La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 3, 23 août 1998

1/ Les sociétés de portage
Concept nouveau en France – les "umbrella companies", qui y ressemblent beaucoup, existant depuis longtemps en Grande-Bretagne –, la société de portage fleurit depuis l'année dernière. Il est même difficile de les recenser puisque ni l'Insee, ni France-Telecom (sur le 3611) ne les reconnaissent comme telles.
Les premières (Intervenance et Valor en 1986) sont issues d'associations cherchant à "recaser" des cadres au chômage. Cette vocation est toujours mise en avant actuellement, soutenue par l'APEC et même l'ANPE qui envoient leurs chômeurs visiter ces structures. C'est d'ailleurs une de leurs principales sources de recrutement.
L'argument est tangible : la révolution "copernicienne" de la disparition du bulletin de paye mensuel effraie nombre de professionnels. Pourquoi ne pas commencer par une "solution douce" qui allie le travail indépendant, le confort du salariat (vis-à-vis des banques, par exemple, et des cotisations chômage), et la poursuite de la perception des allocations Assedic – tant que les nouveaux revenus ne dépassent pas 70 % du salaire précédent ?

Concrètement, comment intervient la société de portage ? Le principe de base est identique chez toutes : le freelance (consultant, technicien, créatif...) trouve lui-même son client, la société de portage le salarie en CDD et signe le contrat avec le client, elle lui reverse ensuite le montant des factures – lorsqu'elles sont payées – en retenant sa commission (environ 10%) et les charges sociales (40%).
C'est dans les modalités pratiques qu'elles se différencient et que les freelances doivent faire attention :
- certaines ne signent le contrat de travail qu'à la réception du premier versement du client (ce qui est d'ailleurs fortement illégal : en attendant, à quel titre celui-ci travaille-t-il ?) ;
- certaines mettent "un certain temps" à transformer le versement du client en salaire (au dire de L'Expansion du 25 juin, certaines ont même mis la clé sous la porte avant de payer les salaires) ; d'autres payent le freelance dès la signature du contrat de travail, avançant ainsi les sommes à recouvrer auprès du client ;
- certaines permettent au freelance d'imputer ses frais professionnels - formation, investissements, etc. - à son salaire ; d'autres pas ;
- aucunes ne prospectent pour le compte de leurs salariés (elles exerceraient alors une fonction de société d'intérim illégale) ; quoique certaines font bénéficier leurs "fidèles" des demandes non provoquées de leurs clients ;
- enfin, certaines transforment le CDD - légalement limité à 18 mois, y compris un seul prologement - en CDI si le partenariat leur convient ; d'autres pas.
(Nous ne citons aucun nom au sujet de ces pratiques, connues par le bouche-à-oreilles et susceptibles d'évoluer dans le temps.)
Que deviennent les freelances à la fin de leur contrat ? D'après les sociétés, environ un tiers s'installent comme indépendants, un autre tiers retrouvent un poste salarié, un tiers disparaissent dans la nature (et quelques-uns bénéficient d'un CDI avec la société de portage).

Quel est le risque pris par le freelance-salarié ?
- ne pas être payé : soit parce que le patron de la société de portage décampe soudain en Argentine avec la caisse, soit parce que la société fait faillite (le liquidateur empochera d'abord les réglements clients, se paiera, et distribuera un reste éventuel), soit parce que le client ne paye pas (quel recours le freelance-salarié a-t-il, lui, face au client ?) ;
- payer des cotisations sociales élevées comparées à celle de l'indépendant : en effet, une fois prélevée la commission de la société de portage, il paye sur le reste 45 % de charges patronales et salariales additionnées, au lieu des 25 à 30 % dues par l'indépendant (et sans commission). En contrepartie, il bénéficie de l'assurance chômage, et de ne les payer que lorsqu'il travaille, pas lors des "intercontrats" ;
- se trouver un jour dans un statut juridique illégal : en effet, ces sociétés frôlent les limites légales dans un certain nombre de domaines (Code du Travail, Code du commerce) : "salarié non subordonné", dégagement de responsabilité dans la mission accomplie par leur freelance-employé, pas de convention collective (pas toutes, certes...). D'autre part, en cas de création intellectuelle, qui est propriétaire des droits d'auteur ? La loi veut que ce soit l'employeur... Ceci dit, il est temps que le droit s'aligne aussi sur des pratiques parfois utiles !
Quelles conclusions ? Le concept est séduisant, et apporte une véritable plus-value aux futurs freelances qui veulent "tâter" l'eau avant de s'y plonger. Il faut être plus prudent sur la pratique, car il n'existe aujourd'hui aucun filet de sécurité à des escroqueries, grossières ou fines.
Pour des freelances expérimentés ? Une fois ces pièges évités, ils bénéficient d'un support administratif compétent, d'un statut de salarié présentable aux banques et autres fournisseurs de crédits, d'une protection chômage non négligeable, et de la participation à un "réseau" qui peut s'avérer fructueux. En échange, ils payent 10 à 15 % de supplément de cotisations sociales, et environ 10 % de commission versée à la société de portage. Et personne ne s'occupe de leur trouver des clients !

Le marché des Sociétés de portage
Un Syndicat des Entreprises de Portage Salarial (SEPS) vient de se créer, qui développe un réglement intérieur et une Charte de déontologie. Y adhérent aujourd'hui six sociétés : Ad'missions, Alternative, CPC, ITG, Links et Valor. On n'a pas encore résolu le mystère de la non-appartenance à ce syndicat d'Intervenance, la plus grosse à ce jour ???
Ci-joint quelques informations sur certaines d'entre elles :
- INTERVENANCE, SA au capital de 500 kF, créée en 9/86. Paris, Lille, Nantes, Lyon en septembre, peut-être Toulouse et Marseille en 1999. Tél : 01 44 37 93 93. Web : www.alternance.com. CA : 17 MF (95), 24 MF (96), 42 MF (97), 68 à 70 MF (objectif 98). 16 permanents, 225 bull. de paye/mois en 98. En développement : MAGALOU Productions, pour les intermittents du spectacle. Il faut remarquer aussi qu'Intervenance se baptise "société d'ingénierie salariale" et non de "portage".
- ITG (Institut du Temps Géré), SARL au capital de 50 kF, créée en 4/1996. Paris. Tél : 01 44 69 80 40. Web : www.itgfrance.com. CA : 4,5 MF (96), 29 MF (97), 70 MF (objectif 98). Annonce 450 consultants (plus ou moins actifs). Services : bilan de compétences, formations...
- VALOR, SARL au capital de 50 kF, créée en 11/86. Paris. Tél : 01 45 08 46 96. CA : 2 MF (96), 4 MF (97).
- LINKS, SARL au capital de 50 kF, créée en 3/97. Mulhouse, Paris. Tél : 03 89 42 03 92 et 01 44 64 74 76. Web : www.lins-web.net. Offre conjointement un service d'intermédiation sur Internet : une liste hebdomadaire d'offres de missions (1 790 F HT/an).
- CAP Service, Coopérative au capital de 25 kF, créée en 11/95. Lyon. Tél : 04 72 84 60 50.
- Les autres sont encore récentes, et toute information sujette à caution. D'après L'Entreprise de mars 98, il s'en crée actuellement trois par mois...

2/ News
• Une loi est parue au Journal Officiel du 1 juillet, assimilant les Bases de Données à « un recueil d'oeuvres, de données ou d'autres éléments indépendants, disposés de manière systématique ou méthodique, et, individuellement, accessibles par des moyens électroniques ou par tout autre moyen », et assurant donc la protection de leur propriété intellectuelle, au même titre que celle de toute oeuvre de l'esprit. (Loi no 98-536 du 1er juillet 1998)

• Le Syndicat National des Graphistes vient de changer d'adresse. Veuillez désormais noter les nouvelles coordonnées suivantes :
SNG 8, rue Saint-Jean 75017 PARIS tél. 01 43 87 23 18 fax : 01 43 87 23 88

• JURIDIQUE : La protection sociale du gérant majoritaire de SARL.
     Rappel : Le statut social du gérant de SARL dépend du nombre de parts sociales qu'il détient dans la société. Un gérant est majoritaire s'il détient, avec son conjoint (quel que soit le régime matrimonial) et ses enfants mineurs, plus de 50 % du capital de la société. Il aura le statut de gérant minoritaire s'il détient, avec son conjoint et ses enfants mineurs, au plus 50% du capital.
     La cour de cassation vient de préciser que le gérant majoritaire de SARL doit être affilié aux régimes de protection sociale des non-salariés non agricoles même s'il ne perçoit aucun revenu pour ses fonctions et même si la société n'exerce aucune activité effective, dès lors qu'elle n'a pas cessé d'exister. (Arrêt de la chambre sociale de la cour de cassation du 28 mai 1998, source : extrait de Revue de Presse de l'APCE)

• PAO. Suite aux tarifs exorbitants pratiqués par Quark pour la nouvelle version de son logiciel XPress, les quotidiens suédois menacent de boycotter XPress. Ils changeraient pour PageMaker (prix màj XPress = prix version complète de PM)... (source : Virus Informatique)

• DROIT DES MARQUES : rachat de "Internet Explorer"
     Microsoft a racheté, pour cinq millions de dollars, le droit d'utiliser le nom "Internet Explorer". C'est sur cet accord que le procès opposant le géant américain à l'auteur d'un navigateur appelé "Internet Explorer" a pris fin le 2 juillet.

HUMOUR (en cette période de rentrée, ça fait du bien) :
C'est un kangourou qui rentre dans un bar et commande un demi.
Le barman le sert et lui demande 100 F.
Le kangourou cherche dans sa poche et tend le billet de 100 F au barman.
Pendant qu'il boit, le barman le regarde, intrigué, et lui demande: « On ne voit pas souvent de kangourous dans ce bar d'habitude... »
Et le kangourou lui répond : « à 100 F le demi, ça ne m'étonne pas ».
(source : www.rigoler.com, découvert sur le site de Pascal Messager : http://www.micronet.fr/~messager/index.html)

FREELANCE-en-EUROPE
• Le Forum et l'Annuaire interne sont ouverts dans le village du site Internet.
• Café-Rencontre : les adhérents et futurs adhérents sont conviés à une réunion qui se tiendra le mercredi 16 septembre, à partir de 18 heures, au Café de la Mairie, place St-Sulpice, Paris 6ème ; thème : bâtir son réseau personnel.
• Une pré-étude d'un Annuaire des Freelances est lancée. Ceux qui sont intéressés (faites-nous signe) seront conviés à une réunion ; en attendant, un thème "Annuaire-papier" est ouvert dans le Forum du site Web.

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