leur salaire.
La détente sur le poste de travail crée en effet une ambiguïté néfaste au moral des salariés. La presse s'en fait l'écho lorsqu'elle met en évidence l'imbrication étroite qui se développe actuellement entre le temps du labeur et le temps de la détente. Elle constate aussi que ce mélange entre les deux conduit à l'augmentation du stress, cause première des maladies musculo-squelettiques qui touchent en particulier les personnes souriantes dont le muscle zygomatique se bloque douloureusement, aboutissant au rictus perpétuel porté par les salariés face à leurs chefs. L'hypersubordination doit donc réinstaurer la concentration laborieuse et bannir toute expression de plaisir.
Reconnaître les droits des salariés
Il ne servirait à rien de respecter le sens de la perfection
qui habite le bon subordonné si la loi ne reconnaissait
pas son droit primordial d'obéir aux ordres de son supérieur.
La démagogie de certains employeurs leur accordant une
soi-disante « autonomie » désoriente les bons
employés et les place face à une alternative perdant-perdant
: soit ils obéissent à cette injonction et se font
ensuite reprocher leurs initiatives, soit ils s'y refusent et
risquent le licenciement pour faute grave. En ce sens, la présence
des syndicats ne saurait être acceptée qu'en relais
des ordres de la direction, afin que ceux-ci soient clairs et
limpides et ne provoquent plus de troubles dans leur application.
La préservation des acquis de la classe ouvrière
est à ce prix : tout ordre doit être immédiatement
mis en action, tout contre-ordre exécuté sur le
champ, et tout contre-contre-ordre appliqué sans murmure.
Les syndicats doivent veiller ainsi à ce que la direction
en supporte seule les conséquences, rétablissant
une paix sociale troublée de nos jours par la dilution
de l'autorité. Le droit de jouir de son devoir d'obéissance
doit être reconnu comme une des libertés fondamentales
de l'homme, de la femme et des autres au travail.
Parmi les autres droits fondamentaux, celui de travailler sept jours sur sept doit être rendu aux salariés. Une absurde réglementation les en empêche aujourd'hui, obligeant l'ensemble des travailleurs et travailleuses à subir les affres de la vie familiale. Les courses, le ménage et la garde des enfants ne sauraient justifier un tel régime tyrannique et obscurantiste, les intéressés eux-mêmes ayant pour seule solution de s'en évader par le spectacle de la télévision, dégradant s'il en est. C'est leur redonner le sens de leur dignité que de les astreindre à 60 heures d'activité laborieuse par semaine, dans une ambiance stimulante et récompensée par l'atteinte d'objectifs toujours plus ambitieux.
D'autres droits du salarié sont à rétablir : le droit de renoncer à ses vacances, le droit de ne pas apprécier la présence de ses collègues (il faut en particulier supprimer la machine à café, lieu de conflits latents de voisinage), le droit de refuser toute augmentation si les objectifs n'ont pas été dépassés, le droit de dire non à un client pour protéger l'intérêt de l'entreprise, etc.
Un nouveau statut dynamisant
La reconnaissance de tous ces droits du travailleur salarié
a bien sûr pour contrepartie une diminution des salaires.
On ne saurait accorder une telle reconnaissance du droit à
la subordination sans compensation équivalente pour les
actionnaires. Mais les salariés seront les grands gagnants
de cette évolution. Une nouvelle dynamique leur redonnera
l'enthousiasme perdu ces dernières années. Comme
le disait Martine Aubry, « il faut rétablir la présomption
de salariat », d'un salariat encore enrichi par le statut
d'hypersubordonné.
Les employeurs et leurs représentants vont rechigner, comme d'habitude, devant un tel renforcement de leurs obligations. Ils vont réclamer la liberté de ne pas donner d'ordre et de déléguer à leurs partenaires sociaux la responsabilité d'établir les objectifs et de saupoudrer les augmentations. Mais il ne faut pas accepter le renversement des responsabilités sociales : c'est aux patrons de donner des ordres et aux travailleuses et aux travailleurs d'obéir, comme le rappelle incessamment Arlette Laguiller ; c'est aux actionnaires d'apporter le capital et aux employés de s'en répartir les fruits, comme l'énonçait Proudhon ; c'est aux entrepreneurs de fournir le travail et aux salariés de l'accumuler pour ne pas en manquer dans l'avenir comme le disait le visionnaire Karl Marx.
C'est contre l'avis des couches les plus rétrogrades de la nation qu'il faut rappeler et imposer ces évidences. C'est dans l'intérêt réciproque des parties qu'il faut instituer au plus tôt l'hypersubordination.
2/ Brèves
1 avril.
Cotisations maladie maternité et retraite. Trop tard.
Au pas de course cette semaine. 85 % des Suisses ont accepté, par votation, l'application de l'hypersubordination dans les entreprises helvétiques. France Télécom annonce l'ADSL gratuit prochainement. Bernard Thibaut, le secrétaire général de la CGT, demande la retraite à 75 % ( ?) du revenu précédent à partir de 60 ans. Une indiscrétion révèle qu'Arthur Andersen a certifié dans les années 80 et 90 les comptes de la mairie de Paris.
Business-économie-Internet-divers
Quotidiens gratuits. 20 minutes, le nouveau quotidien gratuit sur Paris,
vient de passer un accord avec le syndicat du Livre CGT. En contrepartie
de son impression dans une imprimerie respectant le monopole syndical
de ce syndicat et de sa distribution par les NMPP, les militants
CGT ne s'opposeront plus à sa distribution. Toutefois,
les rotativistes CGT refusent de l'imprimer et les NMPP de le
distribuer.
La Poste. D'après un sondage de l'institut Ipfres pour le compte de la CyberGazette, 87,5 % des français constatent une très mauvaise distribution de leur courrier (non électronique) par la Poste, 12 % une mauvaise distribution et 0,5 % n'ont pas d'opinion, étant mal-voyants. Interrogée, la Poste argue du refus des postiers d'appliquer les 35 heures alors que leurs horaires sont de 32 heures par semaine. Devant une opposition aussi justifiée, la direction de l'établissement public envisage une hausse du prix du timbre après les élections.
3/ Billet d'humeur
Pour ceux qui ne connaissent pas encore, voici une théorie
intéressante qui donne à réfléchir
:
Un troupeau de buffles ne peut pas se déplacer plus vite que le buffle le plus lent. Et quand le troupeau est pourchassé par un prédateur, ce sont les buffles les plus faibles qui restent à l'arrière et qui meurent les premiers.
Cette règle de sélection naturelle est une bonne chose pour le troupeau dans son ensemble, puisque la vitesse générale et la santé du groupe augmentent avec la disparition régulière de ses membres les plus faibles.
De la même manière, le cerveau humain ne peut pas aller plus vite que le plus lent de ses neurones.
Or comme chacun le sait, la consommation excessive d'alcool détruit les neurones, mais naturellement ce sont les neurones les plus faibles qui sont attaqués en premier lieu. Dans ce sens, la consommation régulière d'alcool élimine les neurones plus faibles, faisant du cerveau une machine toujours plus rapide et plus efficace.
Le résultat de cette profonde étude neurologique vérifie et valide la relation causale entre les fêtes de fin de semaine et le rendement des mathématiciens, ingénieurs, économistes, avocats, architectes, etc.
De cette façon on explique pourquoi, quelques années après la sortie de l'université et après s'être marié, la plupart des professionnels ne peuvent maintenir les niveaux de rendement des étudiants récemment diplômés. Seule la minorité de ceux qui persistent dans le régime strict d'une consommation vorace d'alcool peut maintenir les niveaux intellectuels tels qu'ils étaient durant leurs années estudiantines.
Pour toutes ces raisons, ceci est un appel aux armes. Pendant que notre pays est en train de perdre son potentiel intellectuel, nous ne pouvons décemment pas rester à la maison sans rien faire !!! Rendez-vous au bar.
4/ Lecture
Femme, j'écris ton nom
La documentation française, 1999
Préfacé par Lionel Jospin, cet ouvrage, après un court résumé de l'histoire de la féminisation des noms de métier, en explique le mécanisme et les difficultés. Imposées aux services publics, ces nouvelles appellations professionnelles commencent à rentrer dans les murs. La CyberGazette s'y attache, aussi appliquera-t-elle avec enthousiasme les féminisations les plus justifiées : agrafeuse, camionneuse, chef (en Suisse, cheffe), étagère, lessiveuse, mineuse (au Québec, mineure), pélerine, perceuse, prud'homme (en Suisse, prud'femme), saucière, tondeuse. Mais aussi, à l'inverse, biberonnier, sagehomme et monsieur de compagnie. Le vérificateur orthographique de Mister Bill Gates en rougit de partout.
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