L'association des Freelances en Europe

Les sociétés de portage

Résumé : les sociétés de portage sont un excellent moyen de démarrer une activité de freelance. Par la suite, elles coûtent cher. Il faut donc les considérer comme un investissement pour la création de son business. Vérifiez cependant quelques points avant de vous engager.

Il y a beaucoup d'interrogations, mais aussi d'informations « biaisées » qui se propagent à propos des sociétés de portage.
Nouvelles structures de travail ou officines de marchandage de main d'oeuvre ? Cornes d'abondance ou arnaques ?
En réalité, bien sûr, ni l'un ni l'autre. Mais alors quoi ?

Le principe de fonctionnement
La société de portage « embauche » un freelance, sous forme de CDI ou de CDD, et lui reverse, sous forme de salaire, le montant des sommes qu'il a gagné chez ses clients. Moins : 1/ leur marge (5 à 15 %) et 2/ les cotisations sociales retenues sur ce salaire.
Les sociétés de portage peuvent alors annoncer urbi et orbi : il reste au freelance entre 45 et 55 % des sommes versées par le client ! Elles prennent en charge toute la « paperasse » (déclarations sociales, comptabilité, TVA...) et fournissent au freelance une carte de visite d'une SOCIÉTÉ (certains clients y sont sensibles), des locaux de réunions, des conseils divers et variés, certaines un début de formation, et surtout, une protection sociale de salarié, y compris le chômage. Examinons ces différents points.

Contrat de travail
CDD ou CDI ? Légalement, un CDD ne peut être prolongé qu'une fois, et sa durée totale ne peut excéder 18 mois. Et après 18 mois ? Certaines sociétés signent alors un autre CDD ; comme le libellé du poste est changé, elle s'affirment en harmonie avec la loi. Hum! la manip est douteuse, et un inspecteur du travail pourrait y voir une procédure de détournement de la loi. D'autres signent un CDI. Mais il leur faut faire bigrement confiance au freelance pour se lancer dans l'aventure... que se passe-t-il si celui-ci ne génère plus de chiffre d'affaires ? Sans doute une clause contractuelle permet-elle de licencier l'impétrant, mais résistera-t-elle à un prud'homme un peu hostile ? Bref, cette solution est peut-être « à la limite » mais c'est la société de portage qui prend le risque.

Attention danger : le contrat de travail doit débuter en même temps que la mission chez le client. Certaines sociétés de portage ne respectent pas cette obligation légale et font débuter le contrat au premier paiement du client. Illégal, pourquoi ? Parce que, sinon, à quel titre le freelance travaille-t-il chez son client ? Au noir ? Mais dans le cas contraire, comment la société de portage paie-t-elle le freelance ? En acompte ? Et si la mission se passe mal, si le client ne paie pas – on a vu des choses pires arriver – le freelance rembourse-t-il les acomptes ? D'autres pratiquent le salaire (à temps plein ou partiel) « annualisé » : pas de salaire tant que le client n'a pas payé. Il paraît que le Code du Travail autorise le paiement de salaires entièrement conditionnés par le chiffre d'affaires engendré (0 F de « fixe », même pas le Smic). Cela dépend de la convention collective signée, et il semble qu'aucune n'existe pour les sociétés de portage. Nos compétences juridiques ne nous permettent pas d'infirmer (ni de confirmer) la légalité de ce fonctionnement.

Rémunération
Net = 45 à 55 % du chiffre d'affaires généré par le freelance chez ses clients, disent-elles. Pourquoi ce montant ? Parce que la société de portage retient, outre sa marge, environ 40 % de cotisations sociales salariales et patronales (respectivement 20 % et 45 % du salaire brut – faites le calcul), à comparer aux 25 % en moyenne payés par un freelance. 15 % de différence, c'est beaucoup, on en verra la contrepartie plus tard (cf. Protection sociale). La marge demandée (5 à 15 %) paraît raisonnable, elle peut toujours se négocier. Attention cependant aux sociétés de portage qui vous « vendent » des prestations en supplément : cartes de visites, fournitures diverses, etc. D'autres les incluent dans leur marge.

Mais il y pire, et c'est là notre principal litige avec les sociétés de portage. Elles ne mentent pas, mais ne disent pas toute la vérité. En effet, tout freelance sait combien coûtent les investissements et les frais de fonctionnement de son entreprise : entre 20 et 25 % de son chiffre d'affaires (statistiques des Associations Agréées). Mobilier, ordinateur, logiciel, téléphone, fax, déplacements, fournitures, supports commerciaux, formation en stages ou chez soi, les postes sont multiples. Certains de ces frais peuvent être pris en charge dans le calcul du salaire (en déduction du chiffre d'affaires, ce qui permet de payer moins de cotisations sociales), mais le Code de la Sécurité Sociale veille, et ne permet d'imputer ces frais du salarié, dans certaines limites, que s'ils sont liés au client. Difficile de faire passer les frais de marketing, le mobilier, l'ordinateur, la formation dans cette rubrique. De toutes façons, il faut bien les payer, la société de portage ne vous en fait pas cadeau. cf. comparatif

Ne reste en réalité au freelance 'porté' que 30 à 35 % de son chiffre d'affaires, à comparer aux 50 % réalistes pour un freelance déclaré : on ne peut pas faire l'économie de 15 % de cotisations sociales, de la commission de la société et des frais de fonctionnement !

Carte de visite « société »
C'est un excellent argument. A tel point que certains clients, frileux, prennent directement contact avec les sociétés de portage pour se « fournir » en freelances. Pourquoi pas ? (même si certaines mauvaises langues y verraient du « marchandage » déguisé...) L'avantage réside aussi dans la force de conviction, forcément plus intimidante, de la « société » pour recouvrer les factures. A notre connaissance, aucune ne pratique l'affacturage, qui consiste à « vendre » ses factures à un organisme financier moyennant un intérêt prorata temporis. Ca coûte un peu cher (1 à 3 % du montant de la facture par mois), mais permet de disposer du montant facturé tout de suite.
Ceci dit, à terme, l'intérêt du freelance est quand même de développer sa propre notoriété.

Locaux de travail, conseils... formation
Oui, les sociétés de portage fournissent ce service, peu onéreux mais bien pratique pour recevoir ses clients, organiser des réunions et mettre « pied à terre » au centre ville entre deux déplacements.
Formation : des formations de base, sans doute, mais pas les formations techniques, commerciales, financières dont a besoin le freelance. On ne peut pas demander la lune !

Protection sociale
« La protection sociale des salariés est meilleure que celle des non salariés », tarte à la crème du discours ambiant. Regardons ce sujet d'un peu plus près, sans tomber dedans – ce texte n'est pas un ouvrage universitaire.
Assurance maladie-maternité. La protection santé maternité des non salariés est alignée sur celle des salariés depuis le 1er janvier 2001. Néanmoins, le remboursement de la Sécu – salariés ou non salariés – ne couvre pas toujours l'ensemble des frais déboursés (lunettes, dentaire, prothèses, hôpital, etc.). Une mutuelle complémentaire est donc conseillée dans tous les cas. Certaines sociétés de portage l'incluent dans leur marge, d'autres la font payer en supplément, d'autres laissent le freelance s'en occuper tout seul.
Invalidité-décès et retraite : pour des cotisations de montant et de durée identiques, les pensions sont semblables, à peu de choses près – mais pour encore combien de temps, la démographie étant plutôt favorable aux Caisses de Retraite des non salariés ?
Indemnités journalières : rien pour les freelances.
Chômage : deux situations : démarrage et suite. Lors du démarrage de son activité, le freelance, s'il était chômeur, continue de toucher « en sifflet » les allocations Assedic au-delà de ses revenus, jusqu'à obtention de 70 % de son précédent salaire. Le 'porté' aussi, pendant 18 mois avant 50 ans, sans limitation ensuite. Par la suite, le freelance n'a plus droit aux Assedic. Attention : les indemnités de chômage peuvent être versées entre deux CDD, mais pas dans le cas d'un CDI : si « inter-contrat » (entre deux misssions client), pas de salaire – à moins d'être licencié par la société de portage et repris pour la mission suivante.

Divers points pratiques
Clientèle : vous gardez vos clients si vous quittez la société de portage. Vérifiez bien ce point avant de vous engager. Droits d'auteur : la loi stipule que l'employeur est propriétaire des droits « patrimoniaux » (de commercialisation) de toute oeuvre développée par le salarié. Vérifiez qu'une clause du contrat de travail vous en cède la propriété, sans condition.
Assurances : c'est en principe l'employeur qui est assuré, pas le salarié. Cependant, vous êtes propriétaire de vos outils de travail, de votre local professionnel (le bureau, chez vous), il faudra bien les assurer. De même, votre responsabilité civile, dans des professions très « pointues », peut coûter cher. La société de portage vous demande alors de souscrire une assurance spécifique en complément de la sienne, plus générale. A regarder de près.
Congés payés, treizième mois : en réalité, la société de portage ne vous fait aucun cadeau, elle conserve une partie de votre rémunération pour vous la verser lors de vos congés ou fin décembre. Entre temps, elle a fait fructifier cette réserve.
Autres décalages de paiement : toute attente entre le paiement des clients et le paiement de votre salaire est mis à profit par la société de portage pour faire fructifier la somme en question. Par exemple : votre client paie une facture, la société de portage négocie avec vous « l'étalement » de cette somme sur plusieurs mois (votre « compte personnel »), elle place ces fonds en trésorerie, sans doute 5 à 6 % par an, mieux si on a affaire à des spécialistes. Vous avance-t-elle un jour de l'argent ? C'est très rare, cette gestion est donc déséquilibrée : c'est votre argent qui est dans leur caisse et jamais le leur dans la vôtre. Participez-vous aux intérêts de cette trésorerie ? Négociez.

Risque financier
Reste un dernier point : la confiance qu'un freelance peut accorder à une société de portage. Ces sociétés sont en effet récentes. Certaines grossissent très vite. Le flux de trésorerie positive (cf. § précédent) forme une masse financière importante. Qui peut affirmer qu'aucun dirigeant d'une de ces sociétés ne se laissera tenter ? (1) Ou qu'une mauvaise manipulation n'emportera la structure ? De quelle protection les « salariés » pourront-ils bénéficier ? (rappelons le cas du contrat « annualisé» à base fixe nulle ou minime). En réalité, vous risquez de tout perdre, du jour au lendemain. Mais ce cas est extrême, bien sûr.

Légalité
En principe, l'entreprise propose un échange : elle paye ses salariés indépendamment du paiement des clients. Ce sont les actionnaires qui prennent le risque. La contrepartie est la subordination de l'employé. Les sociétés de portage ont inversé le raisonnement : les salariés supportent le risque, mais ne sont pas subordonnés. Le monde à l'envers !

Les autorités administratives semblent, vu de l'extérieur, dubitatives face à cette transgression. D'un côté, la théorie frôle le sacrilège (la salariat « sans subordination » est un blasphème !), d'un autre, la pratique rend service à de nombreux laissés pour compte du salariat. Notre avis est que lesdites instances attendent le premier clash (mise au prud'homme, faillite, malversation) pour instruire. A charge ou à décharge ? (mais où est passée notre boule de cristal ?)

Conclusion (provisoire)
Dans l'état actuel d'adolescence du concept de 'portage', nous ne disposons que de peu de recul. Les freelances 'portés' rencontrés ont plutôt l'air heureux de leur sort, les dirigeants fiers de leur rôle social et optimistes sur la croissance du secteur. Le SEPS (Syndicat des Sociétés de Portage Salarial) est supposer « mettre de l'ordre » dans la pratique (cf. leur Charte déontologique). Cette charte impose d'ailleurs la subordination hiérarchique du 'porté'.
Nouvelles fraîches : création d'une Fédération des Entreprises de Portage Salarial (FENPS) comportant à ce jour (février 2004) 32 adhérents.

Notre point de vue concret, au vu des réalités exposées ci-dessus, est que le 'portage' est une solution pratique pour débuter mais qui coûte cher. Conçu comme un tremplin pour se lancer, pour apprendre le métier de freelance, pour se constituer une clientèle, c'est un excellent investissement dans la constitution de son business. A ce titre, on peut y consacrer une somme raisonnable. Mais au-delà, nous devenons très réticent. La différence financière, 20 % du chiffre d'affaires, en contrepartie d'indemnités journalières et d'allocations de chômage éventuelles et pour être débarassé des « paperasses », peut être utilisée à de meilleurs emplois. Pesez bien le pour et le contre.

Quant à la légalité des opérations, il faudra bien qu'un jour on nous explique pourquoi il faudrait considérer le Code du Travail comme la Bible (celle-ci est écrite une fois pour toutes, le Code du travail peut évoluer). Mieux vaut tenter des expériences que de perpétuellement refaire le procès du 19ème siècle, avec ses injustices flagrantes, ses « sweat shops » de travailleurs à domicile, sa misère à la Zola. Puisqu'un des arguments des sociétés de portage repose sur la protection sociale, peut-être serait-il urgent d'améliorer celle des freelances. En attendant, si les sociétés de portage s'avèrent une bonne solution de démarrage, qu'elles prospèrent et les freelances avec elles.

(1) Certaines umbrella companies, l'équivalent anglais des sociétés de portage, offrent aux freelances 'portés' d'être actionnaires de la société. Ils sont ainsi payés en partie en dividendes et peuvent contrôler le fonctionnement de leur 'employeur'. Par extension, pourquoi pas une Scop (Société coopérative ouvrière de production) montée par des freelances ?
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NB. La marque « portage salarial ® » ayant été déposée – ce qui nous semble une aberration – nous n'avons donc utilisé que le terme de « portage ». Par ailleurs, certaines entreprises offrent des prestations fort ressemblantes à celles des entreprises de portage, mais ne souhaitent pas être assimilées à ces dernières. Elles n'apparaissent donc pas, à leur demande, dans la liste ci-dessous.

Plus de renseignements (au 28 juin 2007)

Nom
 

Site Web 

Statut et capital

Siège social 
         
L'Abécédaire     http://labecedaire.free.fr/  Sarl , 38 112 E   Grenoble 
Access Etoile

*
http://www.access-etoile.fr/ SAS, 37 000 Paris
ACEFAS 

*
http://www.acefas.fr/ Sarl, 5 000 E 78000 Versailles
ADAC-Newfreelance

§
http://www.newfreelance.com/ Sarl, 7 500 E  Bordeaux
Aclys Concept  * http://www.aclys.fr  Sarl , 18 000 E  Paris 
ACPI  * http://www.acpi.fr/  Sarl, 8 000 E  Paris 
Ad'Missions  *  http://www.admissions.fr/  SAS, 100 000 E  Paris 
AGC  & http://www.agc-portage.com/  Sarl, 12 000 E  71640 Mellecey
Alternative  * http://www.alternative-missions.com/    Paris
Altorem Group  * http://www.altorem.com/  SA, 50 000 E  Boulogne-Billancourt 
AP Conseils  § http://www.ap-conseils.fr.st/  Sarl, 7 622 E  13685 Aubagne 
Arquad 

§
http://www.arquad.com/ Sarl, 7 700 E 36200 Argenton-sur-Creuse 
Axessio 
ISO 9001
  http://www.axessio.com  SA, 121 905 E  93360 Neuilly-Plaisance 
Cadres en mission   http://www.cadresenmission.com/ SARL, 20 000 € 44000 Nantes
Cape Services

§
http://www.capeservices.asso.fr Association  Arras
C.E.D. Entreprises (sarl créée par Renfort Cadres)  § http://www.portage-salarial.fr/  Sarl  7 622 E Chambéry 
Conseil Formation Partenaires    http://www.cfp.asso.fr/ Association 62580 Thelus
Contact Partenaire Client    http://www.reseau-cpc.com  SAS, 40 000 E  Paris 
Didaxis   http://www.didaxis.fr/ Sarl, 15 000 E Paris
FreeCadre 

§
http://www.freecadre.fr/  Sarl, 8 000 E  Nîmes 
Gaia Consultants 

§
http://www.gaiaconsult.com/  Association  Paris
Gexi 

§
http://www.gexi.fr/  Sarl, 7 622 E  Lille 
Indépendance    http://www.independance.fr    Paris 
ITG (Institut du Temps Géré) 

*
http://www.itg.fr/  SAS, 45 000 E Paris 
I&D Interfaces&Développements    http://www.id-rh.com/  Sarl, 7 622,45 E  78059 St Quentin-en-Yvelines 
JAM (Job Assistance Mission) 

* 
http://www.jam-conseil.fr/    Paris 
JPAD   http://www.jpad.fr.st/ Sarl, 7 650 E  74230 Thône
Label Vie - groupe Blenner   http://www.bossay.net   68490 Bantzenheim
Links Conseil  . http://www.links-conseil.com/  Sarl, 120 000 E  Paris 
Mission-Cadres 

§
http://www.missions-cadres.com/  Sarl, 8 000 E  74380 Cranves-Salles
Newfreelance

§
http://www.newfreelance.com/ Sarl, 7 500 E  Bordeaux
Nodel 

&
http://www.nodel.fr/   Paris 
Port'Ability 

§
www.portability.fr  Sarl, 10 000 E  85200 Fontenay-le-Comte 
Portage.com   www.portage.com SAS, 50 000 E 92200 Neuilly-sur-Seine
Portage Plus 

§
http://www.portage-plus.com  Sarl, 6 422 E  Lyon
Salariance    http://www.salariance.com/    Brest 
Savoir-Faire & Cie 

*
http://www.savoirfaire.fr/    Paris 
Valor, racheté par Portage.com

*
http://www.valor.fr/  SA, 2 808 112 E  Paris 
Ventoris   http://www.ventoris.fr/    Bordeaux 


* membres du SNEPS
§ membre de la FENPS
& membre de l'UNEPS

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