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La CyberGazette
le journal des freelance
s                                    n° 299, 26 septembre 2005

1/ Une nouvelle forme d'entreprise
Surprise! Au détour d'un amendement présenté à la dernière lecture du projet de loi pour les PME à l'Assemblée Nationale, le rapporteur UMP Serge Poignant a introduit dans le Code du travail (nouveaux articles 124-24 à 124-32) l'existence de « l'Entreprise de travail à temps partagé ». L'amendement a été adopté par la majorité et le groupe socialiste, malgré l'opposition du ministre des PME estimant que « les réflexions n'étaient pas assez avancées ». La loi a été votée le 13 juillet et publiée au JO du 3 août.

Le « travail partagé »
Qu'est-ce qu'une ETTP ? C'est une entreprise mettant à la disposition des ses clients un ou des salariés à temps plein ou à temps partiel, activité jusqu'alors strictement illégale pour délit de marchandage (art. 125-1 dudit Code du Travail : « Toute opération à but lucratif de fourniture de main d'oeuvre... est interdite).

Contrairement donc aux activités d'une société de portage, qui ne fait que faire réaliser par ses salariés une mission définie avec son client, une ETTP peut donc « mettre à disposition » un salarié sous la subordination du client : il a accès « dans l'entreprise cliente, dans les mêmes conditions que les salariés de cette entreprise, aux moyens de transports collectifs et aux installations collectives, notamment de restauration, dont peuvent bénéficier ces salariés » (art. 124-29 du Code du travail) ; et le client « est responsable des conditions d'exécution du contrat de travail telles qu'elles sont déterminées par celles des mesures législatives, réglementaires et conventionnelles qui sont applicables au lieu de travail » (art. 124-30).

Extension de l'intérim
Ces précisions assimilent donc le salarié de l'ETTP « mis à disposition » à un salarié du client, à l'instar des salariés intérimaires (« temporaires »). De même, « la rémunération versée au salarié mis à disposition ne peut être inférieure à celle d'un salarié de niveau de qualification identique ou équivalent occupant le même poste ou les mêmes fonctions dans l'entreprise cliente ». A vrai dire, la différence est minime : l'entreprise cliente ne peut faire appel à un intérimaire qu'en cas de remplacement d'un salarié provisoirement absent, d'accroissement temporaire de l'activité de l'entreprise ou d'emplois à caractère saisonnier. La mission d'intérim doit comporter un terme fixé avec précision... renouvelé une seule fois... etc. Encore identiquement, le contrat signé entre l'ETTP et le client ne doit pas comporter de clause interdisant l'embauche à la fin de la mission. La loi stipule d'ailleurs que « les entreprises de travail temporaire peuvent exercer l'activité définie par le présent chapitre » (art. 124-31). La boucle est bouclée.

Le salarié « à temps partagé » est donc un intérimaire sans les limitations associées à cette activité. En revanche, son contrat de travail personnel est un CDI (art. 124-27), résiliable dans les conditions réglementaires (sauf contrat de nouvelle embauche...). Mais la loi ne spécifie pas s'il est à temps plein ou à temps partiel.

Le portage, bien sûr
Le portage salarial (nom déposé par le SNEPS) fait ainsi son apparition officielle. Il faut attendre les décrets d'application pour voir l'appellation de « société de travail à temps partagé » fleurir, mais l'association Créer en France a déjà ouvert un site http://www.travail-a-temps-partage.com pour diffuser la bonne nouvelle.

La mauvaise, c'est que les société d'intérim, explicitement encouragées à se lancer dans l'activité, vont prendre le train en marche. Au mêmes conditions tarifaires (elles risquent de raffler le marché) ? A suivre.

Loi en faveur des petites et moyennes entreprises, art. 22, adoptée le 13 juillet 2005, déclarée conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel le 29/7/2005, publiée au JO le 3/8/2005




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