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L'intérim met-il la main sur le portage salarial ?

Nous avions alerté nos lecteurs sur l'introduction, dans la négociation sur « la modernisation du marché du travail », d'un article concernant la « Sécurisation du portage salarial ». L'affaire suit son cours.

------- n° 407, 9 juin 2008 ------------------------

La commission mixte paritaire AN-Sénat a adopté le 5 juin le projet de loi de modernisation du marché du travail. Le Sénat avait introduit un amendement autorisant les entreprises d?intérim à exercer le métier de portage salarial (elles ne le sont pas actuellement) ; la commission l'a retiré, laissant aux partenaires sociaux (après consultation des fédérations de sociétés de portage) le soin de décider du sujet. Tout en reconnaissant : « Il y a derrière le présent article 8 des enjeux économiques considérables ; il s'agit de savoir qui contrôlera le portage salarial, activité qui est rentable. »

Le projet de loi ayant ainsi été adopté, c'est aux partenaires sociaux de la branche du travail temporaire de jouer. Elles ont deux ans pour le faire.

--------- n° 405, 13 mai 2008 --------------------

Malgré l'opposition des sénateurs communistes et l'abstention des socialistes, le projet de loi sur la modernisation du marché du travail, comportant l'article 8 sur la « sécurisation du portage salarial » (cf. la CyberGazette du 28 avril dernier) a été adopté par le Sénat le 7 mai, avec quelques amendements 'de rédaction'. Comme le projet de loi a le statut 'd'urgence déclarée', une Commission mixte paritaire (AN-Sénat) négociera le texte final qui sera présenté en deuxième (et dernière) lecture à l'AN..

-------- n° 403, 28 avril 2008 ---------------------

Parallèlement, le débat s'est déplacé à l'Assemblée Nationale le 16 avril dernier, lors de l'examen du projet de loi sur la modernisation du marché du travail. Comme nous vous en avions rendu compte (CyberGazettes des 21 et 29 janvier 2008), l'article 8 de ce projet de loi propose d'encadrer le portage salarial dans les accords de branche du travail temporaire – au grand dam des sociétés de portage, mais selon la 'position commune' des organismes paritaires signée le 11 janvier 2008. Fort de cet accord national interprofessionnel (ANI), le gouvernement, représenté par Jean-Louis Borloo, ministre du travail, a repoussé tous les amendements et fait adopter tel quel l'article concerné. Le vote de l'ensemble du projet de loi est prévu le 29 avril.

Il a toutefois fait état d'un accord du Prisme, l'organisme fédérateur des sociétés de travail temporaire, pour « associer [aux négociations de la branche professionnelle] les trois fédérations qui regroupent les entreprises de portage [SNEPS, FeNPS, UNEPS], ainsi qu'à différents chefs d'entreprise de ce secteur. »

------- n° 392, 21 janvier 2008 --------------------

Le portage rangé parmi l'interim. Quatre syndicats d'employés (CFDT, CFTC, CFE/CGC, FO) et trois patronaux (Medef, CGEPME et UDA) ont donné leur accord au projet de " modernisation du marché du travail "
.
L'article 19, intitulé " Sécuriser le portage salarial ", entérine le projet présenté par les entreprises de travail temporaire. Un accord de branche (employeurs-syndicats du secteur de l'intérim) est donc chargé de concrétiser cette évolution, au grand (elles y était opposées à l'époque) des sociétés de portage salarial.

Texte de l'article 19 :

ACCORD DU 11 JANVIER 2008 SUR LA MODERNISATION DU MARCHE DU TRAVAIL

Article 19 : Sécuriser le portage salarial
Le portage salarial se caractérise par:
- une relation triangulaire entre une société de portage, une personne, le porté, et une entreprise cliente,
- la prospection des clients et la négociation de la prestation et de son prix par le porté,
- la fourniture des prestations par le porté à l'entreprise cliente,
- la conclusion d'un contrat de prestation de service entre le client et la société de portage,
- et la perception du prix de la prestation par la société de portage qui en reverse une partie au porté dans le cadre d'un contrat qualifié de contrat de travail.
Considérée comme entachée d'illégalité, cette forme d'activité répond cependant à un besoin social dans la mesure où elle permet le retour à l'emploi de certaines catégories de demandeurs d'emploi, notamment des seniors. Il est souhaitable de l'organiser afin de sécuriser la situation des portés ainsi que la relation de prestation de service.
A cet effet, la branche du travail temporaire organisera, par accord collectif étendu, la relation triangulaire en garantissant au porté, le régime du salariat, la rémunération de sa prestation chez le client ainsi que de son apport de clientèle. La durée du contrat de portage ne devra pas excéder trois ans.
Les signataires du présent accord évalueront les effets du dispositif, dont la mise en place est prévue ci-dessus par voie d'accord.

---- n° 384, 13 novembre 2007 ------------------

Portage. Le concept de portage salarial, tel que pratiqué actuellement, pêche par un certain « flou juridique » (cf. la CyberGazette du 25 juin dernier). Comme nous le citions à l'époque, les négociations paritaires en cours (modernisation du marché du travail) sont l'occasion d'y mettre de l'ordre, c'est l'objet de l'article 16 des propositions présentées par le Medef : « Sécuriser le portage salarial ».

Toutefois, la 'sécurisation' envisagée consisterait à englober le portage dans le travail temporaire (intérim), tout en négociant un accord spécifique pour modifier la réglementation très contraignante de celui-ci (limitation de l'objet, de la durée et de la rémunération de la mission, fonds de garantie, etc.). De même, un complément de rémunération devrait pouvoir être versé au porté pour « apport de clientèle » ? puisque c'est lui qui s'en charge ?, mais il risque tout de même d'en pâtir puisque dans une société d'intérim, l'intérimaire touche au mieux 50 % de la facture client comme salaire brut (en tenant compte des congés payés et de l'indemnité de précarité)...

La proposition ne convient guère aux sociétés de portage, qui risquent de se voir, elles aussi, 'englobées' dans l'intérim – rachetées par les puissantes sociétés de travail temporaire. Il semble que ces dernières ont un meilleur lobbying au sein du Medef. A suivre.

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A suivre.

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