La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 5, 6 septembre 1998

1/ L'an 2000, la panique juridique
Vous êtes un "jeune" freelance en informatique ? vous voulez vous mettre à votre compte ? Eh bien! ne comptez plus obtenir d'AUCUNE Compagnie d'assurance un contrat de protection de votre Responsabilité Civile (la RCPro que certains de vos clients exigent). C'est fini, toutes refusent, sous prétexte qu'elles n'assurent plus d'entreprises de moins de trois ans d'âge - seule la Compagnie choisie par Freelance-Protection pour les indépendants (cf. http://www.freelance-europe.com/fr/protection.html) l'accepte encore. Que se passe-t-il ?

L'an 2000
Derrière ce refus se cache un motif autrement plus sérieux : les conséquences légales du passage à l'an 2000 des systèmes informatiques. Pour résumer en quelques mots le sujet : les dates inscrites dans les programmes ne comportant que deux chiffres (98 par exemple), elles sont implicitement affectées du centenaire 19.. : 2000 = 1900, 2001 = 1901, etc.
Toute comparaison de dates entraînera confusion, et la quittance de remboursement du prêt accordé cette année pour acheter votre voiture comportera un montant d'arriéré d'intérêt astronomique (10 % par an pendant 98 ans...). La petite histoire dit qu'une dame de 104 ans a été récemment convoquée à l'école primaire de son domicile parce que sa date de naissance indiquait (18)94 : elle avait donc 4 ans!
Plus grave, les microprocesseurs "embarqués" dans les machines à laver, les automobiles, les trains, les avions, mais aussi les sous-marins atomiques et autres silos nucléaires risquent eux aussi de "pédaler dans la choucroute".
En attendant le 1/1/2000, tous les informaticiens pédalent, eux, dans les programmes COBOL et de gigantesques sommes sont ainsi dépensées par les entreprises les plus prévoyantes (on parle de 300 à 600 milliards de $ sur l'ensemble du globe). Les autres devront éponger les anomalies, mais même les premières ne sont pas à l'abri d'incidents.
En soi, le problème est suffisamment inquiétant pour avoir alerté les gouvernements des USA, de Grande-Bretagne et de Singapour qui ont lancé de sérieuses alertes. En France, le ton est plus discret, le ministre de l'Industrie ayant déclaré que c'était juste un problème classique, aisément résolu par les impétrants. Soit !
Mais un deuxième sujet d'inquiétude se révèle aujourd'hui : qui paiera les dégâts éventuels ?

Responsable et/non coupable ?
Depuis bientôt deux ans, les sociétés de services (réunies dans le Syntec informatique) et les entreprises utilisatrices (réunies dans le CIGREF) se querellent pour savoir qui paiera les modifications nécessaires des programmes écrits par les premières, mais sous le contrôle des secondes.
Le problème est crucial aux Etats-Unis, où les avocats ont la gâchette facile : Andersen Consulting a déclenché le 5 septembre (la semaine dernière) le premier procès de ce type, en assignant devant la Cour Suprême du Massachusetts la société J. Baker Inc., éditeur d'une application de gestion des ventes qu'Andersen Consulting a installée chez ses clients. Andersen Consulting réclame du juge qu'il la déclare non responsable de la non-compatibilité An 2000 de cette application, de façon à ce qu'elle (Andersen Consulting) n'ait pas à en assumer l'adaptation à l'An 2000. 3 millions $ sont en jeu.
Un autre cabinet d'avocat s'est fait le champion des utilisateurs de quelques logiciels (Norton Anti-Virus, de Symantec, ou Quicken, d'Intuit, par exemple) non-compatibles An 2000. Il récuse le droit de ces éditeurs de faire payer leurs clients pour fournir une version compatible.
Batailles juridiques bien yankees, direz-vous. Oui, mais derrière ces batailles, qui paye ? Les Compagnies d'assurances qui ont assuré (en Responsabilité Civile, vous avez tout compris) ces entreprises, plaignantes ou accusées, et qui vont devoir régler les frais, les dépends et les dommages de ces procès. Et les sujets de litige sont multiples : arrêts des ordinateurs, ventes, livraisons, facturations erronées, comptabilités fausses, produits défectueux, dommages causés aux clients (cf. plus haut : microprocesseurs embarqués). Les PDG craignent d'être tenus coupables de n'avoir pas investi assez d'argent, à temps, pour résoudre le problème et d'avoir trompé leurs actionnaires et la SEC (l'équivalent du Conseil des Marchés Financiers) ; les compagnies d'aviation d'avoir laissé voler leurs avions la fatale nuit ; etc.
Le Gartner Group évalue – worldwide – à environ 1 000 milliards $ le coût possible de ces procés.

La panique des assureurs
Réaction : les compagnies d'assurance ont écrit récemment (par lettre recommandée) à tous leurs assurés pour leur demander de certifier par écrit que tout était fait dans leur entreprise pour rendre les ordinateurs, les produits et les services "compatibles An 2000" ; et de certifier par écrit qu'il en était de même pour TOUS leurs fournisseurs (l'enfer, c'est les autres) ; sinon...
Les assurés ont répercuté ces consignes sur leurs fournisseurs, qui se sont retournés vers leurs sous-traitants, etc. ad libitum. Si vous avez fait quelques études mathématiques, vous savez ce qu'est une progression exponentielle : les PTT se frottent les mains. Car tout ça a lieu en France, en ce moment.
Alerté, le SYNTEC a demandé rendez-vous à la ministre de la Justice, Madame Guigou, pour lui demander ce que de nombreux assureurs ont demandé aux différents états américains : un refus de tout assignation en responsabilité civile pour dommages causés par la bogue de l'An 2000.
Le gouvernement allemand, le 28 août, vient de rejeter une demande identique. L'état de Californie aussi, en juillet. La réponse tient en six mots : le problème est connu depuis longtemps. Donc il est résoluble, donc s'il n'est pas résolu, c'est par mauvaise volonté ou par manque d'efforts.

Et les freelances, dans tout ça ?
Tant que rien ne change, les compagnies d'assurance sont toujours en première ligne. Elles refusent donc tout nouveau contrat, et sont prêtes à dénoncer les anciens à la première occasion. On approche de l'épreuve de force dans laquelle les freelances ne sont pas gagnants.
C'est la force du groupe représenté par Freelance-Protection d'avoir conclu près d'une centaine de contrats de Responsabilité Civile. Son assureur continue donc d'assurer sa mission.
Mais gare à ceux qui vont chercher ailleurs. Un de nos adhérents en a fait la cruelle expérience, en s'adressant d'abord à un autre courtier : refus de toutes les compagnies interrogées (moins de trois ans d'existence). Il s'adresse ensuite au courtier de Freelance-Protection (SAGA), trop tard : la Compagnie, déjà interrogée (par le premier courtier), ne peut plus se dédire...
Tiens bon, Gilbert, on va te tirer de là.
Suite au prochain numéro.

2/ News
Cotisations retraite 98 des non-salariés, décret du 13/7/98, JO du 17/7/98, section professionnelle des architectes, ingénieurs, techniciens, experts et conseils. Cotisation régime de base, forfait : 11 200 F (réductions suivant le CA 96) ; cotisation proportionnelle : 1,4% des revenus professionnels non-salariés 1996 (idem 97). Cotisations régime complémentaire, classe 1 : 3 406 F (3 052 F en 97).
Internet : AOL a repris le service d'HOL au 1 septembre. Méfiez-vous, chaque e-mail ne peut recevoir qu'1 (un) fichier attaché...
• Le dictionnaire Robert a justement introduit le mot "e-mail" dans sa nouvelle édition, ainsi que le verbe "surfer" (sur le Web).
• Adobe précipite l'annonce du futur remplaçant de PageMaker, en code : "K2" ; il a été présenté au séminaire Seybold à San Francisco. La version 8 d'Illustrator aussi, avec son prix : 375 $ ou 100 $ pour la mise à jour.

Retour CyberGazette, archives 98