La CyberGazette
le journal
des freelances n° 414 8 septembre 2008
1/ Biais
statistique
Comme nous vous l'annoncions la semaine dernière, l'Insee
vient de publier son Enquête Annuel d'Entreprises dans le
secteur des Services 2006, à partir de laquelle nous avons
l'habitude de calculer une approximation du nombre de freelances.
Les résultats 2006 sont malheureusement inexploitables.
Cette enquête est supposée révéler chaque année la situation des entreprises du secteur des Services (marchands) : services aux entreprises, services immobiliers et services aux particuliers. Sont recensés le nombre d'entreprises, la quantité (moyenne annuelle) de personnel « occupé » salarié et non salarié et les chiffres de production, de résultats financiers, et d'un certain nombre d'autres variables.
Mais notre organisme national est mal équipé face aux 800 000 entreprises du secteur presque la moitié du nombre d'entreprises en France, source Sirene , en croissance de 3 à 6 % chaque année (+30 % en huit ans). Il a donc décidé de scinder son enquête selon la taille des entreprises : elle est exhaustive pour les 'grandes' entreprises (plus de 30 salariés ou de 5 millions de chiffre d'affaires), soit 14 300 entreprises, tous les ans, et en alternance une année sur deux pour les petites, soit du secteur des services aux entreprises (années impaires), soit de l'immobilier et des services aux particuliers (années paires).
En 2006, année paire, ce sont donc les petites entreprises de l'immobilier et des services aux particuliers qui ont été interrogées 'exhaustivement' ; les autres, par sondage. Résultat des courses, 9 % des (petites) 'activités informatiques' ont été interrogés, 4 % des 'conseils pour les affaires et la gestion', 8 % des experts-comptables, 5 % des avocats, 4 % des 'secrétariat et traductions', etc., au total 8 % des 'petites' entreprises du secteur, soit environ 34 000 entreprises, chiffre à comparer aux 10 000 grandes entreprises du même secteur interrogées, elles, 'exhaustivement' alors qu'elles ne représente réellement que 2 % du nombre total d'entreprises. On mélange ensuite le cheval et l'alouette pour publier des résultats 'nationaux'.
Le biais se manifeste : alors que le nombre d'entreprises du secteur des services aux entreprises a crû de 4 % entre 2005 et 2006, et le nombre de 'personnes occupées' (salariées et non salariées) d'aussi 4 %, le nombre de non salariés (inexistant dans les grandes entreprises) a décru de 19 % : 10 % dans le secrétariat et traductions, 12 % dans les activités informatiques, -17 % dans les 'conseils pour affaires et gestion', -27 % dans l'ingénierie et les études techniques, -37 % dans les 'conseils en publicité'. Les professions traditionnellement 'indépendantes' n'échappent pas à l'hécatombe : -17 % dans les activités juridiques (avocats, notaires...), -21 % chez les architectes, -32 % chez les métreurs-géomètres, -35 % dans les activités comptables (comparaison 2005/2006 du nombre de non salariés de l'activité).
Si le nombre d'avocats non salariés, qui augmente d'environ 15 % chaque année depuis 1999, diminuait soudainement dans ces proportions, cela se saurait. Idem pour les experts-comptables, les architectes, les métreurs, etc. Idem pour les conseils, les traducteurs, les informaticiens indépendants... Les résultats 2006 sont à mettre à la poubelle.
C'est dommage d'avoir tant de polytechniciens à l'Insee et de publier des chiffres pareils. Rendez-vous pour l'EAE Services 2007.