La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 69, 20 février 2000

1/ Indépendance et pluriactivité
C'est le thème choisi pour le dîner-rencontre de Freelance en Europe le 29 février, histoire d'animer un peu le repas. Introduction.

Le monde économique se déstructure. Les grandes organisations se réforment et adoptent des géométries variables, par filialisations, alliances et rapprochements, et sous-traitent leurs activités « accessoires ». Les petites organisations fonctionnent en réseau, mobiles et éphémères. Les professionnels servent de « variables d'ajustement » à ces grandes manoeuvres.

Pour tirer leur épingle du jeu, ils deviennent eux aussi mobiles, adaptables et opportunistes. Le statut de salarié à plein temps et à vie n'ayant plus guère de sens, leur qualité principale s'appelle « employabilité ». Ce qui se décline en compétence, fiabilité et disponibilité.
Certains restent salariés, mais ils changent fréquemment d'employeurs. D'autres crééent leur entreprise, la font prospérer, puis la revendent. D'autres deviennent indépendants, décidés à le rester mais prêts à toutes les propositions si l'aventure les tentent.

Le pluriactivité devient donc le pain quotidien de la carrière professionnelle. Elle peut se décliner en « pluri-salariat », en pluriactivité saisonnière, en polyactivité simultanée ou successive.

La mutation est inévitable, il est inutile de regarder en arrière pour regretter « le bon vieux temps ». Il s'agit plutôt de préparer l'avenir.

Or l'avenir de cette pluriactivité se heurte à certaines contraintes. Citons-en quelques-unes :
- Complexité fiscale, qui distingue une multitude de statuts (salariat, salariat assimilé, BNC, BIC, BA, tolérances diverses). Chaque revenu doit s'y rapporter, avec son lot de comptabilités différentes. Le fisc est peut-être l'administration la plus souple, puisque son réglement (la loi de finances) évolue chaque année.
- Complexité sociale, où les organismes de protection sociale ont chacun leur mécanisme d'affiliation, de cotisations et de prestations de base, leur mécanisme complémentaire propre.
- Complexité juridique, puisque la situation d'un professionnel peut être remise en cause selon la décision d'un tribunal (prud'homme, chambres sociales, chambres civiles), à partir de notions parfois floues.
- Complexités internationales, suivant la culture propre à chaque pays et les accords régionaux (européens) ou bilatéraux.

Cette situation fait dire à certains que nous vivons avec des institutions fonctionnant encore sur le principe « un homme, une carrière », à l'égal de l'Ancien Régime, de ses corporations et de ses privilèges, dont l'éloignement de la vie réelle des citoyens a précipité la chute.

Les freelances ne sont pas les seuls à se sentir mal à l'aise dans ce monde figé. Les cadres se sentent à l'étroit dans leurs entreprises, les paysans sont entrés dans une mutation profonde de leurs activités, les saisonniers du tourisme mobilisent leurs organisations professionnelles, les professions libérales elles-mêmes ont dû adapter leur statut de "solos" au monde économique. Les jeunes ont acquis un opportunisme qui les vaccine contre une réalité bien différente de ce qu'on leur en avait dit, mais ils risquent de ne pas supporter longtemps cette discordance.

Que faire ?
Envoyez-nous vos questions sur ce thème.

2/ Brèves
• Les Chômeurs Créateurs d'Entreprise
interpellent le gouvernement, et lancent une pétition pour obtenir :
    - le rétablissement de la prime de l'ACCRE. Ce capital de substitution coûtera moins qu'une année de revenu de substitution.
    - l'allègement des charges sociales , dont le montant, disproportionné par rapport au revenu nous rejette vers l'aide sociale et le travail au noir. Si nous restons au chômage, l'Etat va devoir assurer notre couverture sociale. Si notre activité se développe, nous deviendrons créateurs de richesse, citoyens et contribuables à part entière.
    - la simplification du cadre administratif et réglementaire pour rendre la création d'entreprise accessible à tous. Aujourd'hui nous passons 15 % de notre temps à remplir des papiers, alors que nous sommes seuls pour produire et pour vendre. http://www.cie.fr/adie/
    Ils sont soutenus par l'ADIE (Association pour le Droit à l'Initiative Economique). http://www.adie.org/

Ils emailent à la CyberGazette
• « Que pensez-vous des agences commerciales ?
Leur progression ? Trouveriez vous normal si cela continue qu'il faille payer pour travailler. Le statut d'indépendant c'est une belle connerie, n'est-ce pas. A cette allure les indépendants seront tous des esclaves ? Philippe S.
    – Nous sentons une légère provocation dans votre question. Permettez-nous d'y répondre sérieusement : les agences commerciales sont un service commercial offert aux indépendants. Si vous en avez besoin pour trouver des clients, pourquoi ne pas y faire appel ? ce n'est pas une obligation... Les freelances, à la différence des sociétés, ne peuvent se permettre de tout faire, sauf à y passer beaucoup de temps. Ils sous-traitent donc à un certain nombre de prestataires certaines fonctions, normalement incluses dans une société : comptabilité, juridique, secrétariat téléphonique, etc. Pourquoi pas la prospection commerciale ? Ca coûte 15-20 % du chiffre d'affaires ? Un de nos amis dit qu'il préfère faire 10 F de business à deux que 1 F tout seul... Si l'agence commerciale vous rapporte deux fois plus de business que vous tout seul, vous êtes gagnant !
    – Le ratissage est réalisé par les commerciaux. C'est comme les fonds marins... Je trouve que la lutte est complètement inégale. Ces spécialistes du commercial ont des antennes partout, ils raflent les affaires à coup de repas et autre faveurs chez les grand comptes. Nous (les indépendants) n'avons plus aucune chance, disons très peu par optimisme. Nous sommes souvent consultés pour les dépanner, voire renseigner leurs clients gratuitement sur des faisabilités de projet.
    – Leurs consultants commerciaux sont effectivement de bons commerciaux, c'est d'ailleurs pour ça que les indépendants les payent. Quant à devenir des barrages pour les indépendants, ça nous paraît un point de vue excessif. Si les grandes entreprises préfèrent passer par eux, alors qu'ils savent bien que ça fait augmenter les prix, c'est sans doute pour deux raisons : 1/ certaines entreprises veulent éviter tout risque avec l'Urssaf (requalification des indépendants en salariés), 2/ réduire le nombre de fournisseurs : en ne traitant qu'avec une agence, ils évitent de multiplier les contrats avec des indépendants.
    – J'affirme aussi que le statut d'indépendant est une hérésie. Sarl ou rien. Ce système est complètement suicidaire. Je puis le démontrer, une simple baisse d'activité et tout vole en éclat par le biais des cotisations à retardement. A l'heure actuelle, c'est se structurer ou crever. "Un indépendant", le terme même n'est pas crédible. Je le remarque bien moi qui suis en Sarl depuis décembre 1999. Les portes s'ouvrent naturellement.
    – Sarl-entreprise indiv. ? Pour nous, ce sont toujours des freelances (définition : celui qui prospecte une clientèle et réalise le travail ensuite). Une sarl avec un seul professionnel, gérant majoritaire ou minoritaire, peu importe, c'est un freelance. D'autres se font "porter", d'autres crééent une association dont ils sont salarié, etc. La forme juridique est à choisir en fonction de critères très personnels (confusion du patrimoine, mise en réserves pour amortir les fluctuations financières, impact commercial). Le seul conseil porte sur le montant du revenu : au-delà de 500 kF annuels, les mécanismes fiscaux sont en faveur de la société. Mais aux environs d'1 MF, c'est peut-être la SASU (société par action simplifiée unipersonnelle) qui est intéressante. Quant à fonctionner en vraie structure de société, beaucoup ont été échaudés, il faut savoir choisir son (ses) associé(s) ! »

• L'Association des Professionnels de l'Internet - France a le plaisir de vous inviter à sa quatrième réunion le lundi 21 février à partir de 18h30. Au menu, manger en ligne : " Eatonline : comment bâtir le business de la restauration à domicile sur l'Internet sans argent et sans connaissances informatiques ", exemple pratique avec les 20 erreurs à ne pas commettre. Université Américaine de Paris, entrée gratuite pour les membres, 50 F pour ceux qui ne sont pas encore membres. http://www.api-france.org

Juridique-social-fiscal
• Patrimoine affecté
. Les articles de la proposition de loi déposée par le sénateur Raffarin, visant à permettre aux entrepreneurs individuels de distinguer le patrimoine affecté à une activité économique de leur patrimoine personnel (cf. la CyberGazette de la semaine dernière) ont été supprimés de la proposition de loi adoptée le 10 février 2000 par le Sénat. Plus d'infos, et le texte des débats, sur le site de Freelance en Europe http://www.frelance-europe.com

• Retraite. Les cotisations retraite 2000 à la Cipav et à la Créa ont été publiées. La cotisation proportionnelle de 1,4 % des revenus professionnels reste constante, alors que la cotisation forfaitaire augmente : 11 900 F (au lieu de 11 200 F en 1999) à la Cipav, et 11 125 F à la Créa (au lieu de 9 400). Les montants peuvent être réduits au bénéfice des assurés en début d'activité ou âgés, et si le revenu 1998 (base de calcul pour les cotisations 2000) est inférieur à 56 500 F (réduction de 75 %), 95 000 F (réduction de 50 %) ou 132 500 F (réduction de 25 %).

• Contrôles de l'Urssaf. Dans une circulaire, l'administration précise les modalités de contrôle des cotisants. Tout contrôle devra en effet être précédé par l'envoi d'un avis adressé par lettre recommandée avec avis de réception au contrôlé. Si celui-ci est un travailleur indépendant (EURL, SARL à gérance majoritaire, etc.), l'Urssaf devra indiquer si ce contrôle portera sur le compte de l'entreprise et sur le ou les comptes « employeur et travailleur indépendant » des dirigeants ou associés, nommément énumérés.
     En revanche, l'avis préalable au contrôle n'a pas lieu d'être adressé lorsque ce contrôle a pour objet la recherche de travail dissimulé. Circulaire DSS/SDFGSS/5B/726 du 30 décembre 1999.

Business-économie-Internet-divers
• Windows 2000
. La nouvelle version est maintenant disponible. Utilisateurs de Windows 95 ou 98, ceci ne vous concerne pas : elle est destinée à remplacer Windows NT4, version réseau du système d'exploitation de Microsoft. Windows Millenium, qui remplacera les autres versions est prévue en « fin d'année »... En revanche, Ms Office 2000 (Word, Excel...) est utilisable par tous (1 400 à 1 800 F HT en mise à jour) - mais StarOffice 5.1 de Sun est gratuit.

• 35 heures. Les entreprises de moins de 500 salariés disposent d'un appui-conseil financé par l'ANACT (agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail. D'après celle-ci, 4 000 consultants conseillent les PME, au tarif de 5 500 F HT par jour fixé par décret. Au 31 décembre 1999, 18 616 conventions de missions avaient été signées, représentant environ 600 MF de prestations subventionnées, sans parler bien sûr des non subventionnées. Le Monde Economie, 15/2/2000

Pratique
• Un Mac d'occasion ?
Les magasins Boomerang proposent une formule de location-vente de matériel Apple. Pour écouler le matériel non acheté en fin de contrat, la chaîne a crée des magasins « Le Mac d'Occasion » (Paris, Toulouse, et bientôt Lyon, Rennes et Marseille). Distributique, 10/2/2000

• Maisons de retraite. Vous devez choisir une maison de retraite pour un parent âgé ou déficient ? le magazine Que choisir vient de publier un hors-série sur la question. Vous pouvez aussi vous adresser à l'association Retraite Assistance, tél : 01 40 51 80 81 de la part de la CyberGazette. Que choisir, février 2000

3/ Salons, manifestations
- 22-24 février : Fiche 2000, le salon de la communication événementielle, Foyer de l'Arche, Paris La Défense
- 24 février-1 mars : CeBIT 2000, salon informatique, Hanovre (Allemagne) http://www.cebitnews.com
- 29 février-2 mars : 2ème Symposium mondial des technologies de l'information, en coopération avec la Communauté Européenne, Futuroscope, Poitiers http://www.fwsymposium.org

4/ Réunion de Freelance en Europe
• Dîner-Rencontre de lancement de l'année
le mardi 29 février, à 20 heures, au restaurant L'Alsace à Paris, place St André des Arts, Paris 6ème, en présence de quelques invités de marque. Plus d'information dans le Village http://www.freelance-europe.com/fr/village

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La CyberGazette est éditée électroniquement toutes les semaines par Freelance en Europe, association loi de 1901 déclarée à la Préfecture de Paris le 20 février 1998 (http://www.freelance-europe.com). Directeur de publication : Claude Chérel. Directeur de rédaction : Michel Paysant. Maquettage : Fizz. Abonnement annuel (40 numéros) : 260 F en France (40 E dans les autres pays européens) / 195 F (30 E) pour les adhérents de Freelance en Europe (cf. bulletin d'abonnement http://www.cybergazette.presse.fr). ISSN 1292-8534. Une édition papier est publiée tous les trimestres à destination des abonnés. ISSN 1292-8526.
Procahine parution : 27 février 2000

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