La CyberGazette,
le journal
des Freelances
n° 46, 22 août 1999
1/ Les monuments
maudits
Décidément, les grandes oeuvres architecturales
du XXème siècle ne resteront pas dans l'histoire
de l'humanité. Après le Centre Pompidou qui rouille,
l'Opéra-Bastille qui s'effrite, le Centre International
des Conférences resté "virtuel" et la
Grande Arche désertée par ses occupants, c'est au
tour de la Très Grande Bibliothèque de France de
gîter par bâbord, au grand dam de la mémoire
de nos présidents successifs. Au moins de Gaulle n'a-t-il
légué à la postérité aucune
casserole monumentale, rendons-lui en grâce.
Un bâtiment ? non, « un geste
architectural » (D. Perrault, architecte de la TGB)
La dernière péripétie de la TGB, comme fut
baptisée la « plus grande et la plus moderne bibliothèque
du monde » en 1988 lors de l'annonce de sa construction
par François Mitterand, c'est la résiliation du
contrat de la société de services Cap Sogeti par
le maître d'ouvrage le 21 juillet dernier. L'informatique
ne marche pas, mais au moins restait-il un espoir de voir fonctionner
la version 1 du logiciel quelque jour de l'an 2000 au lieu de
mars 1998 comme prévu (les versions 2, 3 et 4 étant
déjà remises aux calendes grecques). Depuis le 21
juillet, cet espoir lui-même s'est évanoui. La gîte
du bâtiment est-elle irréversible ?
Déjà l'aspect extérieur a dû en rabattre : les façades des tours, entièrement vitrées, ne purent être tapissées de vitres teintées, « pas faisable » renonça Saint-Gobain que l'architecte n'avait pas consulté lors de la conception. Elles durent être doublées de parois en bois sur toute la surface. Dans le jardin intérieur, les arbres sont si chétifs qu'ils sont consolidés avec des haubans.
L'accès est peu engageant : le pavement extérieur, en bois ultra-dur, est tellement glissant dès qu'il pleut qu'il vaut mieux le pratiquer en patins en glace. L'accès des salles de lectures, mal protégé des trublions éventuels, donne lieu à plus de contrôles que l'embarquement des lignes aériennes israéliennes : « une ambiance sécuritaire pénible pour le public comme pour le personnel. » (Rapport de l'inspection des bibliothèques, cf. ci-dessous)
L'informatisation accèlère
les procédures, sauf quand elle les ralentit (J-M Mandosio)
L'accès aux ouvrages étant commandé par ordinateur,
le lecteur potentiel doit impérativement disposer d'une
place réservée. La réservation peut se faire
par téléphone, Minitel ou Internet. Mais comme le
"surbookage" n'est pas prévu (comme aux débuts
de "Socrate"), il a toutes les chances de se voir refuser
l'entrée, l'ordinateur ayant détecté des
salles pleines. Pas de réservation, pas de livre. Quand
enfin il accède à une salle, les ouvrages réservés
ne sont disponibles que le lendemain. Pourquoi ? l'architecte
avait annoncé publiquement 20 minutes pour le transit des
livres depuis la réserve jusqu'aux lecteurs, mais avait
négligé certains détails.
Le personnel de la TGB ne sait même pas où l'ordinateur
range les livres, celui-ci utilisant un algorithme de "cache"
pour placer le plus près de la sortie les ouvrages les
plus demandés. Une fois repérés les livres,
la recherche manuelle aurait pu être un palliatif aux pannes.
Hélas ! les livres étant rangés dans des
galeries de plusieurs mètres de haut (« Danger de
mort. Accès interdit. Plate-forme en hauteur »),
le personnel ne peut accèder qu'à ceux qui sont
à hauteur d'homme. Les chariots de transport et les salles
de transit sont tellement mal conçus que les livres s'abîment.
Lorsque le TAD (Tranport Automatique de Document) refuse de fonctionner,
personne ne sait plus où sont les ouvrages : demandés
? en lecture ? rendus ? stockés ?
Les procédures manuelles, jugées inutiles au départ, demandent donc plusieurs heures pour situer chaque livre, voilà pourquoi le lecteur ne peut disposer de sa demande sur-le-champ : revenez demain. Vous voulez changer de place ou aller déjeuner, il faut sortir, perdre sa place réservée, rendre les livres : revenez demain.
Investissement : huit milliards de francs
(à ce jour), dont cinq pour le bâtiment
Fonctionnement : un milliard de francs
On en passe : les faux-plafonds se décrochent ; les sous-sols
s'inondent ; les chariots finissent dans un "cimetière
à chariots" ; il n'y a que 780 places de lecteurs
au lieu des 2 000 annoncées, 87 000 ouvrages numérisés
(en mode "image" !) au lieu du million prévu
; pas de catalogues sur fiches, uniquement sur ordinateur, consultables
par des PLAO (Postes de Lecture Assistée par Ordinateur)
sans clavier à caractères non-latins : impossible
d'y consulter les ouvrages aux titres écrits en grec, chinois,
arabe... Quant au personnel il est en permanence au bord de la
crise de nerf.
Heureusement, la "Réserve des livres rares et précieux", oubliée lors de la construction, bénéficie d'un local à l'écart et de procédures manuelles : tout y fonctionne correctement, on peut même y consulter les documents le jour même.
Et, Dieu merci, l'architecte Dominique Perrault a obtenu le prix européen d'architecture du Parlement Européen, la Légion d'honneur, et a été nommé à la tête de l'Institut français d'architecture. Au fait, qui était l'architecte du Titanic ?
Il reste une question à un milliard de francs, que personne n'ose poser : faut-il maintenir la TGB ou retourner à l'ancienne BNF rue Richelieu ?
Rapport de synthèse sur la Bibliothèque
nationale de France remis par M. Albert
Poirot, inspecteur général des bibliothèques,
à la ministre de la culture en mars 1999 (visible sur le
site de la CFDT, cf. ci-dessous) ;
Rapport au Président de la république publié
par la Cour des Comptes en janvier 1999 http://www.ccomptes.fr
;
L'Effondrement de la TGBNF, Jean-Marc Mandosio, Editions
de l'Encyclopédie des Nuisances, mai 1999 ;
Publications de la section CFDT de la TGB : http://www.altern.org/bnfengreve/
Articles dans Le Parisien, Le Monde, Libération,
01 Informatique sur leurs sites respectifs ;
BNF, site Web : http://www.bnf.fr,
site de consultation : http://gallica.bnf.fr/
2/ Brèves
Bonne rentrée à tous. Il s'est passé
quelques événements cet été, que nous
allons résumer brièvement (sauf l'éclipse,
ça suffit comme ça). Mais, en attendant, un tuyau
:
Location de voiture. Les particuliers qui prévoient
en été de longs parcours se précipitent sur
les véhicules diesel, sources d'économie sur les
frais de carburant. Les agences en disposent en quantité
réduite, parce que leurs principaux clients, le reste de
l'année, roulent pour le compte de leur société
et sont moins regardants. Comment font-elles ? Elles acceptent
la demande mais, au dernier moment : « Désolé,
Monsieur/Madame, votre voiture a subi un retard / un accident
/ un vol (rayer la mention inutile), acceptez un modèle
supérieur (à essence) que nous ne vous facturerons
qu'au prix du modèle inférieur. » Une bonne
façon de négocier...
Micro-entreprise. Le fisc vient
d'émettre trois instructions précisant les éléments
du régime de la micro-entreprise (BIC ou BNC, mais non
IS) et d'exonération de TVA (pour toute société,
quelle que soit sa structure juridique). Le texte est dense et
truffé de listes d'exceptions, mais redoutable pour ceux
qui ne souhaitent pas bénéficier de ces régimes
: ces deux régimes sont en effet imposés d'office
pour les entreprises en création, au moins la première
année, et pour celles dont le chiffre d'affaires descendrait
une année en-dessous des limites fixées. Sauf à
y renoncer explicitement, par écrit. Instructions fiscales
4 G-2-99, 5 G-6-99 et 3 F-2-99 du 20 juillet 1999.
Rappelons en particulier que le freelance soumis
au régime de la micro-entreprise ne bénéficie
plus de l'abattement de 20 % de son revenu pour le calcul des
impôts, abattement attaché à l'adhésion
à une Association ou un Centre de Gestion Agréé.
En revanche, s'il renonce à ce régime (au bénéfice
d'un régime réel pour les BIC ou du régime
de la déclaration contrôlée pour les BNC),
il retrouve le droit à cet abattement, plus une réduction
d'impôt de 6 000 F maximum pour « frais d'adhésion
et de comptabilité ». La date limite pour renoncer
au régime de la micro-entreprise en 1999 a été
repoussée au 28 septembre pour les BIC (30 avril 2000 pour
les BNC).
Adhésion à un centre de gestion agréé (CGA). Une instruction reconnaît la possibilité d'adhérer à un CGA à toute entreprise exerçant une activité relevant des BIC (art. 34 et 35-I du CGI), quels que soient sa forme juridique (entreprise individuelle ou société), son régime d'imposition (réel ou micro-entreprise) ou la catégorie d'impôt dont elle relève (IR ou IS), mais sans bénéficier automatiquement des avantages fiscaux qui en résultent. Instruction 5 J-3-99 du 21 juin 1999
Assurance maternité des conjointes collaboratrices. L'indemnité de remplacement accordée aux conjointes collaboratrices à l'occasion d'une naissance a été réévaluée au 1er juillet 1999. Son montant est de 6 882 francs (au lieu de 6 820 francs).
La codification du Plan comptable général est adoptée. L'arrêté interministériel homologuant le nouveau Plan comptable général devrait paraître prochainement.
Calendrier scolaire 1999-2000 : http://www.entrepreneurs-fr.com/Tabbord/calvacscol.asp#9900
Forfait téléphone Internet. Depuis le 1er août, "Libre @ccès" offre pour 100 F par mois vingt heures de communications Internet après 18 h, le week-end toute la journée et le mercredi après-midi. Lignes analogiques seulement. http://www.france-telecom.com
An 2000. Les extraits K bis nouveaux sont arrivés ! Depuis quelques semaines, les numéros dits "de gestion", entre parenthèses après le numéro Sirène, comportent la totalité des chiffres de l'année de l'immatriculation (1998 B 02345) et non plus seulement les deux derniers, comme auparavant (98 B 02345). La Loi, juillet 1999 http://www.laloi.com/
Salons
- 15-17 septembre : Networld+Interop 99, Paris Porte de
Versailles
- 15-19 septembre : Apple Expo, Paris Porte de Versailles
http://www.apple.com/fr/appleexpo/
Présentation du nouveau portable Mac : le iBook.
- 30 septembre-2 octobre : Salon des micro-entreprises,
Palais des Congrès, Paris
- 9-17 octobre : Telecom'99, le salon international des
télécom tous les quatre ans, Palexpo, Genève
(http://www.itu.int/TELECOM)
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