La CyberGazette,
le journal
des Freelances
n° 29, 7 mars 1999
1/ Le travail à
domicile, un rapport du Conseil Economique et Social
Qu'est-ce que le Conseil Economique et Social ? «
Un marronnier en fleurs » comme diraient les surréalistes
? Non, le CES est une assemblée consultative, créée
en 1961 pour assurer un lieu de rencontres et de discussions entre
les acteurs civils du secteur socio-économique. Y sont
représentés les syndicats, le Medef, la CGPME, les
professions libérales, l'agriculture, les collectivités
locales, les associations (familiales en particulier), et y participent
des "personnalités qualifiées" telles
MM. Giscard d'Estaing et Harlem Désir. Il est compétent
pour débattre des sujets soumis par les pouvoirs publics,
des projets ou propositions de lois à caractère
économique ou social ; il peut aussi s'auto-saisir de sujets
dans ces domaines.
Ses avis ont une forte influence sur la préparation des lois. Rappelons par exemple que les lois Madelin (févier 1994) sont directement issues du rapport sur « L'entreprise individuelle » présenté par Me Barthélémy le 28 avril 1993, sur demande de Pierre Bérégovoy, alors premier ministre.
Le « travail à domicile » est un sujet dont le CES s'est "auto-saisi", et qui a fait l'objet d'un avis adopté le 10 février 1999, après l'audition d'un rapport présenté par Mme Chantal Rey, déléguée CGT. L'avis et le rapport ont été publiés par le Journal Officiel dans les semaines suivantes. Que contiennent-ils ?
Le rapport de Chantal Rey comporte d'abord
une longue introduction sur l'histoire du travail à domicile
à travers les âges et les pays. La description est
digne de Zola : exploitation des tisseuses et des mécaniciens
"en chambre", sweat shops, travail des enfants en contrepartie
d'un maigre revenu et de longues heures de travail. Cette description
se généralise aux conditions actuelles de travail
dans le Tiers-Monde, stigmatisées par le Bureau International
du Travail et l'UNICEF. Pour faire bonne mesure, la rapporteure
revient en permanence à travers son discours sur ces conditions
moyen-âgeuses. Le décor est planté, avec insistance.
La situation actuelle, en France puisqu'il s'agit d'un rapport
traitant de la situation nationale, est plus confuse : aucun chiffre
n'existe concernant la population concernée, et ceux publiés
semblent peu cohérents. A travers ce brouillard, le rapport
conclut cependant qu'il existe 20 à 25 000 ouvriers, 23
000 employés et cadres, 16 000 télétravailleurs
(1993) et de 200 à 300 000 aides maternelles travaillant
en permanence à domicile. D'autres modes se développent
: travail à domicile partiel ou "pendulaire"
(hors de l'entreprise, mais pas forcément à domicile)
dont il est impossible de chiffrer l'importance.
Sur le plan juridique, le rapport découvre que la loi de 1957, intégrée au Code du travail sous les articles 721-1 et suivants, est « disparate et largement obsolète », et, qui plus est, souvent inappliquée (temps d'exécution, participation aux activités de l'entreprise, hygiène et sécurité). Cette inadaptation est largement accentuée par l'utilisation des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) « qui se moquent des distances... et des frontières ». Et de citer les traducteurs, les "dactylographes", les lecteurs-correcteurs, les maquettistes, les graphistes, les iconographes, etc.
« Surcroît d'autonomie ou dépendance accrue ? », se demande Chantal Rey, qui conclut que, malgré les textes réglementaires, le travail à domicile est un mode sujétion du travailleur à des entreprises profitant de la "flexibilité" outrancière exigée de celui-ci. Pire, l'introduction dans le CT par la loi Madelin de l'article L 120-3 (il y a présomption de contrat commercial entre une entreprise et un professionnel enregistré à l'URSSAF ou aux divers CFE) provoque une confusion avec la loi de 1957 qui énonçait que tout travail à domicile est un travail salarié. Il ya donc une tendance abusive des donneurs d'ordre à transformer ces travailleurs en indépendants, qu'il faut bien entendu combattre. cqfd
La distinction entre le "faux" travail indépendant et le "vrai", qui est reconnu pour certains exercices, n'est pas abordée dans le rapport. Mais si tout travail à domicile est défini obligatoirement comme salarié, comment des indépendants pourront-ils exercer chez eux ? L'avis n'en dit mot, qui suggère « le retrait, à l'art. 721-1 du code du Travail, du membre de phrase ajouté par la loi du 11/2/94 [loi Madelin] qu'il juge superfétatoire compte tenu de la jurisprudence [laquelle ?] ». Rappel du "membre de phrase" en question : « [Les travailleurs à domicile sont des salariés] Il n'y a pas lieu de rechercher s'il existe entre eux et le donneur d'ouvrage un lien de subordination juridique sous réserve de l'application des dispositions de l'article L 120-3 ». Supprimez les réserves, il reste des certitudes...
Cet avis a fait l'objet d'un vote positif de
112 membres du CES (tous les syndicats, y compris la CGC, les
personnalités qualifiées, l'UNAF), négatif
de 23 membres (entreprises privées, professions libérales)
et de 25 abstentions (dont le groupe de l'artisanat).
Camarades freelances qui pensiez qu'on allait vous laisser tranquille
chez vous, on est mal barrés !
2/ News
Réaction d'un lecteur sur le dossier de la dernière
CyberGazette (Le XXIème siècle sera-t-il le siècle
des solos ?) :
« Après avoir lu cette cybergazette, je me sens obligé
d'apporter une réponse.
Sur la forme tout d'abord : est-ce la vocation
de "Freelance en Europe" de s'engager dans la sociologie
?
Sur le fond ensuite. Mettre sur le même
plan la vie professionnelle et la vie familiale m'irrite profondément.
C'est oublier 2 aspects essentiels de la vie familiale : l'amour
et l'enfant. Que devient l'enfant dans ce monde de "solos"
égoïstes ? L'enfant a absolument besoin d'amour et
de stabilité. Quelle hypocrisie ensuite : ce sont les mêmes
qui prèchent la vie en solo et sont ensuite indignés
parce que ces jeunes élevés sans famille deviennent
des casseurs et délinquants. »
Xavier Tiberghien
Qu'en pensent nos autres lecteurs ?
« Le métier de consultants
et les Nouvelles Technologies de l'Information », tel
est le sujet du séminaire organisé par Agro-Consultants
le samedi 20 mars.
Objectifs : Informer sur les nouveaux outils
; identifier leur incidence sur l'exercice des métiers
de consultants et d'experts techniques ; mesurer l'impact des
NTI sur les pratiques et les relations donneurs d'ordre/consultants.
Contenu : panorama, enjeux, coûts et avantages
des NTI ; présentation d'expériences et de solutions
; Table Ronde. Avec la participation d'Andersen Consulting, d'IBM,
de France Télécom Wanadoo, du groupe Test (01 Informatique),
du Monde, et de Freelance en Europe, entre autres...
Samedi 20 mars, 9 à 17 heures, Institut
National Agro 16, rue Claude Bernard Paris 5ème
Participation aux frais : 800 F (dossier, compte-rendu
et repas compris)
8 mars : la Journée internationale de la femme. Sur Internet, la CFDT organise une conférence-débat autour du thème des femmes et du travail sur son site http://www.cfdt.fr/femmes. Computer Plus, 04/03/1999 D'autres sites : "nanas on the Web" : http://www.abgmedia.com/nanas/ "Internénettes" : http://www.internenettes.fr/ "Les Pénélopes" : http://www.mire.net/penelopes/ "Les cyber rebelles" : http://www.cyber-rebelles.com/
19 au 21 mars : la Fête de
l'Internet vire au rififi. L'Association pour la Fête
de l'Internet (Afi) et l'Afuu (Association Française des
Utilisateurs d'Unix) se crêpent le chignon. La première
reproche à la seconde de n'avoir pas développé
correctement le site Web commandé, la seconde que la première
veut s'approprier une exclusivité intempestive sur cette
manifestation. L'Afi attaque l'Afuu en justice, le référé
est rejeté, l'Etat (qui offre 1 MF à l'Afi) refuse
de s'en mêler. Le « rififuu » continue. Site
Afi : http://www.fete-internet.asso.fr
site Afuu http://www.fete-internet.fr
Libération, 05/03/1999
Lionel Jospin devrait cependant y annoncer la
création d'un forfait de communication très attractif
pour tous les internautes : 20 heures de connexion facturées
100 F. Le Parisien, 1/03/1999
Prochaine réunion
de Freelance en Europe, Paris : le
mercredi 24 mars, 18 h 30, au café de la Mairie, place
St Sulpice, Paris 6ème. Exposé : « Améliorez
vos performances grâce à des outils de gestion pratiques
et efficaces », exposé de Richard DURAND, conférencier
international en provenance du Québec, qui dédicacera
ses ouvrages en fin de réunion.
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