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1/ La croissance de quoi ?
---- n° 375, 2 septembre 2007 ------------------

Cher Monsieur Jacques Attali, chère Commission sur la libération de la croissance, vous nous proposez une participation à vos réflexions sur le thème : « La croissance de quoi ? » Nous, freelances, nous sentons particulièrement concernés. Voici pourquoi.

Depuis ces dernières années, la 'création d'entreprise' est devenu un sujet à la mode. Lancé par les instances gouvernementales, soutenu par les forces économiques et répercuté par les médias, il est le 'buzzword' de la 'France dynamique'. Bravo, c'est une excellente initiative qui nous convient à merveille.

Nous, les 'freelances'. Faute de terme spécifiquement adapté dans le patois hexagonal, nous avons repris cet anglicisme pour désigner les professionnels qui 'se mettent à leur compte' pour exercer leur métier en-dehors de toute structure salariée. Par définition, ils 'trouvent leurs clients et réalisent leur mission eux-mêmes', avec des structures sociales diverses et variées : profession libérale, EURL, SARL ou même SAS à associé unique.

Ce sont donc bien des créateurs d'entreprise, de leur propre entreprise, mais avec l'intention, du moins aux débuts, d'en rester les seuls acteurs. Les compétences pour exercer une profession en solo sont en effet bien différentes de celles exigées pour diriger du personnel, respecter la législation sociale et trouver des crédits. Leur croissance se fera par la suite plus en nouant des partenariats avec d'autres solos qu'en embauchant des exécutants.

C'est là où le bât blesse et rejoint la problématique que vous proposez : la croissance de quoi ? Les autorités rencontrées jusqu'à présent préfèrent nous ignorer, les débats nous contournent. Quoi, vous n'embauchez pas ? Vous ne participez pas à la grande cause nationale de la lutte pour l'emploi ? Dégagez.

Or chaque freelance en activité est un chômeur de moins. Or le nombre de ces freelances, de l'ordre de 250 000 aujourd'hui, augmente de l'ordre de 11 % par an (chiffres tirés des statistiques de l'Insee). Or, certaines professions (traduction, formation, graphisme) deviennent à majorité composées de freelances...

La 'croissance' est-elle donc uniquement la croissance du nombre de salariés ? L'emploi est-il donc uniquement l'emploi salarié ? Il faudrait en réalité changer de paradigme, et baptiser 'activité professionnelle' l'emploi, le travail (comme dans 'Code du Travail'), le gagne-pain, le labeur, le turbin, etc. Si chaque Français créé son propre job, la grande cause nationale sera victorieuse et le PIB s'envolera.

Il y faudrait plus qu'une adaptation de la réglementation, il y faudrait un changement des mentalités. Il y faudrait la valorisation du goût du risque ? et les filets de sécurité qui le facilitent. Il y faudrait l'apologie de l'initiative individuelle ? et sa reconnaissance par les administrations. Monsieur Attali, c'est bien le 'choc' que vous évoquez dans le JDD de ce jour ?

Nous restons à votre disposition pour toutes informations complémentaires.

Journal du Dimanche, 1/9/2007
http://www.liberationdelacroissance.fr/ avec 35 thèmes de propositions ouverts au public

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