L'association des Freelances en Europe

Le Guide du freelance : (1) Comment se mettre à son compte ?

Plan : Qu'est-ce qu'un freelance ? Entreprise individuelle ou société ? La micro-entreprise. L'enregistrement.
« Je voudrais bien me mettre à mon compte, mais par où faut-il commencer ? », qui ne s'est un jour posé la question? Il est vrai que rien, dans la société actuelle, n'a été prévu pour nous apprendre le b.a.ba de cette situation. Élevés dans un monde organisé pour le salariat, éduqués, informés, guidés pour un « emploi à plein temps et à vie », nous manquons de repères pour sortir du sentier battu.
Or, le nouveau monde nous impose une autre aventure, celle de la mobilité, de la souplesse et de la variété. Musicien un jour, nous devenons multimédium le lendemain, typographe --> maquettiste, ingénieur --> consultant, traducteur --> spécialiste d'import-export. Parfois salarié, parfais vacataire, parfois auteur ou inventeur, parfois freelance, parfois tout à la fois ! Il est donc temps d'intégrer dans notre carrière professionnelle ces différentes situations, et d'enrichir notre « portefeuille des compétences » de la connaissance de ces statuts.
Comment devient-on freelance ? Et, d'abord, qu'est-ce que c'est qu'un « freelance » ? Dans notre définition, est freelance celui qui prospecte sa clientèle, définit avec elle sa mission et la réalise lui-même ensuite. Différence essentielle avec une société qui dispose d'un commercial, d'un expert, et où la réalisation de la tâche est confiée au débutant supervisé par un manager... A part cela, toutes les situations « sociales » sont permises : dans l'ordre alphabétique, artisan (inscrit à la Chambre des Métiers), auteur (facturation en droits d'auteur), commerçant (inscrit au RCS), femme de ménage (salariée), gérant majoritaire (SARL, EURL), gérant minoritaire ou égalitaire (TNS ou salarié), intermittent du spectacle (salarié), inventeur (facturation en droits d'auteur), pigiste (salarié), profession libérale (facturation en honoraires), salarié d'une association ou d'une société de portage, vacataire (salarié). Nous nous limitons aux professions non-agricoles, quoique...
Dans la pratique quotidienne, nous avons en gros deux choix (le reste sera considéré comme des exceptions): créer une « entreprise individuelle » (parfois dite « en nom propre ») ou une « société » (1).
L'entreprise individuelle peut être artisanale, commerciale ou libérale. Artisanale si le métier exercé ressort d'une liste extrêmement précise énoncée par la loi du 5 juillet 1996, commerciale si l'activité principale (plus de 50% du chiffre d'affaires) consiste à revendre en l'état des produits achetés, libérale pour tout le reste.
La société est une construction sociale dont la particularité essentielle est d'être distincte de ses propriétaires : elle jouit d'une « personnalité morale » dont ne bénéficie pas l'entreprise individuelle. Donc elle possède des biens (capital, actif), des créances et des dettes qui lui sont propres, comme un individu majeur, et qui sont la propriété de la société et non de ses propriétaires : le « bien social » dont parfois certains dirigeants « abusent ».
Cette distinction va guider votre choix : n'ayant pas de capital professionnel, les créances et surtout les dettes de l'entrepreneur individuel lui sont personnellement attribuées. Vous direz qu'en réalité le gérant d'une société est souvent caution personnelle de ses dettes, il n'empêche que, dans l'activité quotidienne, vous devez de l'argent à vos fournisseurs ; si, pour une raison ou une autre (votre client ne vous paye pas, par exemple), vous ne pouvez pas les payer, ces créanciers peuvent se rembourser sur vos biens personnels, en commençant bien sûr par les plus solvables : voiture, maison, etc., ou même ceux de votre mari/femme, vérifiez votre contrat de mariage ! Si vous avez une activité d'intermédiaire, entre un client et un imprimeur par exemple, méfiez-vous et préférez la société ; si vous avez une activité purement intellectuelle (traducteur, conseil...), alors l'entreprise individuelle est plus souple à gérer. D'autres raisons peuvent vous pousser à choisir l'un ou l'autre statut, consultez un expert-comptable pour plus de précisions, ils vous reçoivent en général fort bien (et gratuitement pendant un premier entretien).
L'ENTREPRENEUR INDIVIDUEL s'immatricule dans un CFE (Centre de Formalités des Entreprises) hébergé, soit à la Chambre de Commerce s'il est commerçant, soit à la Chambre des Métiers s'il est artisan, soit dans les locaux de l'URSSAF s'il exerce une profession libérale ou des impôts s'il est artistes. On vous demandera de remplir un formulaire (P0 PL) : la « déclaration de début d'activité d'une personne physique » (Cosa 11768*01) que vous pouvez télécharger depuis le site Service-Public. Si ce formulaire est vite rempli, il vaut mieux réfléchir à deux fois avant de cocher certaines cases lourdes de conséquences : activités principales, qui va déterminer votre code NAF (ex-APE), donc votre statut et votre caisse de retraite ; la présence d'un conjoint collaborateur non rémunéré, qui va déterminer sa protection sociale ; la nature des activités, cf. code NAF et statut de commerçant, d'artisan ou de profession libérale ; enfin, le régime fiscal. Ici encore, consultez un expert-comptable, l'inspecteur des impôts de votre domicile, une Boutique de Gestion, une Association de Gestion Agrée (AGA), un Centre de Gestion Agréé (CGA), etc. L'adresse indiquée peut être celle de votre domicile (déclaration de votre activité professionnelle à votre propriétaire si vous êtes locataire, à votre copropriété si vous êtes propriétaire 2), ou celle d'un local professionnel spécifique.
LE GÉRANT DE SOCIÉTÉ enregistre celle-ci à la Chambre de Commerce dont la société dépendra, ou au greffe du tribunal d'instance. Les formalités sont plus complexes : statut, parution dans un journal d'annonces légales, capital bloqué à la banque... le CFE vous en donnera la liste. Vous pouvez choisir la forme de SARL ou d'EURL (SARL à Entrepreneur Unique) : EURL, vous êtes forcément gérant majoritaire donc TNS (Travailleur Non Salarié) ; SARL, vous pouvez aussi être gérant égalitaire-minoritaire, et choisir d'être salarié de votre société. La SA présente le même avantage, mais beaucoup de lourdeur de gestion et des frais supplémentaires (commissaire aux comptes, etc.). Ici encore, réfléchissez longuement aux différentes alternatives (et consultez, cf. le § précédent), votre choix vous engagera pour longtemps.
Une fois ces formalités remplies, vous recevrez automatiquement les documents complémentaires à remplir : caisse maladie, caisse retraite, TVA (si vous devez acheter ou vendre des produits/services dans l'Union Européenne, demandez un n° de TVA intracommunautaire à votre inspecteur des impôts, vous serez exonéré de TVA pour ces opérations). Attention : vous recevrez aussi des dizaines de propositions diverses (assurances, financements, services divers) dont certaines ressembleront bigrement à des documents officiels ! Triez avec soin. Vous recevrez aussi les numéros de SIREN (9 chiffres) et de SIRET (14 chiffres) qui sont les preuves de l'existence de votre entreprise.
Il ne vous reste plus qu'à faire imprimer votre papier à en-tête et vos cartes de visites. Et à trouver votre premier client! Conseil (entre nous) : trouvez-le AVANT, et ne vous immatriculez qu'après... en attendant, indiquez «Immatriculation en cours » sur votre papier à en-tête, vous préciserez le n° de SIREN à votre client après (et faites-le, sinon il risque d'être accusé d'employer un « travailleur clandestin » 3).

(1) La « micro-entreprise » n'est pas une troisième forme d'entreprise, mais un régime FISCAL particulier de l'entreprise indiduelle : exonération de TVA, comptabilité simplifiée. Pour bénéficier de ce régime, votre chiffre d'affaires annuel ne doit pas dépasser 76 300 € si vous êtes commerçant, ou 27 000 € libéral. Si ce statut fiscal est intéressant pour ceux qui traitent avec le grand public (exonération de TVA) et par la simplification comptable introduite, il semble être un piège pour les autres freelances. Cf la CyberGazette du Freelance n° 30 du 14 mars 99. (retour au texte)
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(2) La loi du 2 juillet 1998, publiée au JO du 3/7/98 stipule : Article 11. Il est inséré, dans le code de la construction et de l'habitation, un article L. 631-7-3 ainsi rédigé : « Art. L. 631-7-3. - Par dérogation aux dispositions de l'article L.
631-7, l'exercice d'une activité professionnelle, y compris commerciale, est autorisé dans une partie d'un local à usage d'habitation, dès lors que l'activité considérée n'est exercée que par le ou les occupants ayant leur résidence principale dans ce local et ne conduit à y recevoir ni clientèle ni marchandises. » Il faut cependant que le bail ou le réglement de copropriété ne s'y oppose pas. (retour au texte)
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(3) Travail clandestin : toute entreprise employant un travailleur non déclaré ou immatriculé risque de lourdes amendes et son patron d'être déchu de ses droits civiques.

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