L'association des Freelances en Europe

Le gouvernement français, et la Commission européenne, sous la pression du lobby des SSII, envisage d'accorder des visas "provisoires" à des informaticiens extra-communautaires. Les informaticiens indépendants n'apprécient guère ce projet, ayant, pour certains, du mal à trouver des missions payées correctement. Information sur le sujet.

Dernières nouvelles. Il n'y a plus de pénurie d'informaticiens : « On trouve aujourd'hui sur le marché du travail les jeunes diplômés et les cadres expérimentés que l'on s'arrachait il y a encore un an. » Pierre Dellis, délégué général du Syntec informatique. Le Monde Economie du 17 septembre 2002 

Une étude réalisée pour le Ministère de l'Industrie
Chronique de 01 Informatique du 1/3/2002
Carte Blanche dans 01 Informatique le 15/6/2001

01 Informatique 1er mars 2002

La pénurie d'informaticiens, une escroquerie ?
Michel Paysant, secrétaire général de Freelance en Europe

Il fut un temps où nos industriels du service imploraient le gouvernement de laisser entrer des « immigrés compétents » pour pallier la soi-disante pénurie de professionnels indispensables à l'économie du pays. L'antienne est atténuée de nos jours, mais il est intéressant de constater l'usage qui en est fait Outre-Manche.

Le gouvernement de Monsieur Blair a en effet répondu positivement aux appels de ses entreprises : une procédure de « fast track visa » (visa rapide) a été instituée, permettant aux employeurs d'importer sur le sol britannique des ingénieurs informaticiens étrangers pour combler leurs rangs clairsemés. Aujourd'hui, le PCG*, constate que la procédure a été détournée pour licencier des salariés et les remplacer par des professionnels indiens, rémunérés chichement et exempts d'impôts sur le sol britannique.

Ancien salarié d'une grande entreprise anglaise, un des membres du PCG raconte : « mon chef d'équipe m'a dit : on m'a ordonné de vous remplacer par un indien – ils coûtent moins cher ». Un autre se réfère à une importante multinationale : « Huit étrangers ont été recrutés via cette procédure. On leur a demandé de travailler avec un langage (informatique) qu'ils ne connaissaient pas. Ce sont les autres informaticiens qui ont eu pour tâche de les former... Ces derniers ont comme moi été priés de partir et leurs postes pourvus par de nouveaux arrivants indiens. » Citant un des premiers organismes financiers, un troisième révèle : « Officiellement, la compagnie a annoncé une importante réduction de l'appel à des intervenants extérieurs. En réalité, nombre de personnes parmi les salariés et les indépendants ont été remplacés par des arrivants originaires exclusivement du sous-continent indien. Cette politique a été mise en place par la direction générale. » Et ainsi de suite…

Le PCG a alerté le gouvernement britannique, et poursuit une collaboration permanente avec l'Office de délivrance des permis de travail pour arrêter cette hémorragie. Le Royaume Uni, comme les autres pays européens, constate en effet que le marché du travail informatique n'est plus – s'il l'a jamais été – en état de pénurie. Il voit, au contraire, se développer un chômage inconnu dans ce secteur pendant plusieurs années.

Un informaticien français averti en vaut deux...

(*) PCG : Professional Contractors Group, association de freelances, principalement en informatique – pcgroup.org.uk

01 Informatique 15 juin 2001

La pénurie d'informaticiens... Mais quelle pénurie ?
Régis Granarolo, ingénieur informaticien, chef de projet NTIC, chargé du recrutement au sein d'une SSII

Nombre d'observateurs du marché du travail aiment à reprendre régulièrement en choeur le refrain de la prétendue pénurie en matière de cadres informaticiens en France. Sans pour autant chercher à y regarder de plus près. . . En effet, plusieurs études (*) sérieuses sur ce sujet – mais pourtant peu retenues, semble-t-il... – démontreraient que cette prétendue pénurie n'est surtout qu'une illusion, voire une « orchestration » menée par la plupart des grandes SSII et, avec elles, le Syntec Informatique.

Leur objectif soupçonné : faire pression sur les pouvoirs publics afin d'obtenir une main-d'oeuvre à la fois meilleur marché - notamment en provenance de l'étranger - et en plus grande quantité, permettant ainsi de retrouver beaucoup plus de souplesse et de choix dans les recrutements. En réalité, le marché du travail de l'informatique est, à l'heure actuelle, parfaitement équilibré. Il suffit, pour s'en convaincre, de consulter, par exemple, la place de marché de services informatiques Hitechpros (*), qui récupère 95 % de l'offre des SSII et la compare à la demande des clients en matière de prestations de services informatiques. Réactualisé quotidiennement, le « baromètre du marché des services en informatique » qui en ressort montre qu'aujourd'hui l'offre des SSII est supérieure d'environ 50 % à la demande des clients !

Par ailleurs, ce site démonte une autre idée reçue : ce n'est pas dans les services en nouvelles technologies que la demande des clients est la plus forte, mais dans les systèmes plus anciens, comme les mainframes ou le client-serveur. Explication : lorsqu'un client a besoin d'une prestation de services informatiques, il en fait part à plusieurs SSII en même temps – entre dix et cinquante. Toutes ces SSII recherchent donc ce profil simultanément. Ce qui accentue l'impression de manque ressentie par les SSII. Mais, en réalité, ce manque n'est pas aussi important. Le Syntec annonce une « pénurie » de trente mille informaticiens en France sur six cent mille environ. Cela représente un manque d'environ 5 %. Ce qui, de toute façon, est bien peu sur un marché... D'ailleurs, aucun grand projet informatique ne semble visiblement avoir connu de retard important ou d'abandon ces dernières années qui serait dû à des difficultés de recrutement. . . On ne peut que constater que le marché des services informatiques est, comme celui des éditeurs de logiciels, en forte croissance depuis plusieurs années et qu'il fonctionne à un rythme parfaitement normal. Ce dont, naturellement, personne ne se plaint ! Ainsi, ceux qui crient de façon régulière à la pénurie ne témoignent étrangement d'aucun ralentissement de leur activité. . .

Les pouvoirs publics devraient donc résister aux pressions visant à accroître brutalement la main-d'oeuvre informaticienne, à obtenir l'ouverture des frontières à des informaticiens étrangers et à multiplier les formations initiales en informatique. Notre secteur étant particulièrement cyclique, nombre d'informaticiens gardent à l'esprit la grande vague de licenciements de la première moitié des années 90, où l'activité était rapidement descendue au plus bas, alors que les prévisions quelques années auparavant étaient au beau fixe. . .


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