La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 72, 12 mars 2000

1/ Freelances, combien gagnez-vous ?
La CyberGazette a le plaisir de porter à votre connaissance la compilation réalisée par l'Unasa, l'union nationale des associations agréées. Les chiffres portent sur les revenus 1998 et sont ventilés par profession pour l'ensemble des libéraux adhérents à une AA membre de l'Unasa (il y en a 53 en France). C'est la première fois que sont publiés ces résultats, qui rendent comparables les « salaires des cadres » et les « revenus des indépendants ». Un scoop de la CyberGazette ! Analyse.

Sont représentées les professions réglementées, notaires, avocats, médecins, dentistes, mais aussi les conseils, les experts, les artistes et autres purs freelances. Ces derniers, en enlevant les professions employant un trop grand nombre de salariés (agents d'assurance, auto-écoles), représentent dans l'étude de l'Unasa 8 626 freelances, dont 1 671 agents commerciaux, 677 informaticiens, 1 390 conseils, 462 traducteurs, 567 formateurs, 487 graphistes, 113 stylistes, etc. C'est dire que le recueil est significatif.

Avec l'accord de l'Unasa, le tableau de ces chiffres est disponible dans la page revenus. Attention toutefois à la synthèse, il s'agit de moyennes de moyennes, à interpréter avec des pincettes. Lisez donc les commentaires attentivement.

Recettes brutes et bénéfices nets
La moyenne de vos recettes est de
384 000 F HT, toutes professions de freelances confondues, mais les moyennes des quartiles extrêmes (un quartile = un quart de la population concernée) varie, suivant les professions, entre 100 000 et 1 million F.

Les bénéfices nets sont plus intéressants, puisque ne comportant plus les frais et charges d'exploitation. Leur moyenne globale est de 174 000 F, soit 47 % des recettes (chaque chiffre est une moyenne pondérée de l'ensemble, le total n'est pas toujours cohérent). Résultat en ligne avec l'expérience individuelle (environ la moitié du chiffre d'affaires). L'examen des quartiles extrêmes montre un écart des moyennes de 30 000 F (en ne tenant pas compte des graphologues, sans doute à temps très partiel) à 455 000 F.

Ventilation des charges
En moyenne donc 53 %, ventilés comme suit. Achats 2 %, charges de personnel 3 %, impôts et taxes 3 %. Charges " externes ", 29 % : loyers, frais de déplacement, locations, honoraires, frais de réception, fournitures de bureau. Dotation aux amortissements, produits et frais financiers, gains et pertes divers : 3 %. Enfin les charges sociales personnelles : 13 % des recettes. Pour un chiffre d'affaires moyen de 384 000 F, ces cotisations sociales représentent 50 000 F par an. Vrai ou faux ?

Camouflées : la CSG et la CRDS
Où sont-elles cachées ? En cherchant bien, on trouve dans les " impôts et taxes " la partie déductible de la CSG (5,1 % de l'assiette), bien que le chiffre résultant paraisse faible (où est passée la taxe professionnelle ?). La partie non déductible (2,4 % de CSG et 0,5 % de CRDS) est donc à déduire du " bénéfice net imposable " et n'apparaît pas dans le tableau. L'assiette de ces cotisations étant composée du bénéfice imposable plus les charges sociales obligatoires, on peut l'évaluer à 47 + 13 = 60 % des recettes. La CSG/CRDS représenterait donc environ 8 x 60 % = 5,4 % des recettes (20 kF), à rajouter aux 13 % relevés : les charges sociales représentent donc au total
18 % des recettes (70 000 F). Ca vous convient mieux ?

Les professions
La comparaison entre professions est hasardeuse, tant les chiffres annoncés sont des moyennes de moyennes. Cependant, trois groupes se distinguent : en tête, les informaticiens (721Z), avec un bénéfice moyen de 265 000 F., suivis de près par les ingénieurs conseils (742C) : 225 000 F, les conseils en affaires et en gestion (741G) : 212 000 F., les ingénieurs d'études techniques (742C) : 208 000 F., les créateurs de mode et stylistes (748K) : 202 000 F. Dans le haut de la fourchette, encore : les architectes d'intérieurs-décorateurs, 200 kF, et les photographes, 186. Dans le bas, outre les graphologues (moyenne 90 000 F), les professeurs d'art, de danse et de sports, les psychologues et psychothérapeutes, les artistes (sculpteurs, peintres) et les agents commerciaux immobiliers. Au milieu : les interprètes traducteurs, les formateurs, les dessinateurs industriels et les graphistes, les agents commerciaux. De quoi orienter les études de vos enfants !

Les médecins généralistes
Pour mémoire, nous avons rajouté les chiffres d'une profession se plaignant d'une baisse de son pouvoir d'achat : les recettes moyennes d'un toubib sont de 692 000 F. en 1998. Les charges, beaucoup plus faibles (très peu d'achats, de frais de réception, de fournitures de bureau, charges sociales d'un point moins élevées) leur permettent de conserver 58 % des recettes dans leur bénéfice. Résultat : un bénéfice moyen de 385 000 F. Et surtout, un 1er quartile élevé (195 000 F.) et un 4ème battant tous les records : 590 000 F.
     Tous les records par rapport aux freelances, mais pas par rapport à d'autres professions libérales réglementées. Les bénéfices moyens affichés par les orthodontistes est de 910 kF, les anesthésistes 640, les chirurgiens 631. Parmi les autres professions non médicales, les notaires sont les gagnants : 1,012 million F devant les laboratoires d'analyse 791 kF. Les autres professions libérales ressemblent plus aux freelances : dentistes 413 kF, avocats 286, experts-comptables 341, architectes 188, géomètres 200, vétérinaires 293, infirmiers 178, sages-femmes 147, kinésithérapeutes 204 kF (on parle de "bénéfice imposable", toutes charges, en particulier celles de personnel, retranchées).

Comparaison avec les salariés
La comparaison est délicate, le bénéfice net imposable n'étant comparable qu'au salaire net. En évaluant les charges supportées par le salaire brut à environ 25 % de celui-ci, l'équivalent de ce salaire brut pour les freelances serait de (174 000 / 75) x 100 = 232 000 F, soit pas très loin de
20 000 F par mois. Un beau résultat ? Toutefois, à la différence des salariés, les écarts individuels sont beaucoup plus importants : il n'y a pas de grilles de salaires négociées collectivement dans le travail indépendant...

Conclusion
Quatre chiffres à retenir : recettes, 384 kF ; bénéfices 174 kF ; charges sociales 18 % des recettes ; équivalent salaire brut : 20 000 F/mois. Vous connaissez maintenant « les rémunérations des freelances » en 1998.

Vous êtes prêt pour 2000 ? Partez !

Tableau des recettes et revenus : page revenus
Unasa : http://www.unasa.fr
PS : un article sur le sujet paraît cette semaine dans L'Entreprise en Solo.

2/ Brèves
• Contrats-Types
. Les éditions Téraèdre publient une nouvelle édition du Recueil, sous forme de CD-ROM uniquement – avec un texte d'introduction sur les règles de base du droit des contrats. Prix public : 350 F TTC, 200 F TTC pour les membres de Freelance en Europe.

• Solo-Connexions lance une opération « Start-ups booster ». Parrainée par le Medef, l'opération commencera par la sélection de 10 jeunes pousses qui seront présentées lors d'un road-show à une assemblée d'investisseurs lors de l'ouverture du salon le 17 mai prochain. En retour, les lauréats s'engagent à faire travailler le réseau des solos dans le développement de leurs activités. http://www.solo-connexions.com
     Jeunes pousses. La commission de terminologie du Ministère des Finances [de quoi je me mêle ?] va faire paraître au JO quelques traductions "officielles" imposées aux administrations et aux entreprises publiques. Au menu : « jeunes pousses » pour start-ups, « options sur titres » pour stock-options, « directeur de mercatique » pour directeur de marketing, etc. Le Journal du Net, 6/3/2000

• Présomption de salariat. Deux supports ont jusqu'à présent repris l'information à la suite de la CyberGazette n° 68 du 13/2/2000 : Le Monde, le 7 mars, et le site Business-Solos le 9 mars. Extraits sur le site Freelance en Europe.

Juridique-social-fiscal
• BNC
. Le délai du dépôt de la déclaration 2035, et donc de la 2042 incorporant ses résultats, est reporté cette année au 3 mai.

• Paperasses. Décidément, l'administration française est indécrottable. La micro-entreprise, destinée à simplifier toutes les formalités, se voit astreindre à quelques formalités imprévues.
     Rappel : les chefs d'entreprise qui optent pour le régime fiscal et comptable simplifié de la micro entreprise sont dispensés d'établir une déclaration fiscale au titre des BIC ou des BNC. Il doivent simplement porter sur leur déclaration d'ensemble de revenus 2042 le montant de leur chiffre d'affaires (BIC) ou de leurs recettes (BNC) « et y joindre un état simplifié dont le contenu vient d'être précisé par décret ».
     Pour l'essentiel, ce document doit comporter les mentions suivantes :
      1) Les nom, prénom ou raison sociale du contribuable ainsi que le numéro d'identification de l'établissement (n° SIRET) ;
      2) L'adresse du lieu d'exploitation et l'adresse personnelle de l'exploitant lorsque celle-ci diffère de la première ;
      3) Le chiffre d'affaires réalisé ou les recettes encaissées au titre de l'année civile en distinguant : les prestations de service, les activités commerciales autres que les prestations de services et les activités non commerciales [trois comptabilités distinctes !] ;
      4) Les éléments utiles à l'assiette de la taxe professionnelle : le montant des salaires, le nombre de salariés [l'âge du capitaine ?] ;
      5) Les plus ou moins-values réalisées dans le cadre de l'activité professionnelle. [Et voilà, seul un expert-comptable peut dorénavant évaluer les « plus ou moins-values » en question !].
    En cas de pluralité d'activités ou d'entreprises, le contribuable doit souscrire un état pour chaque lieu d'exploitation. (Décret n°2000-195 du 3 mars 2000, signé : Lionel Jospin, Christian Sautter, Florence Parly)

Business-économie-Internet-divers
• Cartes à puces
(cf. la CyberGazette n° 65 du 23/1/2000). Ca y est, le GIE Cartes Bancaires a obtenu le résultat de son attaque contre Serge Humpich : tous les apprentis-pirates de la Toile sont à la recherche des moyens de fabriquer la « yescard », celle qui dit oui à n'importe quel code "secret". La façon de casser la clé du code est publiée dans fr.misc.crypto, les adresses des fabricants de cartes (Eléacard) et de puces (Microchips) aussi, l'ensemble valant environ 2 500 F. Et cette semaine, France-Soir, le Canard Enchaîné, Le Figaro, Libération, Le Monde, etc., sans compter les radios et les télés publient en gros titre de première page : « Les cartes à puces ne sont pas sûres ». La Banque de France elle-même exprime le 14 janvier ses « préoccupations » au sujet du retard que met le GIE à remplacer l'ensemble des cartes utilisant encore l'algorithme d'encryptage a 321 bits, celui "cracké" par Serge Humpich, par celui, "inviolable" ( !) de 792 bits... et demande « qu'une attitude très volontariste de la Communauté [devienne] indispensable et urgente ». Comme le signale un amateur : « Merci Humpich ! » (http://members.tripod.com/pwer/) Historique de l'affaire : http://parodie.com/humpich/

• Internet, l'âge mûr. General Motors, Ford et DaimlerChrysler, ont décidé de créer un portail Internet unique pour rationaliser leurs politiques auprès de leurs fournisseurs et réduire une facture annuelle dépassant au total 230 milliards de dollars. Ce portail, dont le nom n'est pas encore connu, devrait voir le jour d'ici à la fin mars. Il sera ouvert à tous les constructeurs automobiles et industriels du secteur. Les trois constructeurs américains détiendraient chacun 25 % des parts de la nouvelle entité. Oracle, partenaire de Ford dans AutoExchange, et CommerceOne, partenaire de General Motors dans TradeXchange, détiendraient ensemble les 25 % restants.
     D'autres constructeurs, dont Renault et son partenaire Nissan, pourraient s'associer à cette opération. Atelier Paribas, 28/2/2000

• Create. Le premier numéro du « magazine informatique de tous les créatifs » est remarquable : en opposition à toute cette mode qui fabrique des revues éclatées en multitudes de brèves sans saveur, Create est composé d'une suite d'articles de deux à cinq pages sur les outils du designer : XPress, Dreamweaver, InDesign, Photoshop 5.x, Mpeg-2, le Nikon D1, l'interface IEEE 1394 (FireWire), etc. En "people", des rencontres avec des pros de la typographie, du design ou de la composition musicale. 118 pages denses tous les deux mois, un bonheur pour les lecteurs concernés (parce que les autres s'abstenir, c'est quand même très dense). Create, mars-avril 2000 http://www.create.tm.fr/

• A propos de FireWire. La guerre fait rage entre Apple et Intel dans les interfaces périphériques universels. Le premier ont lancé Firewire, le second USB. Chaque interface remplace avantageusement les anciens ports clavier, série ou parallèle, et les bus IDE ou SCSI dès que leurs débits le permettront. USB, encore lent pour le moment (12 Mbit/s), va sortir une version 2 à 480 Mbit/s fin 2000. Firewire, lui, prévoit une version b du standard IEEE 1394, offrant 800 Mbit/s dès le premier trimestre 2000, 1,6 Gbit/s début 2001 et 3,2 Gbit/s plus tard. Les câbles 1394b pourront avoir une longueur de 100 mètres.
     Seuls les nouveaux systèmes d'exploitation (Mac OS 9, Windows 2000) pourront supporter ces interfaces. Le Monde Informatique, 18/2/2000

• Augures. Le prix du pétrole a triplé depuis 1998. Les économistes ne s'inquiètent pas.

Pratique
• Veille
. Il y avait un milliards de pages Web fin 99. Il s'en créee un million chaque jour. Pour mieux s'y retrouver, un site se spécialise dans la veille sur Internet : http://www.australisintelligence.com/ A noter, la « trousse du veilleur ».

3/ Salons, manifestations
- 17-19 mars : Fête de l'Internet http://www.fete-internet.asso.fr/2000/
- 17-22 mars : Salon du Livre, Porte de Verasilles http://salondulivre.reed-oip.com
- 21-28 mars : Printemps des poètes 2000 (ex semaine de la poésie)
- 27-29 mars : Net2000, le premier congrès mondial de la Net-Economie, Cité des Sciences et de l'Industrie, Paris. La première conférence européenne de la eSanté se tiendra dans le cadre de Net2000 le lundi 27 mars 2000 après-midi. http://www.mynet2000.net
- 28-30 mars : Semaine européenne des technologies de l'information, SETI-FIHP- IT Comdex-PAO-etc., la réunion de tous les salons informatiques, Paris Expo - Porte de Versailles http://www.groupesolutions.fr/seti2000/seti.htm

4/ Réunion de Freelance en Europe
• Lyon
. Mercredi 15 mars, 19h à 20h30, réunion des adhérents Rhône-Alpes. Au menu : l'annuaire Rhône-Alpes et une rencontre avec IC2I (SSII et sté de formation) : « Pourquoi et comment travaillons-nous avec des indépendants ? » Contact : Véronique Rocher

• Paris. Café-Rencontre le jeudi 23 mars à 18 h, hôtel La Perle, 14 rue des Canettes, Paris-6, sur un thème d'actualité : « Les déclarations comptables », avec Christine Mamia, expert-comptable.

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La CyberGazette est éditée électroniquement toutes les semaines par Freelance en Europe, association loi de 1901 déclarée à la Préfecture de Paris le 20 février 1998 (http://www.freelance-europe.com). Directeur de publication : Claude Chérel. Directeur de rédaction : Michel Paysant. Maquettage : Fizz. Abonnement annuel (40 numéros) : 260 F en France (40 E dans les autres pays européens) / 195 F (30 E) pour les adhérents de Freelance en Europe (cf. bulletin d'abonnement http://www.cybergazette.presse.fr). ISSN 1292-8534. Une édition papier est publiée tous les trimestres à destination des abonnés. ISSN 1292-8526.
Procahine parution : 12 mars 2000

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