La CyberGazette,
le journal des Freelances
n° 82, 4 juin 2000

1/ L'entretien de vente, pièce en deux actes
« Comment signer un contrat », tel pourrait être le titre de cet exposé présenté par Joël Guillon, consultant indépendant, lors de la dernière réunion de Freelance en Europe. L'approche originale du conférencier mérite d'être contée, car elle apporte des éléments différents -complémentaires - du discours habituel sur les "ficelles" de la négociation en face à face. Résumé.

Mise en place du décor
« Vendre quelque chose à quelqu'un qui n'en a pas besoin relève de l'escroquerie », débute Joël Guillon, « il faut donc bâtir avec son interlocuteur le schéma de la vraie solution à son besoin ». Pour cela, l'établissement d'un climat de confiance est une nécessité absolue, vous devez conserver une cohérence sans faille, présenter qui vous êtes et le rester d'un bout à l'autre de l'entretien.

Mise en scène
Comment se joue l'entretien de vente ? Comme une pièce de théâtre, dont le déroulement est la résolution d'un paradoxe : « l'acheteur attend que ce soit le vendeur qui mène l'entretien, et pourtant le vendeur ne parle que 20 % du temps ». Toc, toc, toc ! la pièce commence : banalités, présentation des acteurs, questionnement sur la problématique de votre prospect.

C'est là que se noue l'intrigue : si vous laissez votre interlocuteur s'égarer dans les taillis, vous perdez votre temps... et le sien. Il faut sans cesse recentrer le débat : « que voulez-vous entendre ? » Il faut le focaliser sur le sujet correspondant à votre excellence.

Mais ne vous trompez pas d'excellence, et c'est celle du conférencier que de dévoiler une autre dimension de l'entretien : la compétence que vous croyez avoir cache celle qui intéresse votre client. Tel qui croyait vendre les qualités techniques de ses sous-traitants, in veritas offrait (gratuitement) une excellence de définition et de coordination du projet, telle qui valorisait son expertise oubliait son expérience des relations humaines. Piste de réflexion : qu'achètent réellement vos clients ?

Fin du premier acte
Reformulation des préoccupations du client (c'est maintenant presque un client), proposition de synthèse écrite, nouveau rendez-vous. A inscrire en lettre d'or dans votre bible : nouveau rendez-vous, nouveau rendez-vous, nouveau rendez-vous. C'est un passage obligé de la pièce car c'est lors du deuxième entretien que vous allez construire la solution.

Deuxième acte
Oubliez le compte-rendu, l'offre envoyée par la poste, la synthèse définitive... et votre attente au pied du téléphone de l'appel du client. C'est au cours du deuxième entretien que vous lui apportez ces éléments et que le devis s'établira, et c'est votre client qui va le faire : donnez-lui la vision globale du projet, le découpage détaillé, vos interventions et les résultats qu'il en tirera. Ajoutez les éléments financiers - vos prix - et il fera le calcul tout seul.

« Je prends les asperges en entrée, le magret de canard avec des haricots frais, les fraises au sucre en dessert avec un pichet de bordeaux et un café » : c'est M. Client qui fait l'arbitrage entre les options, qui compose le menu, s'en délecte à l'avance et compute l'addition. « Signature assurée à 95 % », garantit Joël Guillon.

Voilà une pièce rondement menée, à vous de la jouer.

2/ Brèves
• 15 juin : acompte sur l'IS et les contributions additionnelles
. Si vous êtes assujetti à l'IS (SARL, EURL ayant opté pour cet impôt, etc.) et quelle que soit la date de clôture de votre votre exercice social, n'oubliez pas d'acquitter (en francs ou en euros) le solde ou l'acompte de vos contributions au plus tard le 15 juin.

• Denis Etighoffer. Sortie du prochain livre de notre ami, Mét@-organisations, les modèles d'entreprises créateurs de valeur, en collaboration avec Pierre Van Beneden vice-président de Lotus Corp, éd. Village Mondial, une analyse des organisations compétitives du futur, le 20 juin. http://www.ettighoffer.com/fr/livres/meta.html

• Conférences API-PL (cf. ci-dessous Salons). Les membres de Freelance en Europe sont cordialement invités à intervenir, en leur nom ou à celui de Freelance en Europe, au cours des prochaines conférences. 15 juin, Perpignan. 22 juin, Poitiers. 29 juin, Starsbourg (Maison des Syndicats). API-PL, l'observatoire national de l'environnement internet des professions libérales qui s'est donné pour mission de faciliter l'accès et l'utilisation d'internet. http://www.apipl.fr.st

Ils emailent à la CyberGazette
• Mécénat
. De la part d'Anne : « Chère CyberGazette toujours lue avec plaisir et intérêt (ça commence bien, ndlr). Dans votre dernier numéro, vous parlez des distinctions entre mécénat et parrainage. Je voudrais vous demander des précisions.
    « 1. Je croyais que la limite des dépenses de mécénat étaient de 3,25 pour mille (source : Fondation de France... qui doit d'y oonnaître !) » Réponse : il semble que les limites varient entre 2,25 et 3,25 pour mille, suivant les organismes et les occasions. A préciser ultérieurement.
    « 2. Je croyais que la distinction entre publicité et mécénat portait sur la notion de retour d'image. Si l'entreprise mécène associe directement son logo à l'événement ou la cause parrainée, elle en retire un retour d'image direct, c'est de la pub. Si elle se contente de communiquer discrètement sur l'affaire sans apposer son logo, en gros c'est du mécént. Pouves-vous valider cette distinction. » Réponse : c'est justement sur ce point, entre autres, que la loi de Finances 2000, commentée par l'instruction fiscale du 26 avril, modifie l'ancienne réglementation. Dorénavant, l'entreprise mécène peut voir son nom associé sans pour cela que le don soit considéré 'automatiquement' comme une pub. La distinction entre les deux se fera sur la valorisation, si elle est possible, de la 'prestation' accordée en contrepartie du don. Si la prestation rapporte au minimum quatre fois plus que le don, c'est de la pub... mais l'appréciation reste requalifiable par le fisc.
    « 3. Où peut-on avoir plus de renseignement sur le sujet ? ». Nous nous renseignons et le signalerons dans une prochaine CyberGazette.

Juridique
• Un diplôme de "consultant indépendant" ?
Le projet de loi de modernisation sociale, adopté par le conseil des ministres le 24 mai dernier, comporte une section (titre II, chapitre II, section I) consacrée à la « validation des acquis de l'expérience professionnelle ». L'article 42-3 spécifie : « Toute personne qui a exercé pendant trois ans une activité professionnelle, rémunérée ou bénévole en rapport avec l'objet de sa demande, peut demander la validation des acquis de son expérience pour justifier tout ou partie des connaissances et des aptitudes exigées pour l'obtention d'un diplôme ou titre de l'enseignement supérieur. » La validation prévue est prononcée par un jury composé d'enseignants-chercheurs et de « personnes compétentes pour apprécier la nature des acquis, notamment professionnels, dont la validation est sollicitée ».
    Pourquoi pas un diplôme de "consultant indépendant" que les freelances expérimentés pourraient faire valoir auprès de leur clientèle ?

• Responsabilité d'un salarié à l'égard des tiers. L'Assemblée plénière de la Cour de cassation vient de juger « qu'un salarié qui agit sans excéder les limites de la mission qui lui a été impartie par son employeur n'engage pas sa responsabilité à l'égard de la victime d'un dommage ». Ce texte s'applique-t-il aux salariés d'une société de portage ? Cass. Ass. Plénière, 25/2/2000, n° 447

• Droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations. Parution d'une prochaine loi qui prévoit notamment :
- la levée de l'anonymat des correspondances adressées par l'administration (sauf cas d'atteinte à la sécurité publique ou à la sécurité des personnes).
- l'accès plus facile aux documents administratifs. Les administrations ont ainsi l'obligation de communiquer les documents administratifs (études, rapports...) qu'elles détiennent aux usagers qui en font la demande.
    L'entrée en vigueur de certaines dispositions sera soumise à la parution d'un décret d'application, à savoir :
- l'obligation pour toute administration d'accuser réception de la demande (sauf cas particuliers qui seront limitativement énumérés par décret) ;
- l'obligation faite à l'autorité administrative destinataire d'une demande ne relevant pas de son domaine de compétence de la transmettre à l'autorité administrative compétente et d'en avertir le demandeur,
- la réduction du délai de droit commun de réponse de l'administration à une demande, qui sera ramené de 4 à 2 mois. Une fois ce délai écoulé son silence vaudra décision de rejet. Cette mesure réduirait d'autant le délai d'acceptation du dossier ACCRE.
    Loi n°2000-321 du 12 avril 2000. Citée par l'Actualité de l'APCE, 11/5/2000

Business-économie-Internet-divers
• Portage (suite)
. Après Blenner Stratégies, c'est notre ami Philippe Alessandri, de SPO, qui nous fait part de son irritation de se voir confondre avec une société de portage : « nous appartenons à une nouvelle race d'entreprises qui sort des stéréotypes connus (ce qui devrait plaire à la CyberGazette) ». En résumé, la différentiation lui paraît claire : spécialisation dans l'informatique et l'infographie, contrats en CDI, statut de cadre de ses "indépendants", mutuelle de groupe, tickets-restaurants, non subordination du bulletin de salaire au réglement du client, non embauche de débutants ou de stagiaires, « synergie de groupe dans la recherche et le partage d'informations sur les missions », etc.
    Nous laissons nos lecteurs juges de l'appellation de son type d'entreprise, dans laquelle l'essentiel, à notre avis, est de mettre ses intentions en accord avec la réalité, et nous souhaitons longue vie à SPO tant que cet objectif est atteint.

• Télécoms. Une dramatique se joue dans ce secteur à l'occasion de la future attribution en France des licences UMTS de la troisième génération de téléphones portables. Enjeux : des dizaines de milliards d'euros. Résultats : la vie ou la mort des acteurs actuels et potentiels du téléphone. Sur les rangs : France Télécom, Vivendi-Cégétel, Bouygues, Suez-Lyonnaise des Eaux, Deutsche Telekom, BT.
    Enjeux : en plus de l'amortissement non terminé des infrastructures du GSM et des futurs investissements dans l'infrastructure de l'UMTS, les acteurs devront débourser le coût d'acquisition de la licence UMTS. Le gouvernement français n'a pas encore choisi la règle du jeu : enchères pures comme en Grande-Bretagne - revenu financier colossal - ou « concours de beauté » sur dossier (on se souvient encore du « mieux disant culturel » ayant permis à Bouygues de s'emparer de TF1). Dernière minute : Laurent Fabius a prévenu l'Assemblée nationale que le gouvernement annoncera cette semaine les modalités des enchères.
    Résultats : dans les dix ans à venir, la téléphonie mobile va balayer la téléphonie fixe, surtout avec le protocole UMTS qui transmet la voix, les données, les images animées à 2 000 kbps sans obstacles. Les gagnants d'office sont les fabricants de téléphone (Nokia, Ericsson, Sagem), de produits de commutation (Cisco, Nortel, Alcatel) et de logiciels (devinez qui ?).
    Activité actuelle des candidats : intense lobbying contre les enchères pures, dénonciation d'une rente aux opérateurs GSM actuels par les autres (4 licences éviteraient l'entrée des étrangers, une cinquième est à prendre sur l'allocation de longueur d'ondes de l'armée, etc.), européanisation à bride abattue et à grand frais (Vodafone-Mannesmann, Deutsche Telekom-E Plus, France Télécom-Orange).
    Le tout en période pré-électorale...

• 41 000 : le chiffre de la semaine. France Télécom rachète Orange pour 50 milliards d'euros (328 milliards de francs). Sachant que la valeur est basée sur les 6 millions d'abonnés d'Orange en Grande-Bretagne et sur les 2 millions hors Grande-Bretagne, cela fait 41 000 F l'abonné. Orange intégrera Itinéris et s'appellera « New Orange ».

• Changement de nom de Suez-Lyonnaise des Eaux-Cybercâble. Comme nous l'annoncions dans la CyberGazette n° 79 du 8/5/2000, CyberCâble devient Noos, vous avez vu la pub partout. Mais... en réponse à une question posée par adhérent de Luccas (les utilisateurs du cybercable associés), Noos répond qu' « il y aura bien un changement du suffixe des adresses E-mail. » : tout ceux qui s'appelaient dupont@cybercable.fr vont devoir changer leur carte de visite. Sympas, les fournisseurs d'accès. http://www.luccas.org
     Sur ce sujet, Libération a publié un gentil article sur cette mode des changements de nom : " Cretinus, cretinoos ". Si vous êtes latiniste ou hellèniste, lisez-le, il vaut son pesant de cacahuettoos : http://www.liberation.com/quotidien/debats/mai00/20000511c.html (de temps en temps, à Libé, il y a des journalistes inspirés...)

• Les solos contre l'entreprise ? Subissant une chute de son lectorat – de 110 000 lecteurs en 1998 à 94 400 en 1999, une des explications de cette chute étant le succès de L'Entreprise en Solo, 50 000 lecteurs –, L'Entreprise vient de sortir une nouvelle formule. Le Monde, 01/06/2000

• Pocket PC. De la taille d'une carte postale, le Pocket PC – fabricant Compubox – sera présenté en avant-première au salon Distributique-Expo le 14 juin. Il dispose d'un processeur Intel fonctionnant à 600 MHz, de 256 Mo de RAM et d'un disque dur de 12 Go, pèse 460 g et se connecte sur un lecteur de DVD-Rom 6x et un lecteur de disquette. Il sera disponible en septembre 2000 au prix public de 19 990 F TTC. (19 990 F !)

Pratique
• Courrier postal par Internet
. Le Monde Informatique et La Poste proposent un service gratuit pour le lancement de leur site commun : vous écrivez une lettre sur ce site, précisez l'adresse de votre correspondant, et votre lettre est envoyée par la poste en France ou dans 16 autres pays européens. L'annonce ne précise pas de date limite pour cette promo. http://www.weblmi.com/DIV1/index.htm
    Suivant votre abonnement (180 à 4 000 F HT par an), le coût normal de l'envoi d'une lettre par ce moyen varie de 2 F à 1,50 F en plus de l'affranchissement ; pour le fax, de 1,50 F à 1 F pour une page en France. http://www.telepost.fr/maileva/fr_offre.htm

3/ Salons, manifestations
- 6-8 juin : Intégrale CARTE'2000, le salon des cartes téléphoniques, Pré Catelan à Paris
- 14-15 juin : Distributique-Expo, le salon des distributeurs informatiques, Vincennes
- 15 juin : Conférence API-PL, Palais des Congrès, Perpignan. Thème : « Les prestations en ligne des professionnels libéraux ».
- 20-21 juin : « P/W, Profession : Webmestre », Rencontres professionnelles pour les Webmasters, Espace Champerret, Paris. http://www.birp.com/pw/
- 22 juin : Conférence API-PL, Salle des Assemblées du Conseil Régional, Poitiers. Thème : « Les Très Petites Entreprises et à la place des entreprises libérales dans la "net économie" ».
- 29 juin : Conférence API-PL, Maison des Syndicats, Strasbourg. Thème : « Les sites des Professionnels Libéraux et des Associations ». http://www.apipl.fr.st

4/ Réunion de Freelance en Europe
• 8 juin, 19 heures. Réunion de Freelance en Europe à Strasbourg, auberge "A l'Espérance" à Handschuheim. Thème : travaux pratiques, construction d'un annuaire Est. Contact : Nathalie Gehrold, mailto:ng@oxygene-traduction.com

• 29 juin, 18 heures. Réunion de Freelance en Europe à Paris, hôtel La Perle, 14 rue des Canettes, Paris 6ème. Présentation de son ouvrage : Devenez consultant ! (éd. d'Organisation et APCE) par Cécile Flé, déjà auteur de Entreprendre en solo (éd. d'Organisation).
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La CyberGazette est éditée électroniquement toutes les semaines par Freelance en Europe, association loi de 1901 déclarée à la Préfecture de Paris le 20 février 1998 (http://www.freelance-europe.com). Directeur de publication : Claude Chérel. Directeur de rédaction : Michel Paysant. Maquettage : Fizz. Abonnement annuel (40 numéros) : 260 F en France (40 E dans les autres pays européens) / 195 F (30 E) pour les adhérents de Freelance en Europe (cf. bulletin d'abonnement http://www.cybergazette.presse.fr). ISSN 1290-3582.
Prochaine parution : 12 juin 2000

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