« Il convient de rétablir la présomption de salariat », Martine Aubry, 15 octobre 1999
Dans le texte : les débats
du Parlement
Fin de la présomption d'indépendance, la
CyberGazette n°68 du 13
février 2000
Comment les 35 heures
écorchent discrètement la loi Madelin sur le travail
indépendant, Le Monde du 5 mars 2000
Les indépendants
sont désormais présumés salariés "déguisés", Business-solo du 9 mars 2000
Pilule empoisonnée, L'Entreprise
en Solo du 14 mars 2000
L'indépendance
à prouver, la
Revue Fiduciaire du 3 juin 2000
Retour News Divers
Lu dans la CyberGazette n° 68 du 13 février 2000 :
Fin de la présomption
d'indépendance
Loi n° 2000-37 du 19 janvier
2000 relative à la réduction négociée
du temps de travail, approuvée par le Conseil constitutionnel,
décision no 99-423 DC du 13 janvier 2000 (loi Aubry II).
Article 34
I. Les deux premiers alinéas de l'article L. 120-3 du code
du travail sont supprimés.
II. Dans le troisième alinéa de cet article, les
mots : « visés au premier alinéa » sont
remplacés par les mots : « physique immatriculée
au registre du commerce et des sociétés, au répertoire
des métiers, au registre des agents commerciaux ou, pour
le recouvrement des cotisations d'allocations familiales, auprès
des unions pour le recouvrement des cotisations de sécurité
sociale et des allocations familiales ».
Rappel du texte de l'article 120-3 précité
(ancienne version)
Alinéa 1. Les personnes
physiques immatriculées au registre du commerce et des
sociétés, au répertoire des métiers,
au registre des agents commerciaux ou auprès des unions
pour le recouvrement des cotisations de sécurité
sociale et des allocations familiales pour le recouvrement des
cotisations d'allocations familiales sont présumées
ne pas être liées par un contrat de travail dans
l'exécution de l'activité donnant lieu à
cette immatriculation.
Alinéa 2. Toutefois, l'existence
d'un contrat de travail peut être établie lorsque
les personnes citées au premier alinéa fournissent
directement ou par une personne interposée des prestations
à un donneur d'ouvrage dans des conditions qui les placent
dans un lien de subordination juridique permanente à
l'égard de celui-ci. (Loi n° 94-126 du 11 février
1994 art. 49 Journal Officiel du 13 février 1994, dite
« loi Madelin »)
Alinéa 3. Celui qui a eu
recours aux services d'une personne visée au premier alinéa
dans des conditions qui permettent d'établir l'existence
d'un contrat de travail est tenu au paiement des cotisations et
contributions dues aux organismes chargés d'un régime
de protection sociale ainsi qu'aux caisses de congés payés
mentionnées à l'article L. 223-16 au titre de la
période d'activité correspondant à l'exécution
de ce contrat, dans la limite des prescriptions applicables à
ces cotisations et contributions. (Loi n° 97-210 du 11 mars
1997 art. 2 Journal Officiel du 12 mars 1997, dite « loi
anti-travail clandestin »).
Nouvelle rédaction, donc
Article L. 120-3 du code du travail. « Celui qui a eu recours aux services d'une
personne physique immatriculée au registre du commerce
et des sociétés, au répertoire des métiers,
au registre des agents commerciaux ou, pour le recouvrement des
cotisations d'allocations familiales, auprès des unions
pour le recouvrement des cotisations de sécurité
sociale et des allocations familiales dans des conditions qui
permettent d'établir l'existence d'un contrat de travail
est tenu au paiement des cotisations et contributions dues aux
organismes chargés d'un régime de protection sociale
ainsi qu'aux caisses de congés payés mentionnées
à l'article L. 223-16 au titre de la période d'activité
correspondant à l'exécution de ce contrat, dans
la limite des prescriptions applicables à ces cotisations
et contributions. »
Vous voyez un rapport avec les "35 heures", vous ? Vous avez assisté à un débat sur la place publique ? lu des tribunes libres dans Le Monde, Le Figaro ou Libération ? écouté l'interview de personnalités aux 20 heures ? Non, le silence. Cela s'appelle « faire passer une pilule empoisonnée » subrepticement, en douce, sans le dire à personne.
Dorénavant, tout indépendant est présumé « faux salarié », ce sera à lui d'apporter la preuve du contraire. La CyberGazette est à l'écoute de toute tentative d'attaques de ce genre, tenez-nous au courant.
![]()
Lu dans Le Monde Economie le 5 mars 2000
(extraits)
Comment les 35 heures
écorchent discrètement la loi Madelin sur le travail
indépendant
Moyen de lutte contre
la fausse sous-traitance, la présomption de salariat est
restaurée dans l'indifférence
Ni vu ni connu
: sans que personne n'y prenne garde et ne s'en émeuve,
la loi Aubry 2 a balayé d'un trait de plume, en deux lignes
de son article 34, ce qui constituait le coeur de la loi Madelin
du 11 février 1994 sur l'initiative et l'entreprise individuelle.
Exit les deux premiers alinés de l'article L 120-3 du code
du travail [...]
On peut s'étonner de trouver
dans un texte sur l'aménagement du temps de travail une
disposition ayant trait au travail indépendant. Résultat
d'un amendement proposé par le député communiste
Maxime Gremetz, cet article 34 a vraisemblablement servi à
Martine Aubry à obtenir la bienveillance des communistes
lors du vote de la loi. Et la manoeuvre, loin d'être acquise
sur le fond, est passée comme une lettre à la poste.
[...]
Le Medef constate simplement que «
le système devient un peu plus contraignant qu'avant, puisque
la charge de la preuve est renversée ». La présomption
d'indépendance étant supprimée, il revient
désormais à l'indépendant, et donc aussi
à son donneur d'ordre, de prouver qu'il n'existe pas entre
eux de lien de subordination. [...]
Délégué de l'association
Freelance en Europe, Michel Paysant y voit une atteinte au travail
indépendant. « Qu'il y ait des abus dans certaines
professions, certes. Mais pourquoi tous les indépendants
seraient-ils soupçonnés d'être subordonnés
et dès lors contraints de se défendre, alors qu'ils
ont précisément fait le choix de s'épargner
la subordination à un patron ? » explique-t-il,
déplorant que plane à nouveau sur les indépendants
le spectre de la requalification. [...]
En fait, il craint que les donneurs
d'ordre soient tentés de passer désormais par des
sociétés écrans. « Ce qui, souligne-t-il,
représente pour les indépendants une perte sensible
de revenu, car ces intermédiaires s'attribuent une commission,
souvent non négligeable, sur la prestation effectuée.
»
S'ils sont satisfaits, les quelques rares inspecteurs
du travail ayant prêté attention à l'article
34 ne crient pas victoire pour autant. « Compte tenu
de nos moyens limités, l'inspection du travail ne réagit
que suite à une réclamation ou lorsqu'elle constate
elle-même des abus flagrants », souligne Bernard
Grassi, président de Villermé, l'une des plus grosses
associations d'inspecteurs du travail. Mais il reconnaît
que « la loi Madelin n'a pas généré
la multiplication des cas de fausse sous-traitance que l'on pouvait
craindre ».[...]
Ce faisant, pour Laurent Degroote,
président du Centre des Jeunes Dirigeants (CJD), c'est
en amont qu'il faut agir. « La suspicion de salariat
demeurera tant que les relations entre donneurs d'ordre et sous-traitants
ne seront pas assises sur un vrai contrat. Aujourd'hui, observe
celui-ci, ces liens relèvent juste d'une commande qui,
même lorsqu'elle n'est pas écrite, ne précise
rien. Si la loi obligeait les parties à inscrire leurs
relations dans un cadre contractuel, cela permettrait de clarifier
les choses, et de limiter les abus. »
Laetitia Van Eeckhout
Les indépendants
sont désormais présumés salariés "déguisés"
Un point resté
inaperçu dans le second volet de la loi Aubry, celui qui
rétablit la présomption de salariat d'un indépendant
très lié à un donneur d'ordre. Bernard Grassi,
inspecteur du travail et président de l'association Villermé,
insiste sur la valeur symbolique de ce changement : l'entreprise-cliente
unique d'un indépendant devra, plus que jamais, prouver
qu'il n'emploie pas un salarié déguisé. [...]
Le principal effet de cette suppression est un renversement de la charge de la preuve. Il revient désormais au travailleur indépendant et à son donneur d'ordre de démontrer qu'il n'existe pas entre eux de lien de subordination. Le statut d'indépendant implique, en effet, une grande autonomie de celui qui reçoit les ordres : choix de ses horaires, matériel personnel et adapté à la mission qui lui est confiée, liberté de décision, etc. Le solo ne doit pas être tributaire de l'entreprise donneuse d'ordre. Les inspecteurs du travail et les agents de contrôle Urssaf luttent contre les sociétés qui utilisent les avantages du travail indépendant pour payer moins de charges.
Alors, avantage ou inconvénient pour le solo ? Michel Paysant, délégué de l'association Freelance en Europe, estime pour sa part que « la loi Madelin donnait une définition du travailleur indépendant qui n'existe plus désormais ». [...]
Un entretien avec Bernard Grassi, président
de Villermé (association d'inspecteurs du travail) :
[...] Devoir prouver son indépendance
n'est-ce pas une contrainte de plus pour des solos déjà
souvent surchargés de travail ?
« L'inspection du travail a rarement le temps d'aller
chercher des ennuis aux vrais indépendants. La plupart
du temps, nous répondons à des plaintes de salariés
qui ne veulent pas devenir indépendants de force. Les inspecteurs
du travail n'entravent pas l'activité des solos authentiques.
Cependant, dans certains cas, les travailleurs indépendants
craignent que notre intervention leur fassent perdre un contrat
et affichent une réaction hostile. Mais, lors des discussions
de fond que j'ai pu avoir avec ceux-ci, la plupart reconnaissent
l'apport bénéfique de notre action pour les protéger
d'une exploitation sauvage en termes de durée du temps
de travail par exemple. »
Quels sont les
principaux axes de vos actions pour lutter contre les fausses
sous-traitances ? « Ce phénomène se retrouve
dans deux cas de figure : les entreprises qui transforment d'authentiques
salariés en travailleurs indépendants pour payer
moins de charges et les sociétés qui se spécialisent
dans la mise à disposition de faux indépendants.
La législation est particulièrement inadaptée
à la lutte contre ce dernier type d'entreprise et les solos
concernés sont souvent mal armés pour se défendre
contre de lourds prélèvements de commissions. Le
faible nombre d'inspecteurs contribue à accentuer ce phénomène.
»
Laurent Fargues
Pilule empoisonnée
« I1 n'est d'autres travailleurs
que salariés. » On espérait la formule tombée
en désuétude. On avait cru à l'évolution
générale des mentalités. Visiblement, l'esprit
d'ndépendance agace toujours quelques tenants du dogme
et le Parlement les a écoutés : dorénavant,
tout indépendant est présumé être un
salarié déguisé. A charge pour lui d'apporter
la preuve du contraire. Les contrats Madelin vont-ils, du coup,
être remis en cause? [...] Un combat d'arrière-garde
alors que c'est aux petites entreprises et au travail indépendant
que l'on doit en grande partie la réduction du chômage.
En acceptant que Maxime Gremetz,
le député communiste de la Somme, ajoute quelques
lignes au texte relatif à la réduction négociée
du temps de travail, Martine Aubry, ministre de l'Emploi et de
la Solidarité, et la majorité parlementaire ont
remis en cause la présomption d'indépendance accordée
par la loi Madelin. [...]
Il y a le discours officiel et les
négociations officieuses, le débat public et les
discussions de couloir. C'est sans nul doute à ce double
jeu habituel de la politique des partis que l'on
doit ce nouvel article de la loi sur les 35 heures. Une disposition
d'autant plus malheureuse que cette loi ne devait pas concerner,
du moins directement, les indépendants : selon une récente
étude de l'Insee, leur durée de travail hebdomadaire
dépasse, en moyenne, 50 heures...
Thierry Bogaty, rédacteur en chef
![]()
La Revue Fiduciaire du 3 juin 2000
L'indépendance
à prouver
Les professionnels, sous-traitants
ou prestataires, même immatriculés, ne sont plus
présumés être des « non-salariés
». L'URSSAF peut donc plus aisément requalifier leur
activité indépendante en activité salariale
et demander le paiement rétroactif des cotisations afférentes.
[...]
Avec la suppression de la présomption
de non-salariat, la preuve de la qualité de non-salarié
risque d'être plus difficile à apporter et pourrait
peser sur le donneur d'ordre. [...]
Lien de subordination juridique permanente
Une relation professionnelle entre un
donneur d'ordre et un sous-traitant peut être requalifiée
en relation salariale entraînant affiliation du sous-traitant
au régime général seulement s'il est démontré
qu'il existe un « lien de subordination juridique permanente
» entre les deux (CSS art. 311-11). Il est admis que la
situation visée est celle où l'employeur a exercé
de façon continue son pouvoir de direction et de contrôle,
pendant toute la durée du contrat. La permanence vise le
lien de subordination, afin d'éviter que des « éléments
très partiels ou très discontinus de subordination
puisse fonder une requalification systématique en relation
salariée ». (circ. min. du 4 mai 1995). [...]
Procédure de certification
La certification, encore appelée « rescrit social
», est un bon moyen pour un professionnel de garantir son
statut d'indépendant, et par-là même de limiter
les risques de requalification en contrat de travail. En effet,
si l'Urssaf certifie l'indépendance de l'intéressé,
elle ne peut changer d'avis (sauf exceptions). De même,
l'entreprise a intérêt à recourir à
un sous-traitant « certifié »... [...]
Les personnes immatriculées ont la faculté de demander
à l'Urssaf de leur confirmer que leur activité relève
du régime des indépendants. Pour obtenir cette certification,
elles doivent déposer une demande écrite spécifique
avec accusé de réception auprès de l'Urssaf.
[...] L'Urssaf répond à l'intéressé
dans les deux mois à compter de la réception de
la demande. A défaut de réponse expresse dans ce
délai, l'Urssaf est réputée avoir conclu
au caractère non salarié de l'activité.