La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 167, 17 juin 2002

1/ La France qui perd, la France qui gagne (sic transit gloria mundi)
Dans le genre « défaite symbolique », les Bleus n'y sont pas allés de main morte. Pas le moindre petit but pour « sauver l'honneur ». Aucune excuse possible. Rien. Dans un sens, c'est presqu'un exploit qu'une équipe composée des meilleurs joueurs du championnat européens, portée par quatre ans de succès mondiaux, puisse en dix jours subir une telle humiliation. Cela restera dans les annales.

Pareil pour notre ancien premier ministre. Ses titres de gloire étaient moins impressionnants parce qu'en politique les résultats ne sont pas binaires. Son potentiel était moins éclatant. Mais son élimination en rase campagne a été tout aussi brutale et totale que celle de l'équipe de France.

Quant au Parti Communiste, même l'extrême droite ne se compare plus à lui. Il est le véritable vaincu du processus démocratique. Ainsi vont les mouvements révolutionnaires qui s'accrochent à leurs dogmes.

L'effet de ces défaites est d'autant plus frappant qu'elles se produisent à un moment où elles n'étaient pas attendues :victoires/défaites étaient planifiées plus tard dans la compétition, et chaque candidat s'était préparé pour les tours ultérieurs.

C'est peut-être la leçon de ces Trafalgar et Waterloo simultanés : le match se gagne à chaque étape, et chaque victoire sur le chemin, aussi minuscule paraisse-t-elle, est décisive.


En revanche, la France qui gagne manque de colonne vertébrale. L'étrange coalition accèdant au pouvoir a pour seule définition l'allégeance à un homme, et son programme est, c'est un euphémisme, peu cohérent. La lutte contre l'insécurité et la baisse des impôts, aussi utiles soient-elles, ne font pas un objectif mobilisateur sur le long terme.

Mais, dans ces temps de changement accéléré, peut-être la modestie du programme est-elle de mise. Vouloir à tout prix défendre le salariat, l'étendre et le multiplier en le « partageant » n'a manifestement pas convaincu les électeurs qui en voient sur le terrain les conséquences. Rigidifier les processus d'embauche-licenciement est contre-productif. Puisque la précarité règne, tant pour les entreprises que pour les individus, mieux vaut créer les conditions d'un renouvellement rapide des forces économiques que de maintenir une structure sclérosée, sous prétexte qu'elle réussissait au siècle précédent. La période est à l'opportunisme, et les freelances en savent quelque chose.


La némésis a frappé contre l'hubris des gagnants. Ce qui est extraordinaire est l'accélération du cycle et l'accroissement de son amplitude. En physique, cela s'appelle l'évolution vers la haute fréquence. Attention, si le phénomène n'est pas maîtrisé, il glisse dans l'instabilité.

2/ Brèves
• 17 juin
: acompte d'IS pour les sociétés passibles de l'IS.

• Ephéméride. 17 juin : formation de l'Assemblée nationale par les députés du Tiers-Etat (1789). 18 juin : Waterloo (1815), appel du Général de Gaulle (1940). 23 juin : naissance de George Sax, inventeur du saxophone (1846).

• Au pas de course cette semaine. La société Sachsenring Automobiltechnik, qui fabriquait la Traban en Allemagne orientale, a déposé son bilan le 30 mai ; 200 000 véhicules roulent encore. Le docteur John Chapin, neuroscientifique et professeur en physiologie au Centre médical de Brooklyn, rattaché à l'université de New York, a implanté des électrodes dans le cerveau d'un rat et l'a transformé en robot ; d'après The Economist, personne ne pourra empêcher qu'un jour ces expériences soient poursuivies sur un cerveau humain. Bouygues Télécom lance à son tour un service GPRS.

Ils s'adressent à la CyberGazette
• Un million. Communiqué du Conseil des ministres du 12 juin :
    « Le secrétaire d'Etat aux petites et moyennes entreprises, au commerce, à l'artisanat et aux professions libérales a présenté une communication sur la politique en faveur de la création d'entreprises.
    « Après avoir diminué pendant plusieurs années, le nombre de créations d'entreprises s'est stabilisé depuis deux ans à environ 177 000 par an. Or, la création d'entreprises est essentielle à la croissance et à l'emploi. Elle engendre actuellement plus de 300 000 emplois et permet la réinsertion de plus de 100 000 demandeurs d'emplois chaque année.
    « L'objectif que se fixe le Gouvernement est de porter à plus d'un million le nombre d'entreprises créées pendant les cinq prochaines années et de donner à ces entreprises le maximum de chances de réussite.
    « Pour atteindre cet objectif les mesures envisagées à court terme concerneront les trois domaines suivants :
- le soutien à la création en permettant aux salariés de créer une entreprise tout en gardant temporairement leur activité initiale, en allégeant et en différant les charges sociales du créateur, ainsi qu'en créant des instruments d'investissement décentralisés ;
- la poursuite de la simplification des formalités de création en abaissant les coûts des formalités, en réduisant les délais d'immatriculation et en développant l'utilisation des technologies de l'information ;
- l'encouragement à la prise de risque, en sécurisant la situation personnelle des créateurs.
    « Pour mettre en œuvre ces orientations, dont certaines relèvent directement des partenaires sociaux, une concertation approfondie sera préalablement menée avec l'ensemble des acteurs concernés.
    « Au-delà de ces premières mesures, l'objectif du Gouvernement est de présenter, dès cet été, un dispositif élargi concernant tous les aspects de la création d'entreprises, notamment sur la base des recommandations de M. Hurel à qui le Premier ministre a confié une mission sur ce sujet. Ces mesures s'insèreront dans un dispositif d'ensemble qui couvrira les autres volets de la vie de l'entreprise, son développement, sa transmission, son financement et le statut de l'entrepreneur. »

Juridique-social-fiscal
• Job d'été
. Les freelances employant des jeunes pendant l'été doivent regarder de près les conditions d'accueil. Tout d'abord, le job est-il un stage ? Si non, le jeune est alors embauché en CDD classique, rémunéré au minimum au Smic (80 % du Smic si moins de 17 ans, 90 % entre 17 et 18 ans).
    Si le job est un stage, la rémunération du stagiaire s'appelle une « gratification » et n'est pas obligatoire. Accrochez-vous pour le détail... Des cotisations sociales sont dues, différentes selon qu'il s'agit d'un stage obligatoire ou non. Si le stage n'est pas obligatoire, l'employeur doit verser les cotisations sociales habituelles, avec une base minimum de 282 euros sur le montant versé (cotisations patronales seulement si la gratification est inférieure ou égale à cette somme). Si le stage est obligatoire (convention de stage à l'appui), une gratification supérieure à 338 euros obligera à verser toutes les cotisations SS habituelles. Si la gratification est égale ou inférieure, l'employeur ne verse aucune cotisation SS si l'établissement scolaire ou universitaire assure le stagiaire pour les accidents du travail. Autrement, l'employeur doit verser les cotisations patronales sur la base de 282 euros. Honnêtement, cette paperasse incite à des rémunérations clandestines !

• Activités commerciales. « Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale. » Art. 34 du CGI
    A la suite de certaines interprétations hasardeuses du fisc, le Conseil d'Etat rappelle que « les opérations d'intermédiaire et en particulier d'intermédiaire immobilier relèvent de la catégorie des bénéfices commerciaux (art. 34 du CGI), même dans le cas où elles ne sont pas exercées de façon habituelle (art. 35). » Conseil d'Etat, 29/4/2002, n° 234133

Business-économie-Internet-divers
• Représailles.
Les ministres des affaires étrangères de l'Union européenne ripostent à l'imposition de droits de douane sur l'acier par les Etats-Unis en notifiant le 18 juin à l'OMC une liste de produits américains susceptibles d'être taxés. Mais en laissant aux Etats-Unis jusqu'au 19 juillet pour proposer des compensations et des exemptions. Si ces propositions sont « conséquentes », l'Union européenne n'imposera ses représailles qu'à partir du 12 octobre ; sinon, dès le 1er août. Le Monde, 12/6/2002

• Renseignements téléphoniques. Trois prestataires se partagent le marché français : France Télécom (12 et 3212 pour l'international), Scoot, filiale de Vivendi (3200) et Fonecta, d'origine finlandaise (3211). Ces deux derniers ont assigné France Télécom devant le Conseil de la concurrence à cause du prix exorbirtant auquel celui-ci leur vend l'Annuaire Pages Blanches. Jugement le 26 juin. Ils ont aussi déposé un recours devant l'ART pour dénoncer le privilège détenu par France Télécom par son numéro d'appel à deux chiffres. Le Figaro, 10/6/2002

• Portage. Dossier relativement complet sur le portage salarial dans L'Entreprise ce mois-ci. Interrogé par la journaliste, votre rédacteur en chef maintient sa position : le portage est une solution présentant une certaine sécurité, mais elle coûte cher. L'Entreprise, juin 2002

• TGV. La liaison Paris-Marseille (3 heures), qui vient de fêter sa première année, est un succès : 18 millions de passagers, dont 11 sur la totalité du trajet (4,7 Lille-Marseille, 2,3 Lyon-Marseille). Il faut encore deux heures pour aller jusqu'à Nice que la SNCF envisage désormais de relier en ligne TGV. Gare aux compagnies aériennes dont la ligne Paris-Nice est la vache à lait… Le Monde, 13/6/2002

• Porte-monnaie électronique. Le système Moneo se répand en France, géré par un consortium des principales banques, le SEME (Société Européenne du porte-Monnaie Electronique). Pour les porteurs de cartes bancaires (vérifiez au dos de votre carte le logo de Moneo), vous pourrez payer de faibles sommes (jusqu'à 15 euros pour l'instant) sans faire appel au code confidentiel, et recharger ensuite votre porte-monnaie par débit de votre compte (à l'aide du code). Au-delà de cette limite, la somme sera directement débitée sur votre compte, comme actuellement. Pour ceux qui n'ont pas de CB (ou pour faire un cadeau), des cartes Moneo seront disponibles dans les banques. Tours, Lyon, Bordeaux, Montpellier, toute la Bretagne sont déjà équipées, le système atteindra Paris le 6 novembre. Coût : 0,9 % pour les commerçants, 0 à 7 euros par an pour les consommateurs). http://www.moneo.net

• Téléphone. Le marché français du téléphone fixe a baissé de 2 % en volume en 2001 (-7 % en recettes). Celui du mobile a augmenté de 25 % (volume et recettes) et celui d'Internet de 108% (60 % en recettes). Mais le téléphone mobile ne représente que 40 % des recettes et Internet 5 %. Le Monde, 13/6/2002
    Toutefois, cette évolution ne concerne que les communications. Le marché des outils de télécommunications (informatique, téléphonie) se tasse, comme en témoigne les prévisions à la baisse des acteurs principaux (Nokia, Intel, IBM). La « reprise » est poussive.

• Flirt. Un lecteur nous signale cette brève parue dans Le Parisien : « D'après un sondage publié par la version britannique du magazine Top Santé, 61 % des femmes actives (françaises ou britanniques ?) pensent que flirter sur les lieux de travail est bon pour leur moral, 75 % affirment l'avoir déjà fait avec un collègue et 28 % avoir eu une relation sexuelle avec un collègue. » On ne sait pas si les freelances sont considéré(e)s comme des « collègues ». Le Parisien, 13/6/2002

Pratique
• Services 08xx
. Mis à part quelques exceptions, les numéros spéciaux, dorénavant proposés par tous les opérateurs téléphoniques, se classent ainsi : 0800, gratuits pour l'appelant, 0811, prix d'un appel local, 0821, 0826, 0,12 à 0,15 euro/mn. Tous les autres, 0836 à 0899, coûtent très cher à l'appelant et les revenus sont partagés entre le fournisseur de services et l'opérateur. Le Journal des Télécoms, juin 2002

3/ Salons, manifestations
- 21 juin : Fête de la musique http://fetedelamusique.culture.fr/
- 10-13 juillet : Rencontres Mondiales du logiciel libre, Campus de l'université, Bordeaux http://lsm.abul.org/

4/ Freelance en Europe
• Portes ouvertes à Paris
. Les adhérents de Freelance en Europe et leurs amis sont cordialement invités à rencontrer leurs confrères et les animateurs de l'association devant un verre le jeudi 27 juin, de 18 à 20 heures, au restaurant Le Grand Bleu, port de l'Arsenal, boulevard de la Bastille, Paris 12e. Dîner ensuite, mais il vaut mieux réserver votre (vos) place(s), tél : 01 43 45 19 99.
• Entretiens du Freelance. La deuxième session des Entretiens du Freelance aura lieu le mercredi 25 septembre, de 14 à 18 heures, au Palais des Congrès, porte Maillot à Paris, à l'occasion du Salon des Entrepreneurs. Thème : « Comment améliorer le statut du freelance ? »

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La CyberGazette est éditée électroniquement toutes les semaines par Freelances Associés, sarl au capital de 8000 euros, RCS Paris B 433 099 611. Directeur de publication : Claude Chérel. Directeur de rédaction : Michel Paysant. Maquettage : Fizz. Abonnement annuel (40 numéros) : 40
E HT / 30 E pour les adhérents de Freelance en Europe. Archives et bulletin d'abonnement sur le site http://www.cybergazette.info/ ISSN 1292-8534.
Prochaine parution : 24 juin 2002

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