La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 77, 16 avril 2000

1/ Cartes bancaires, suite
Le feuilleton déclenché par le "pirate" Serge Humpich (cf. la CyberGazette n° 65 du 23 janvier) se poursuit. Les pouvoirs publics défendent les banques, les consommateurs renâclent, les assureurs demandent à voir. Un miracle de dernière minute sera dévoilé le 18 avril. Tous aux abris ?

Le GIE Cartes Bancaires, attaqué de toutes parts par les consommateurs, a trouvé une alliée en la personne de Mme Lebranchu, ministre des PME et de la consommation, qui a confirmé publiquement, le 4 avril, le chiffre de 0,02 % de fraudes annoncé par le GIE, alors qu'un rapport de l'association FO consommateurs affirme qu'il est 17 fois supérieur (toutes les réclamations ne sont pas comptabilisées par le GIE). Le chiffre avoué par le GIE ce jour-là atteignait 178 MF, plus 144 MF pour les utilisations de la carte à puce par les porteurs français à l'étranger.

Le lendemain, une réunion secrète réunissait, à l'hôtel Westminster, l'administrateur du GIE cartes bancaires, Michel Ugon (directeur chez Bull) et des participants soigneusement triés sur le volet par l'organisateur, le Club CSA (club privé très sélect regroupant, moyennant cotisation exorbitante, des organisations utilisant la technologie de la carte à puce). Thème : la sécurité des cartes bancaires. Lors de la conférence de presse qui a suivi, le GIE a admis que le chiffre "réel" des fraudes atteint en fait 600 MF, tout en excluant toujours certaines opérations frauduleuses.

Les assureurs ne semblent pas être totalement convaincus. En effet, ils ont refusé de reconduire le contrat les liant au GIE, expirant au 1er avril, et exigé une expertise sur la sécurité réelle des millions de cartes en circulation. Le contrat assurant le GIE cartes bancaires à hauteur de 500 MF, n'a été prorogé que de 45 jours, le temps de mener cette expertise.

Miracle, Mme Lebranchu annonce la distribution de boîtiers Cyber-Comm, permettant de lire les cartes bancaires et de sécuriser la transaction par le code "secret" habituel. Là encore, la communication cafouille. Annoncés "gratuits" à France-Inter le 5 avril, il semble qu'ils seront en réalité payants : « Le prix du boîtier devrait se situer, dans la phase de lancement, autour de 400 francs pour les consommateurs. A terme, le système devrait être intégré dans des offres de services de banques, de constructeurs ou de providers » se borne à expliquer Hervé Sitruk, le directeur général de Cyber-Comm, sans donner d'autres précisions... On parle aussi d'un prix entre 1 500 et 2 000 francs pour l'installation d'un logiciel de paiement SET pour les commerçants.

« Depuis quand un représentant de l'Etat fait-il la promotion directe d'intérêts privés, surtout pour un système propriétaire opaque précaire (il ne durera pas longtemps) n'offrant aucune sécurité juridique pour les consommateurs et présentant des menaces sérieuses au niveau technique (virus, espionnage du disque dur, sécurité des transactions...) ? », protestent, furieux, les concurrents (voir la liste sur le site du SCSSI, le service central de la sécurité des systèmes d'information, dépendant du premier ministre).

Tout cela laisse un peu rêveur. Il a fallu le procès d'un « bidouilleur pervers » pour qu'une partie de la vérité soit avouée, mais on continue à nous raconter des histoires. Le piratage devient une entreprise de salubrité publique.

Le Monde, le Figaro, Le Parisien, La Tribune, 4 et 6/4/2000   http://france.internet.com/news.asp?news_ID=853    http://parodie.com/humpich/ http://www.scssi.gouv.fr/present/si/ccsti/pp.html


2/ Brèves
• Aide à la création d'entreprise
. Discours très général du premier ministre. On attend des propositions concrètes. Compte-rendu et historique des précédentes dispositions. Libération, 12/4/2000 http://www.liberation.fr/quotidien/semaine/20000412merv.html

Ils emailent à la CyberGazette
• Je
. « Bonjour, Je suis allé à l'URSSAF pour retirer un dossier pour être en profession libérale. Je veux savoir s'il n'y a pas d'autres statuts possibles pour mon cas. Je veux être à mon compte pour des prestations de services (Programmation de logiciels, Création de sites Web...). J'ai déjà deux clients. Un me paye 180 000/an et l'autre 200 000/an. Je me suis renseigné... Bref je voudrais faire une sorte de prévisionnel pour voir si cela vaut le coup, bien que je veuille à tout prix le faire :o)
« J'aimerais aussi avoir des précisions sur les factures... Bref j'ai besoin d'aide car je suis très préssé et je vais partout à la fois mais c'est long pour avoir des réponses ! Y-a-t-il des aides pour mon cas ? Merci d'avance pour tous les renseignements que vous voudrez bien me fournir. Cordialement » Cyril L.
Réponse : « Jeune homme pressé, vous posez cent questions et voulez sans doute une réponse immédiate, courte et simple... Vous avez des clients, une assurance de revenus, qu'est-ce qui vous manque ?... Des aides, pour quoi faire ? Allez-y ! Bonne chance. »

• « Pris sur le vif. Une association humanitaire partage à Vanves le huitième étage d'un immeuble de bureaux avec quelques entreprises. Elle partage aussi les toilettes, hommes d'un côté, femmes de l'autre comme il se doit.
« Un mois après l'installation, le gérant des locaux vient rendre visite aux nouveaux habitants : "Euh, j'ai une plainte de vos voisins à vous soumettre," dit-il, l'air enfariné, "ILS estiment que, comme vous êtes sept femmes occupant les locaux, le partage n'est pas équitable. – Le partage de quoi ?" demandent-elles, intriguées. "Le partage des rouleaux de papier toilettes. Vous comprenez, ..." Passons sur les détails. » D. S.
Les députés ont-ils prévus une augmentation du budget hygiénique dans la future Assemblée "paritaire" ?

Juridique-social-fiscal
• Taxe professionnelle
. Toute entreprise doit remplir une déclaration normale (1003-M) ou simplifiée (1003-SM) et la transmettre au fisc avant le 3 mai, pour établir l'imposition en 2001. Sont cependant exonérées de déclaration les redevables qui ne déclarent leur activité que dans une seule commune, et dont les recettes annuelles TTC sont inférieures à 400 000 F pour les activités de service ou les titulaires de BNC, ou d'un million de F pour les autres. En cas d'activité mixte, le plafond est de 400 000 F, mais le chiffre d'affaires global est pondéré de la façon suivante : les recettes d'activités de service sont affectées du coefficient 1, et celles provenant d'opérations de vente du coefficient 0,4.
Rappelons que sont exonérées de taxe professionnelle les entreprises exerçant, sous certaines conditions, dans des ZRD, ZFU, ZRU ou en Corse, ZRR, ZAE, ZAT, TDRP, et autres ZUS. Zut alors, c'est pas mon cas !

• Participation à la formation continue. Tout employeur occupant un ou plusieurs salariés est tenu d'établir une déclaration (2483 si au moins 10 salariés, 2486 si moins de 10) remise au centre des impôts avant le 3 mai. Exceptions : emploi d'assistantes maternelles ou de de concierges, employés d'immeubles ou employés de maison. Rappelons que la participation à la formation continue représente, pour l'année 1999, 0,15 % du montant des rémunérations. L'objectif de la déclaration est de faire récupérer ces sommes par le fisc si jamais vous les avez pas versées, comme cela est la loi, à des organismes collecteurs agréés par l'Etat.
En-dessous de 100 F de salaire, vous pouvez indiquer un montant de 0 F, mais vous devez établir une déclaration, faute de quoi une majoration de 5 à 80 % se rajoutera aux intérêts de retard de 0,75 % par mois dû.

Business-économie-Internet-divers
• Tendance
. Victime de la désaffection des professionnels, le marché de la cravate a reculé de 20 à 25 % en 1999. N'en portent plus aujourd'hui que les parlementaires, les agents du fisc et les syndicalistes. Le Monde, 15/4/2000

• Informaticiens, bis. Les Etats-Unis paniquent eux aussi devant une "pénurie" d'informaticiens : 850 000 postes risquent de ne pas être pourvus d'ici janvier 2001, d'après l'ITAA (Information Technology Association of America). Environ 13 % des recrutements de ce secteur portent sur des emplois liés à l'Internet, en raison notamment du développement du commerce électronique. La Tribune, 11/4/2000
L'Ile-de-France s'y met à son tour. D'après Jean-Pierre Duport, préfet de la région, qui cite les chiffres de l'ANPE, 15 000 postes d'informaticiens ont été offerts l'an dernier, soit 2,25 offres par demandeur. Les Echos, 10/4/2000
Selon les statistiques du Syntec Informatique, le marché français des services informatiques s'est élevé à 111,8 milliards de F (17,04 milliards d'euros) en 1999, soit une hausse de 17 % par rapport à l'exercice précédent. En 1998, le marché avait déjà progressé de près de 20 %. Activités en flèche : toutes celles gravitant autour d'Internet. http://www.syntec-informatique.fr

• Internet. Dès 1997 M. Bernard Miège, professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Université Grenoble-Stendhal formait l'hypothèse que la mise à disposition de contenus gratuits sur internet pendant un certain temps était une façon d'étudier le développement des usages des internautes, de façon à pouvoir mettre au point de nouvelles modalités de valorisation, voire de marchandisation, de l'information. Prévision partagée par M. Gary S. Becker, prix Nobel d'économie en 1992, et professeur à l'université de Chicago : « L'internet gratuit est une des utopies de ce début de siècle [lequel ?]. Avant dix ans au maximum, les activités liées à la Toile seront essentiellement mercantiles. » Consultant français spécialisé dans le commerce électronique, M. Alain Fonssa résume lui aussi d'une phrase lapidaire la marchandisation croissante d'internet : « La gratuité, c'est pour mieux ferrer le futur consommateur, et constituer des fichiers commerciaux à moindres frais. Elle disparaîtra le jour où l'on considérera que les parts de marché sont figées, et qu'il est grand temps de gagner de l'argent sur le dos du client. » http://rezo.net/barbares.html avril 200

• Edouard Balladur vient de se faire voler son nom de domaine : le site qu'il prévoyait de créer pour la course à la mairie de Paris, dont il a dévoilé le nom à la presse, a été déposé dans la foulée par une agence de communication qui s'offre là un joli coup de pub. L'Enchanteur, c'est son nom, risque de ne pas enchanter Doudou. La page d'accueil du site, baptisé pour l'occasion « où t'est Doudou ? » indique la couleur : « Vous n'êtes pas sur le site de la campagne municipale d'Edouard Balladur. Cher lecteur d'un fameux journal du soir [Le Monde, 13/4/2000], vous vous intéressez à l'Internet et à la politique, ne faites pas comme Edouard Balladur, pensez à acheter un nom de domaine avant de faire des effets d'annonce ». L'agence a, selon l'AFP, contacté les services de l'ex-premier ministre pour restituer le site. Edouard Balladur, bon joueur, leur a rendu visite pour se prêter à une interview dont le film est disponible sur le site.
Dimanche 16/4 : les auteurs du coup de pub n'ont toujours pas rendu son site à « Doudou »... http://www.emanciper-paris.com/

• Sortie de Netscape version 6.1 (bêta) française fin avril. Vous pouvez déjà télécharger la version anglaise depuis le site de Netscape, mais sauvegardez votre système avant. http://www.netscape.com

• Vortail. Ce néologisme désigne les « portails verticaux », dédiés à une catégorie d'utilisateurs.

• Microsoft. Le Juge Thomas Penfield Jackson vient d'annoncer que les sanctions infligées à Microsoft au terme de la troisième et dernière phase du procès antitrust seront fixées d'ici 60 jours. Le juge souhaite en effet que cette affaire arrive devant une cour d'appel le plus rapidement possible. Les plaidoiries des deux parties sur les sanctions ont ainsi été fixées au 24 mai. Cette audience sera précédée par le dépôt par Microsoft et les autorités antitrust de leurs propositions sur ces sanctions, avec, en premier lieu, celles du département de la Justice et des 19 Etats associés à la plainte contre Microsoft, attendues au plus tard le 28 avril.

• Recrutement. Maria Nowak, présidente de l'ADIE (Association pour le droit à l'initiative économique), intègre le cabinet de Laurent Fabius. Le Figaro, 07/04/2000

Pratique
• Juriguide.com
, un nouvel annuaire de sites Internet juridiques s'adressant, d'une part aux juristes et ceux recherchant une information juridique (loi, jurisprudence, emploi ...), et d'autre part à ceux qui cherchent un juriste (annuaire d'avocats, notaires, huissiers ...). http://www.juriguide.com

• Livraison à domicile. Casino offre de livrer à domicile (entre 30 et 70 F de frais) vos achats passés sur son site. Livraisons dans la région lyonnaise ou Paris-Sud et le sud de la région parisienne. http://www.c-mescourses.fr/

3/ Salons, manifestations
- 28 avril-3 mai : Musicora, salon international de la musique classique et du jazz, Grande Halle de la Villette, Paris

4/ Réunion de Freelance en Europe
• Réunion FeE Lyon
: mardi 25 avril de 19H00 à 20H30 (18H00 pour les "nouveaux"), chez Jean-Pierre COURSEILLE (Attention : changement de lieu!) 13 rue de la source, 69360 COMMUNAY Merci de lui confirmer directement votre présence Tél : 04 72 24 76 76 e-mail : Courseille@csi.com Le thème retenu : ce que l'on vient chercher à Freelance et le devenir de Freelance Rhône Alpes.

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La CyberGazette est éditée électroniquement toutes les semaines par Freelance en Europe, association loi de 1901 déclarée à la Préfecture de Paris le 20 février 1998 (http://www.freelance-europe.com). Directeur de publication : Claude Chérel. Directeur de rédaction : Michel Paysant. Maquettage : Fizz. Abonnement annuel (40 numéros) : 260 F en France (40 E dans les autres pays européens) / 195 F (30 E) pour les adhérents de Freelance en Europe (cf. bulletin d'abonnement http://www.cybergazette.presse.fr). ISSN 1290-3582. Une édition papier est publiée tous les trimestres à destination des abonnés. ISSN 1292-8534.
Prochaine parution : 23 avril 2000

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